Les perroquets de Guadeloupe : de la disparition à l’oubli. (3/4)

Partie 1

Partie 2

L’Ara de Guadeloupe (Ara guadeloupensis)

Les aras sont de grands perroquets vivement colorés, dotés d’un bec puissant et d’une longue queue pointue, originaire d’Amérique tropicale. Le genre ara comporte huit espèces :

  • Ara bleu (Ara ararauna)
  • Ara canindé  (Ara glaucogularis)
  • Ara militaire (Ara militaris)
  • Ara de Buffon (Ara ambiguus)
  • Ara rouge (Ara macao)
  • Ara chloroptère (Ara chloropterus)
  • Ara de Lafresnaye (Ara rubrogenys)
  • Ara vert (Ara severus)

A ces huit espèces s’ajoutent une espèce disparue  (l’Ara tricolore) et quatre espèces hypothétiques. L’Ara de Guadeloupe se situe dans cette deuxième catégorie.

Les aras des Antilles n’ont pas une histoire toute tracée et il est souvent difficile de s’y retrouver, d’autant qu’il ne subsiste aucune de ces espèces actuellement. Selon Williams et Steadman, environ une dizaine d’aras ont coloré un jour le ciel bleu de ce grand archipel. Parmi toutes ces espèces répertoriées, certaines ne sont pas encore nommées et la tache s’avère ardue. D’autres correspondent à des espèces n’ayant peut-être jamais existées, comme pour le Ara violet cité précédemment. Certaines pourraient également être regroupées au sein d’une même espèce, en effet rien ne dit qu’une espèce ne puisse pas avoir une aire de distribution à cheval sur plusieurs îles. Car si on croit les témoignages du passé, textes anciens comme ossements préhistoriques, tout est encore assez flou pour pouvoir légitimement soulever quelques interrogations.

Beaucoup d’îles se voient attribuer un ara (ou plusieurs dans certains cas), mais la seule espèce qui aujourd’hui, ne peut être sujette à une quelconque polémique quant à son existence, est celui vivant autrefois à Cuba : l’Ara tricolore (Ara tricolor). Cet oiseau est, en effet le seul dont des spécimens entiers ont pu être conservés. Mais pour lui non plus, la distribution est incertaine, on parle de Cuba mais également de l’île d’Hispaniola et peut-être même de la Jamaïque. Si on en croit cette même étude, la Jamaïque aurait pu abriter jusqu’à quatre espèces d’aras différents, toutes ces suppositions étant basées sur des récits historiques.

Autre cas de figure. Des ossements ont été retrouvés sur les îles de Montserrat (coracoïde) et Sainte Croix (tibiotarse), mais aucune mention écrite n’a été retrouvée de ara vivant sur ces îles. L’article de Wiley et Kirwan, intulé The extincts macaws of the West Indies, with special reference to Cuban Macaw Ara tricolor, n’exclut pas la probabilité selon laquelle le coracoïde découvert à Montserrat aurait pu appartenir à un Ara de Guadeloupe. D’autre part, un autre os a été découvert lors de fouilles archéologiques à Marie-Galante, île du sud de l’archipel guadeloupéen, et pourrait avoir appartenu à un Ara de Guadeloupe lui aussi. Malgré cet os probable et les nombreuses références dans les textes anciens, l’Ara de Guadeloupe demeure à ce jour une espèce hypothétique.

Numériser 5

Un ara de feu

Dès l’arrivée des Européens aux Antilles, des mentions de perroquets ont été faites. Malheureusement, elles ne sont pas détaillées et aucune importance ne leur est accordée. La priorité de l’époque était toute autre. Néanmoins, on peut trouver dans les récits de Christophe Colomb, notamment celui le conduisant à la Guadeloupe en 1496, une première indication : « Ils apportèrent des perroquets de deux ou trois sortes et particulièrement de cette grande espèce qu’on trouve dans l’île de la Guadeloupe, et qui ont une longue queue ». L’amazone n’ayant pas une longue queue, il y a fort à parier que l’observation se référait au Ara de Guadeloupe.

En 1534, l’historien allemand Johannes Huttich rapporte que les forêts de Guadeloupe étaient peuplées d’aras rouges, apparemment aussi abondants que des sauterelles. Les autochtones de la région cuisinaient la chair du perroquet, avec celle d’autres oiseaux et, plus surprenant, avec celle d’êtres humains !

