Fitz Roy dans la brume

2 mai 2019 : De retour en Argentine après deux jours au Chili. Pas grand chose à retenir de notre journée d’hier si ce n’est de la route… beaucoup de route et quelques faits un peu marquant : seul jour de pluie du voyage pour l’instant, court passage à Puerto Natales, trois auto-stoppeurs suisses… Le seul point intéressant est le passage de quelques condors à hauteur de la voiture, immédiatement suivis par, au bas mot, une trentaine de caracaras. La cause : un cadavre de mouton en bord de route, les oiseaux s’en nourrissaient et prenaient peur à chaque passage de voiture. Clairement, le genre de scène où seul, je me serai garé et tenté un affut à proximité.

Aujourd’hui, nous sommes à El Chalten et envisageons de faire une randonnée. La seule vraie rando que je veux absolument faire ! Le reste c’est du bonus ! Je l’ai repérée en faisant quelques recherches et les photos trouvées ont fini de me convaincre. La finalité est à couper le souffle, une vue superbe sur le Fitz Roy ! Une montagne réputée pour sa difficulté ! Nombre d’alpinistes s’y sont cassés les dents. Pas des plus impressionnant en hauteur mais ce qu’il n’a pas en mètres, le Fitz Roy l’a en obstacles.

Matinal, un peu trop pour Colin même, mais je respecte et ne le bouge pas, nous partons à l’assaut du sentier. Il est si tôt qu’il n’y a qu’une voiture sur le parking, le soleil n’est pas encore levé et nous commençons à la lueur de la frontale ! C’est tôt, mais je ne sais pas, j’ai un pré-sentiment. Une intuition. Il faut que nous partions tôt, quelque chose me pousse à ça. Difficile à expliquer, la suite me donnera peut-être raison. Le sentier commence par un dénivelé assez important pour un début. Sans échauffement, ça surprend, mais rien d’insurmontable non plus. Nous traversons une forêt, quelques points de vue s’offrent à nous, lancés nous ne marquons pas d’arrêt significatif. Le jour se lève progressivement. Les oiseaux, invisibles, commencent leur concert. La vie prend doucement le dessus. Nous montons pour mieux redescendre ensuite, la forêt disparait derrière nous et devant nous s’ouvre une vallée.

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Au loin, un glacier, et de chaque coté nous des montagnes, si celles de droites s’apparentent plus à des collines, en revanche celles de gauche figurent déjà comme des montagnes enneigées. Le véritable début de la haute montagne, de la Cordillère des Andes. A travers la brume, que nous espérons matinale, nous distinguons déjà au loin le fameux Fitz Roy. Pas de déception pour l’instant, d’autant que j’ai déjà vu plus du Fitz Roy que ce que j’avais vu du Mont Jade à Taïwan ! En fait, je n’avais rien vu du mont Jade du fait d’un brouillard un peu trop présent à mon goût. Le Fitz Roy, lui, est bien présent sur notre gauche, derrière une première ligne de montagnes.

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Dans la vallée, le sentier continue. Nous n’avons croisé, pour l’instant, que très peu de personnes. Les randonneurs croisés ne sont pas pour autant plus matinaux que nous, des campings existent le long du sentier. Des campings dans la forêt agrémentés de quelques panneaux prédiquant des consignes à suivre pour éviter la venue de puma, ou des conseils de sécurité si le félin est déjà la. Pas très rassurant mais terriblement excitant !

Le sentier lui, s’agrémente tour à tour de sol sablonneux et boueux, de végétations rases et de bosquets, de passages étroits et de portions plus larges… il y en a pour tous les goûts. Nous nous prenons à rêver d’une course dans ce superbe monotrace ! Le sentier s’ouvre ensuite sur une zone marécageuse. Des passerelles sont aménagés afin de garder les pieds au sec avant d’entamer la partie la plus délicate du parcours.

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Nous savons que ces premiers kilomètres étaient de la rigolade et que le plus dur arrive. Il ne nous reste guère plus d’un kilomètre à effectuer mais le dénivelé est très important et il faut compter environ une heure pour en venir à bout ! Arrivés en bas de cette fameuse montée, un panneau indique d’ailleurs qu’une bonne condition physique est impérative. Il en faut plus pour nous décourager, d’autant que nous savons ce qui nous attend en haut. La récompense ! Un point de vue incroyable sur la laguna de las tres ! Le Fitz Roy ! Alors nous partons !