Le premier portrait, à proprement parler, écrit du Ara de Guadeloupe est à mettre une nouvelle fois à l’actif du père Du Tertre, en 1654, dans son Histoire générale des Isles de Saint Christophe, de la Guadeloupe, de la Martinique et autres de l’Amérique. Il introduit notamment son chapitre sur les oiseaux avec cette phrase « Il y a-il rien de plus beau que les Canivets, les Aras, & les Perroquets, desquels toutes ces terres sont remplies, & qui sont autant dissemblables en beauté de plumage, qu’ils habitent des terres, d’isles & de costes differentes ? ».

Il enchaîne avec une première partie intitulée tout simplement De l’Arras. Il le décrit comme étant un grand perroquet ayant « la teste, le col, le ventre, & le dessus du dos, de couleur de feu : Ses ailes sont mellées de plumes jaunes, de couleur d’azur, & de rouge cramoisy : Sa queüe est toute rouge, & longue d’un pied & demi ; ». Il rajoute « C’est la chose la plus belle du monde, que de voir dix ou douze Aras sur un arbre bien vert, jamais on ne vit un plus bel émail ».

En 1658, dans l’Histoire naturelle et morale des Isles Antilles de l’Amérique, Charles de Rochefort, lui aussi pasteur (et accusé de plagia par Du Tertre), désigne des aras sans pour autant spécifier leur île d’origine. Néanmoins la couleur feu revient dans une description pouvant être attribuée à l’oiseau qui nous intéresse : « Il y en a d’autres, qui ont presque tout le corps de couleur de feu, hormis qu’ils ont en leurs ailes, quelques plumes, qui sont jaunes, azurées & rouges ».

Breton décrit les aras en une seule phrase : « Les Arras sont plus gros que les per­roquets, d’un fort beau plumage de couleur rouge mê­lée dans la queue et les ailes de violet » .

En 1667, Du Tertre reprend ses écrits en y ajoutant quelques modifications. Il y intègre ainsi, dans son introduction, des caractères physique valables pour les perroquets, les aras et les perriques : « Ils ont la teste de mesme forme, le bec courbé, la langue grasse & épaisse, quatre doigts, ou griffes aux pied » puis il entre dans des détails plus spécifiques.

En 1724, le père Labat confirme, presqu’au mot près, les propos tenus par Du Tertre: « Les plumes de la tête, du col, du dos & du ventre sont de couleur feu ; les aisles sont mêlées de bleu, de rouge & de jaune ; & sa queue qui est longue de quinze à vingt pouces, et ordinairement toute rouge ; il a la tête & le bec fort gros, l’œil affuré ».

Georges Edwards mentionne en 1751, l’existence d’ara sur les îles américaines. John Latham en soulignera la possibilité en 1822, bien que les Aras de Guadeloupe avait sans doute déjà disparu.

Tous ces éléments descriptifs tendent à rapprocher l’Ara de Guadeloupe au Ara rouge (Ara macao). Néanmoins quelques indices nous permettent de différencier ces deux oiseaux. Les couleurs des plumes des ailes ne semblent pas aussi bien ordonnées que celle du Ara rouge. En effet là où ce dernier a des couleurs séparées nettement, passant du rouge au jaune puis au bleu, celles-ci apparaissent mêlées chez le perroquet guadeloupéen.

D’autre part, la queue du Ara rouge est de couleur rouge avec des plumes bleues à sa base, là où l’Ara de Guadeloupe posséderait une couleur uniformément rouge.

Autre différence relative à la queue, la longueur des plumes. Celles de l’Ara macao atteignent la longueur impressionnante de 61cm. Bien qu’il est difficile de donner une mesure précise quant à celle du Ara de Guadeloupe, une conversion permet d’en avoir néanmoins un aperçu. Labat nous indique que celles-ci « étaient longue de quinze à vingt pouces », ce qui équivaudrait approximativement à 49cm. Une taille bien moindre que celle de l’Ara macao mais qui ne signifie par pour autant que l’oiseau en était beaucoup plus petit. En effet, les proportions des parties du corps diffèrent selon les espèces d’aras. A titre comparatif, la longueur des rectrices du Ara tricolore, espèce cubaine éteinte, ne mesuraient que 30 cm.

Numériser 2Vue d’artiste de ce à quoi ressemblerait l’Ara de Guadeloupe

 

Comportement

Comme ce fut le cas pour l’Amazone de Guadeloupe, les premiers comportements recensés sont à mettre au crédit de Du Tertre qui non content de le décrire rajoute quelques détails de ses habitudes alimentaires. « Cet oyseau vit de graines & de quelques fruicts qui croissent sur les arbres : mais principalement des pommes de Mancenille, qui est un tres subtil et caustic poison aux autres animaux ». En 1667, il corrige ses propos en affirmant que le fruit du mancenillier n’était consommé qu’exceptionnellement.

Il désigne également que l’Ara de Guadeloupe « a le ton de la voix fort & perçant, il criaille toujours en volant ». De Rochefort rajoute « Ils volent ordinairement par troupes » puis « On leur apprend aussi à prononcer quelques paroles, mais ils ont la langue trop épaisse, pour se pouvoir faire entendre aussi bien que les Canides, & les plus petits Perroquets ». Labat complète par ces quelques mots « il parle très-bien quand il est instruit étant jeune, il a la voix forte & distincte, il est familier & aimant fort à être caressé». Cette dernière partie de citation témoigne de la facilité selon laquelle l’oiseau est apprivoisé. Il en est de même de sa capture. Du Tertre décrit la manière employée par les amérindiens pour les attraper qui consiste à attendre que l’oiseau se pose au sol pour manger quelques fruits tombés et à s’approcher avec un bâton. L’ara se saisit du bout de bois entre griffes et bec et il ne reste plus qu’à le ligoter.

La façon de le chasser est tout aussi simple. L’Ara de Guadeloupe n’aurait pas eu peur des coups de fusil et resterait même perché alors que les corps de ses compagnons tombent au sol les uns après les autres. Ce perroquet est à la fois chassé pour sa viande mais également pour ses plumes que les populations d’amérindiens autochtones utilisent pour se parer. « Les sauvages se panadent des plumes de la queüe, & en font grand estime : ils s’en fichent dans les cheveux, s’en passent dans le gras des oreilles, & dans l’entre-deux des narines pour leur servir comme de moustaches, & ils s’imaginent tout de bout qu’ils en sont beaucoup plus gentils & dignes d’estre admirez des Europeans. »

De Rochefort confirme en écrivant : « Ils ne s’étonnent point du bruit des armes à feü, & si les premier coup ne les a blessez, ils attendent sans bouger du lieu où ils sont une deuzième charge : mais il y en a plusieurs qui attribuent cette assurance à leur stupidite naturelle, plutôt qu’à leur courage ».

Dans l’Histoire générale des Antilles habitées par les François (1667), Du Tertre complète sa première description en y incluant des indications inédites quant à leur nidification. « Le malle & la femelle se tiennent bonne compagnie, & c’est une chose tres-rare que de les voir seuls. Quand ils veulent faire leurs petits, (ce qu’ils font une fois ou deux l’année) ils font un trou avec leur bec, dans la fourche d’un grand arbre, & sans y composer d’autre nid que de plumes, qui tombent de leur corps, ils y pondent deux œufs gros comme des œufs de pigeon, marquetez comme ceux des perdrix ». Il se pourrait que cette reproduction semestrielle soit en réalité une reproduction échelonnée, comme celle pratiquée par certains oiseaux tropicaux.

Du Tertre conclut en affirmant que les aras vivent plus longtemps que les hommes et qu’« ils sont presque tous sujet au mal caduc », ancienne appellation de l’épilepsie.

Labat lui s’étend sur une anecdote relative à la captivité de l’oiseau et notamment à la fidélité et l’affection qu’il portait à son maître. Il conclut en ces termes « Je ne croi pas qu’on pût voir au monde un animal plus affectionné à son maître. Il parloit fort bien & fort distinctement ; lorsqu’on entendoit sa vois sans le voir, il étoit difficile de distinguer, si c’étoit celle d’un oiseau ou d’un homme ».