J’adopte un rythme et tente de ne pas le lâcher. Peut-être un peu trop rapide, surtout pour mon acolyte qui décroche mais si je ralentis, je ne repartirai peut-être pas… alors je continue et me retourne régulièrement pour voir où il en est. Ça suit ! Le dénivelé est surmontable pour l’instant. Ça grimpe, mais c’est gérable ! Je lève les yeux et constate… ça n’en finit pas de monter et la suite s’annonce particulièrement périlleuse. La montée est de plus en plus rude mais je persévère.

Une montée succède à une autre. Lorsque nous pensons arriver en haut, il n’en est rien. Une nouvelle ascension se dresse devant nous, invisible quelques mètres auparavant. Et comme si ça ne suffisait pas, la nature nous rajoute des difficultés ! Du verglas ! De la glace ! Des rochers glissants ! Il s’agit d’être prudent, de faire bien attention où nous mettons les pieds ! Je reste concentré, uniquement troublé par le cri d’un groupe de Conures magellaniques qui zèbrent le ciel derrière moi avant de disparaître dans les arbres en contrebas… si loin déjà !

Je reprends mes esprits et continue ! La glace est toujours là mais laisse progressivement sa place à de la neige ! Beaucoup de neige ! La phase de transition est délicate ! Où mettre les pieds ? Quelles sont les parties les moins glissantes ? Heureusement que nous sommes peu nombreux sur ce sentier. Nous croisons quelques courageux qui redescendent déjà, ils ont sans doute passer la nuit en camping. Malgré l’effort, je ne boude pas la vue qui s’offre à moi ! C’est incroyable et la neige a la folle propension à magnifier tout ce qu’elle touche !

Dernier effort mais pas des moindres. Arrivé en haut de ce que je croyais être la dernière difficulté, je vois la piste qui monte une dernière fois. Cette fois, le dénivelé est bien moins important, et ça ne glisse plus. La neige est fraîche et je marche dans les pas de ceux qui m’ont précédé afin de ne pas connaître la surprise désagréable de m’enfoncer jusqu’aux cuisses.

Et puis la côte s’arrête et la récompense est devant moi… cachée par les nuages ! Le Fitz Roy n’est pas en mesure de se présenter aujourd’hui et préfère rester dans son lit de nuage. Le temps est pourtant radieux ! Le soleil bien présent, le ciel est bleu, le mercure grimpe un peu… mais les nuages ne sont pas décidés à se pousser. Il ne suffit pourtant pas de grand chose… une petite rafale de vent, peut-être deux… mais elles ne viennent pas. Nous restons là quelque temps, nous mangeons -il est midi passé-, et patientons en vue d’un éventuel dégagement. Rien ne vient si ce n’est des touristes de plus en plus nombreux… il ne nous en faut pas plus pour faire demi-tour !

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Nous avons choisi le bon moment pour descendre… le bon également pour commencer la rando et le bon pour l’ascension ! Tout le timing est bon ! La preuve en est l’embouteillage que nous croisons ! C’est une file sans fin qui nous fait face et parfois à plusieurs de front sur une piste pourtant étroite… je ne pensais pas qu’El Chalten pouvait accueillir tant de monde ! Si le code de la route laisse la priorité à ceux qui montent, ici ce sont ceux qui descendent qui l’ont ! On nous laisse passer, on ne va pas se plaindre. Même ceux devant nous s’écartent sur notre passage. Nous ne courrons pas, loin de là, mais avons trouvé un bon rythme. En tout cas bien plus rapide que  celui de la moyenne des touristes. Un rythme qui nous a valu quelques glissades plus ou moins contrôlées, mais surtout d’atteindre le bas assez rapidement… beaucoup plus rapidement que la montée.