 

Extinction

D’une manière générale, les premiers oiseaux à subir un effondrement de populations lors de l’arrivée d’un facteur exogène sont les espèces aptères ou peu enclines au vol, celles qui nichent au sol, ou encore celles dont l’attitude se révèlent peu farouche. L’Ara de Guadeloupe, comme ce fut le cas pour de nombreuses espèces de psittacidés appartient à cette dernière catégorie. La méfiance ne fut pas son point fort, comme les différents textes de Du Tertre et Labat en témoignent. Il fut d’autant plus facile de les attraper et bien que les peuples autochtones chassaient déjà à l’arrivée des Européens, l’arrivée de ces derniers a, semble-t-il, accéléré la chute de ces perroquets.

Il est loin d’être absurde d’émettre l’hypothèse qu’une combinaison de facteurs eu raison de l’Ara de Guadeloupe, ainsi que de l’Amazone et de la Conure de Guadeloupe. Si la chasse, que ce soit pour la viande, pour l’exportation vers l’Europe ou pour les parures d’ornement apparaît comme la principale cause d’extinction, la destruction de son habitat et une épidémie ont également pu rentrer en ligne de compte. De plus, en 1760, le naturaliste Mathurin Jacques Brisson relaie les propos du Médecin du Roi à Cayenne, M. de la Borde, selon lesquels les aras des Antilles seraient devenus très rares, victimes d’une chasse excessive. Il rajoute que la pression anthropique grandissante poussa les perroquets à rejoindre des zones peu fréquentées, et à déserter les cultivées.

Les Aras de Guadeloupe auraient probablement disparu peu de temps après.

 

Espèce à part entière ou sous-espèce du Ara rouge ?

Les problèmes de classification ne datent pas d’aujourd’hui et en 1774, Buffon va à contrecourant de ses contemporains.

Pourtant en 1665, le père Breton dans son dictionnaire français-caribe et caribe-français fait remarquer que les amérindiens différencient les aras venus du continent et ceux vivant en Guadeloupe en employant deux termes différents et même un troisième pour désigner la femelle. Ainsi « l’ara des Iles, se nomme Kínoulou, f. Caarou. Coyáli, c’est celui de terre ferme qui est plus rouge et mieux troussé que celui des Iles ». Le terme Coyáli peut vraisemblablement être rapproché du terme Kuyarï, utilisé encore de nos jours par le peuple Ka’lina, de langue et culture caraïbes en Guyane, pour désigner l’Ara chloroptère.

Selon Buffon, « tous les Nomenclateurs, d’après Gessner & Aldrovandi, en ont fait deux espèces », mais il juge plus pertinent de regrouper dans la même espèce tous les perroquets se rapprochant du Ara rouge vivant sur le pourtour caribéen et jusqu’au Pérou. Il note cependant que l’oiseau a été représenté sur deux planches différentes et avec deux appellations différentes : Ara rouge et Petit ara rouge. Pour lui, cette différenciation n’a pas lieu d’être et il se range du coté de George Markgraf et des voyageurs. En effet, si l’ensemble des nomenclateurs en a fait deux espèces, les voyageurs, « ceux qui les ont vus et comparés » n’en ont fait « avec raison, qu’un seul et même oiseau ». Il rajoute que certains critères physiques peuvent être toutefois différents. « Les Voyageurs remarquent des variétés dans les couleurs, comme dans la grandeur de ces oiseaux selon les différentes contrées, & même d’une île à une autre : nous en avons vu qui avoient la queue bleue, d’autres rouges et terminée de bleu ; leur grandeur varie autant et plus que leurs couleurs ; mais les petits aras rouges sont plus rares que les grands. ». Pour ce dire, il se base sur une citation de Du Tertre : « Les oiseaux sont si dissemblables, selon les terres où ils repaissent, qu’il n’y a pas une île qui n’ait ses perroquets, ses aras & ses perriques dissemblables en grandeur de corps, en ton de voix & en diversité de plumages ».

Il est intéressant de noter que l’illustration répertoriée sous le nom d’Ara rouge dans l’ouvrage rassemblant Les planches enluminées de l’histoire naturelle des oiseaux de Buffon et illustré par Martinet, peintre, dessinateur et graveur au Cabinet du Roi, pourrait être en réalité celle d’un Ara de Guadeloupe. En effet, à la différence du Ara rouge, celui de Guadeloupe ne possède pas de bleu à la queue et revêt sur celle-ci une couleur uniformément rouge, comme c’est le cas sur cette représentation datée de 1765. Si cela s’avère exact, cela pourrait signifier que des Aras de Guadeloupe furent amenés jusqu’en Europe. En effet, François-Nicolas Martinet était un précurseur et a fait considérablement progresser la façon de reproduire les oiseaux. Outre le fait qu’il conservait les proportions, il s’inspirait d’oiseaux décédés simplement éviscérés et rembourrés. La représentation devait être réalisée rapidement car les sujets étaient bien souvent parasités, ce qui rendait leur décomposition inéluctable. Mais cette illustration pourrait n’être ni unique, ni la première.

Une autre œuvre d’art pourrait mettre en scène l’Ara de Guadeloupe. Il s’agit d’un tableau de 1626 du peintre flamand Roelandt Savery. On y voit en premier plan un Dronte de Maurice ou Dodo, à sa gauche ce qui pourrait être notre Ara de Guadeloupe et sur sa droite un autre ara hypothétique et/ou disparu, celui de Martinique. De nombreux perroquets ont été importés en Europe à cette époque mais il demeure impossible de savoir si le spécimen en question est un Ara rouge ou bel et bien un Ara de Guadeloupe. De Rochefort notait en 1658 qu’ « ils sont si ennemis du froid, qu’on a bien de la peine à leur faire passer la mer ». Pour replacer les espèces dans le contexte de l’époque, il est à noter que si on excepte le caractère hypothétique des deux aras et qu’on les considère comme ayant réellement existés, les trois espèces étaient encore vivantes au moment de la réalisation de l’œuvre. Autre point intéressant, ce tableau ayant été peint en 1626, sa réalisation serait antérieure à la description du Ara de Guadeloupe faite par Du Tertre (1654) ! En d’autres termes, l’oiseau aurait été représenté, de bien belle manière d’ailleurs, avant même d’être décrite en Guadeloupe !

Numériser 4

Classification 

Comme c’est souvent le cas pour les espèces disparues, et davantage encore pour celles peu ou pas observées, la classification soulève quelques débats. Néanmoins, les grands perroquets américains ne sont pas les oiseaux les plus diversifiés et le consensus sur le terme ara, puis sur le genre Ara, a été rapidement trouvé. Dès 1905, Austin Hobart Clark donne son nom scientifique à notre oiseau qui devient donc Ara guadeloupensis, une appellation qui n’a jamais changé depuis. Il le différencie des Aras rouge (A. macao), chloroptère (A. chloropterus) et tricolore (A. tricolor) et suggère qu’il a pu également existé sur les îles de la Dominique et de la Martinique, d’où son nom anglais de Lesser Antillean Macaw, littéralement Ara des Petites Antilles. Rappelons également qu’un os pouvant être attribué au Ara de Guadeloupe a été découvert sur l’île de Montserrat.

En 1907, Walter Rothschild corrige l’hypothèse de Clark concernant l’aire de répartition et divise l’espèce en trois, donnant à chaque île son ara spécifique. L’Ara de Guadeloupe est ainsi séparé de l’Ara de Martinique et de l’Ara dominicain. Ce-dernier est renommé l’année suivante Ara atwoodi, par Clark, en hommage à Thomas Atwood et à la description qu’il en a fait dans The History of the Island of Dominica en 1791.

James Greenway soulève un point important en 1967, relatif à l’origine de l’Ara de Guadeloupe, en émettant la possibilité que la population indigène aurait pu les importer d’une autre région. Il évoque également le fait que les Aras de Guadeloupe, rouge, tricolore et ceux considérés comme hypothétiques pouvaient former une super-espèce. A partir de là, la question n’est plus de différencier l’Ara de Guadeloupe des autres perroquets antillais, mais bel et bien d’en trouver une origine qui, par conséquent, pourrait clarifier la classification. Les interrogations qui subviennent de ce nouvel élan vont être nombreuses, à savoir : à quand remonte l’arrivée de l’oiseau sur l’archipel ? Etait-elle antérieure à celle des hommes ? Postérieure ? Ou a-t-elle eu lieu dans le même temps, sous forme domestique par exemple ? Les différentes fouilles effectuées, notamment sur Marie-Galante, vont être particulièrement utiles.