Et même en bas, nous croisons encore du monde et quelques inconscients ! Certains ne sont pas vraiment équipés, d’autres portent leurs jeunes enfants sur les épaules… je ne sais pas comment ils vont s’arranger pour la suite, sachant qu’il faut parfois s’aider des mains pour franchir quelques passages délicats, mais peut-être ont-ils décidé de rebrousser chemin. Sage décision. Nous n’en revenons pas du nombre de touristes, nous ne sommes pourtant pas à la meilleure saison, l’hiver austral commence à peine. Au cours de la bonne période, en janvier, ça doit être une autoroute, d’autant que s’agissant de l’été austral, il ne doit pas y avoir de neige… ou très peu !

Heureusement, comme souvent des oiseaux viennent me sortir de mes extrapolations ! Un groupe de Conures magellaniques particulièrement bruyant vient se poser dans un arbre ! Il s’agit probablement de l’espèce de psittacidé (perroquets et perruches) la plus australe, à la lutte toutefois avec la Conure de Patagonie ! Après tout, nous sommes sur le morceau de terre le plus au sud de notre planète ! Il n’y a donc pas beaucoup de concurrence.

DSC09869Conures magellaniques

Nous reprenons le même itinéraire en sens inverse, les mêmes ponts, les mêmes pistes… les quelques flaques ornées de glace ce matin ne ressemblent plus à rien. La chaleur a fait son oeuvre bien aidée par un troupeau de touristes… et le défilé continue ! A chaque observation d’oiseau, je prie pour qu’aucun touriste n’arrive dans l’autre sens en criant… surtout lorsqu’un Pépoaza œil-de-feu un peu plus docile, ou moins farouche, que la moyenne de son espèce ne s’approche ! Et pour s’approcher, il s’approche ! D’abord sur un bosquet au loin. Photo ratée ! Il décolle pour se poser sur une branche morte à quelques mètres de moi ! Photo réussie !

DSC09880Pépoaza œil-de-feu

Nous reprenons notre route après cette superbe observation. Derrière nous, le Fitz Roy se découvre peu à peu ! Il fallait faire un choix et si je devais le refaire, je ne changerai pas d’option ! Mieux vaut un Fitz Roy caché à l’ascension tranquille qu’un Fitz Roy visible envahit de touristes. Tel est mon point de vue ! Et les touristes affluent encore… et vu l’heure qu’il est, ils ne pourront certainement pas faire le reste de la rando, l’ascension, la descente et le retour avant la nuit. Aucun doute la dessus.

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Nous approchons de la fin, avons fait un petit détour pour voir un lac et traversons la forêt. Toujours les mêmes habitants : Picotelles à gorge blanche et Synallaxe rayadito en tête. Je cherche en vain à voir un Pic de Magellan et sa tête rouge, mascotte du sentier, mais rien… Et nous touchons au but, nous nous arrêtons à l’ultime point de vue de la journée, le dernier mirador. Si ce matin, nous ne voyions pas grand chose du fait du manque de lumière, il en est autrement maintenant et la vallée dévoile tous ses charmes ! Remarquable ! Et comme pour sublimer le tout, voilà que le tant attendu condor quotidien nous fait l’honneur se sa présence. Il plane dans la vallée, à l’opposé de nous et perd doucement de l’altitude, il prépare un coup. Il longe la montagne qui nous fait face et en quelques secondes et sans le moindre battement d’ailes, se retrouve à une hauteur vertigineuse ! Il a trouvé ce qu’il cherchait, un courant ascendant ! Il plane maintenant sur fond de nuages. Magique !

Nous rentrons à El Chalten. Demain, une nouvelle superbe rando nous attend… enfin, c’est comme cela que les guides la vendent !

2 réflexions sur “Fitz Roy dans la brume

  1. grandiose, tout *ça*! et en plus, il y a des oiseaux! magnifique! heureusement que tu suis et écoutes tes intuitions, jérôme! et cela pour notre plus grand plaisir 😉

    . nous n’avons croiser, pour l’instant que très peu de personnes
    et il faut compter environ une heure en venir à bout !
    Arrivé en bas de cette fameuse montée,
    et la suite s’annonce particulièrement périlleux.
    La glace est toujours là mais laisse progressivement à de la neige !
    les pas de ceux qui m’ont précédés
    Et puis la cote s’arrête et la récompense est devant moi
    Si le code de la route laisse la priorité est à ceux qui montent
    et la vallée dévoile tous ces charmes

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