A ce stade, et qu’il soit reconnu ou non par une quelconque autorité taxinomique, l’Ara de Guadeloupe est considérée comme une espèce à part entière, et non plus, comme le définissait Buffon, comme une variété de l’Ara rouge. Cependant, les recherches continuent, dévoilent des trésors et les spéculations apparaissent toujours plus nombreuses. Ainsi en 2001, un ulna est découvert sur le site archéologique de Folle Anse à Marie-Galante. Selon le Conservatoire du littoral, le site de Folle Anse est connu comme abritant des « traces de la première vague de peuplements arawaks », il se pourrait également que le 3 novembre 1493 ce soit « le long de la longue plage sableuse de Folle Anse que les Espagnols ont débarqué et pris possession des Petites Antilles ». Assurément un site qui relève d’une forte importance historique. Matthew Williams et David Steadman  attribuent cet ulna à notre ara mais en 2008, Stors Olson et Edgar Maíz López reconsidèrent cette découverte et en invalident le résultat. Pour eux, la taille et la robustesse de cet os est typique de l’Amazone impériale, l’espèce dominicaine. Ils vont encore plus loin en réfutant la théorie selon laquelle des espèces endémiques d’ara auraient pu vivre sur des îles des Petites Antilles, jugeant la surface trop petite pour qu’une population viable puisse s’y maintenir. Finalement, en 2015, Arnaud Lenoble et Monica Gala associent cet ulna à l’Amazone de Guadeloupe.

En 2012, Le paléontologue anglais Julian Hume estime les Aras de Guadeloupe et rouge suffisamment proches pour évoquer une descendance probable. L’ara continental serait selon cette hypothèse à l’origine de l’ara guadeloupéen.

Cependant, il n’existe à ce moment-là aucune preuve fossile de la présence sur ces terres, d’aras, et ils ne sont connus que par l’intermédiaire de récits historiques. Mais en 2015, un nouvel os est découvert à Marie Galante, sur le site de la grotte de Blanchard, par Arnaud Lenoble et Monica Gala. La grotte de Blanchard contient un important dépôt fossilifère datant du pléistocène et à ce titre la découverte pourrait avoir son importance. Il s’agit cette fois-ci d’une griffe. Suite à une étude comparative, il apparaît que la découverte est bien attribuable au genre ara. Autre fait important, cette griffe daterait de plus de 12 000 ans, or les premiers indices de présence humaine dans cette région du monde remontent à environ 5 300 ans.

Jusqu’alors tous les ossements d’aras retrouvés aux Petites Antilles l’avaient été faits sur des sites archéologiques et pouvaient donc être attribués à des restes d’oiseaux amenés par les amérindiens. De plus, les aras revêtaient une part importante dans les cultures locales et des perroquets ont été transportés d’une île à l’autre mais aussi du continent vers les Antilles tout au long de l’histoire. Il apparaissait donc compliqué de prouver une quelconque existence d’ara antérieure à l’arrivée de l’être humain, mais cette dernière découverte relance le débat.

Ara rougeAra rouge (Ara macao)

En bref

Jusqu’en 2013, l’Ara de Guadeloupe a été reconnu par Birdlife International et L’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), mais reclassé comme espèce hypothétique par la suite. Malgré tous les textes historiques témoignant de la présence d’un ara en Guadeloupe et la découverte de cette griffe à Marie-Galante, il reste encore quelques points à éclaircir. Les différents écrits traitaient-ils réellement d’espèces différentes ou Buffon avait-il finalement raison en faisant confiance aux voyageurs ? L’aire de répartition était-elle plus vaste que l’archipel guadeloupéen, ce qui rejoindrait l’hypothèse sur la surface habitable restreinte évoquée par Stors Olson et Edgar Maíz López ?

Le mystère reste donc entier, et même si de nouveaux éléments viennent combler le vide des pièces manquantes de ce puzzle ornithologique, les aras antillais conserveront toujours une part d’incertitude qui fera à jamais partie de leur charme. Et si l’ara est toujours considéré comme hypothétique, ce n’est plus le cas de la Conure de Guadeloupe.

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