Début prometteur

25 juin 2019 : 3h du mat’ ! C’est tôt ! Très tôt ! Surtout lorsqu’on vient de passer une nuit entre avion et aéroport… mais c’est bien à 3h du matin que mon avion pose ses roues sur le tarmac de Amman. C’est un cadeau ! Mon cadeau de Noël ! Un billet aller-retour pour la Jordanie. A cheval donné, on ne regarde pas les dents ! Je ferai donc avec ces horaires et m’en contente allègrement.

Le programme, comme à mon habitude, n’est pas fixe. Certains points me paraissent importants, voire indispensables, mais toutes les étapes qui y conduisent sont en mesure d’être modifiées, que ce soit au gré de mon humeur du moment ou de celui de la météo, du temps qu’il me reste ou bien des observations faites. Je ne vais pas m’éterniser en Jordanie, même si ce pays a l’air prometteur tant sur le plan historique que sur le plan naturel et ornithologique. En gros, je dois pouvoir trouver ce qu’il me plait. Une petite sélection s’impose d’elle même. Petra et le Wadi Ram me paraissent les deux endroits à ne pas négliger… pour le reste un pdf sur les différents spots ornitho me sert de guide. Pour faire court, je zappe le nord du pays. Les espèces susceptibles d’y être observées sont sensiblement les mêmes que dans mon sud de France. Il me faut de la nouveauté ! Il me faut des espèces désertiques !

La Jordanie a plusieurs avantages ! Tout d’abord, et pas des moindres, il s’agit d’un des derniers pays calmes de cette zone géographique. Il est toutefois recommandé de ne pas fréquenter les zones frontalières. Autre avantage, non négligeable pour les observateurs d’oiseaux, ce pays se trouve à la croisée des chemins et figure sur les voies migratoires d’oiseaux d’origine africaine et asiatique, et offre donc la possibilité de surprendre des oiseaux complètement inconnu de l’héraultais que je suis, d’autant que les milieux y sont étonnamment diversifiés. Dernier avantage, important pour celui qui ne reste que quelques jours au pays des nabathéens, la Jordanie n’est pas un pays immense et s’étend verticalement, le reste n’est que désert, ainsi nombre de distances peuvent se faire dans la journée. Ces principaux points posés, il est temps de prendre la voiture et de découvrir une partie du monde qui m’est encore inconnue.

Accueilli avec un verre de thé brulant et une bouteille d’eau fraîche à l’agence de location, le premier contact est chaleureux, mais il m’en faudra tout de même davantage pour rester à Amman. J’occulte la capitale et file droit vers le sud. Objectif du jour, me rapprocher de Petra que j’espère pouvoir visiter demain. Mon fameux pdf et quelques infos glanées ça et là me conseillent de me rendre à Dana, lieu apparemment très réputé pour observer les oiseaux et meilleur spot au monde pour voir le Serin syriaque ! Il ne faut pas plus de mots pour me convaincre, c’est vers la Dana Nature Reserve que je me rends.

Je suis nouveau ici, et les oiseaux le sont pour moi, alors je guette ! Je reste à l’affut ! Je roule depuis peu et déjà j’observe quelques espèces : Hirondelles rustiques, Moineaux domestiques, et ma première coche, le Bulbul d’Arabie. Je ne m’arrête toutefois pas, je prédis, et j’espère avoir raison, que cette espèce est relativement commune et que je pourrai la revoir plus tard. Stratégie dangereuse ! Après quelques kilomètres, je n’en peux déjà plus de cette autoroute qui n’a rien d’une autoroute ! Deux voies, dont une soit défoncée, soit en travaux, et l’autre animée par la fureur de poids-lourds pour qui une petite voiture de location pourrait passer pour un moucheron de plus sur le pare-brise. Je m’extirpe de cette folie à la première occasion et me lance sur une route qui mène au même endroit mais plus longue, plus sinueuse, plus tranquille et plus belle aussi. Déjà les oiseaux se montrent, un traquet indéterminé traverse la route. Imité quelques centaines de mètres plus loin par un autre, et un autre encore plus loin ! Il semble que les traquets soient monnaie courante et c’est tant mieux, j’adore ces oiseaux… la seule difficulté sera de les photographier… à chaque arrêt en bord de route, l’oiseau s’envole bien loin, trop loin… il me reste encore quelques jours, j’espère pouvoir trouver un individu moins farouche que les autres.

Plus loin, la route est surplombée par des falaises d’où se détache un oiseau noir, un corbeau ! C’est une nouvelle espèce pour moi, c’est sûr ! J’ai bien révisé mes leçons avant de partir. Le Guide Ornitho est mon ami. La page consacrée aux corbeaux français ne comprend pas la Jordanie, celle des corbeaux jordaniens ne comprend pas la France ! Tout corbeau observé est un nouveau corbeau ! Le milieu de l’observation peut jouer quant à son identification mais ne reste pas le critère le plus fiable, d’autant que je ne connais pas encore ce pays. Heureusement, un critère morphologique me revient en tête : la queue ! L’oiseau a-t-il une longue queue se détachant parfaitement du corps ? Ou une queue courte lui donnant un aspect de vautour en vol ? Première option ! C’est donc un Corbeau brun ! Nouvelle espèce, nouvelle observation, mais pas nouvelles photos ! Je ne m’arrête pas en catastrophe sur le bord de la route pour une photo ratée !

Quelques minutes plus tard, je m’arrête enfin. La fatigue commence à faire son oeuvre, et plus je descends vers le sud, plus la température augmente. Le coin est tranquille et quelques oiseaux font une apparition furtive : Huppe fasciée, Pie-grièche grise, Traquet à queue noire… ma liste s’allonge peu à peu sans toutefois s’illustrer de photos mémorables… mais ce n’est que le début ! La Pie-grièche grise en chasse devant moi alterne entre petits vols à la recherche d’insectes et repos sur son perchoir électrique. Légèrement différente de la sous-espèce Lanius excubitor excubitor, présente en France, la ssp de Jordanie et plus généralement du sud du Moyen-Orient (Lanius excubitor aucheri) s’en distingue par l’absence du léger sourcil blanc et la présence d’un front noir

Pie-grèche grise (Lanius Excubitor aucheri)Pie-grièche grise

Dana se rapproche de moi, mais la route est encore pleine de surprises et les arrêts suivants  me révèlent une nouvelle pie-grièche. Comme la grise précédemment observée, la tête rousse que j’ai sous les yeux est d’une sous-espèce différente (Lanius senator niloticus) de celle observée en France (Lanius senator senator), et cela se manifeste par quelques différences physiques : tache blanche à la base des primaires très grande, base de la queue blanche et beaucoup de noir au front.

C’est ensuite, un Traquet deuil qui me fera m’arrêter ! Superbe oiseau, même si cet individu n’est pas doté du plumage des meilleurs jours. Là, je suis content ! Une des espèces que je voulais voir et une photo en prime ! La journée commence bien ! Commence, car il est encore tôt ! Rouler depuis 5h du matin revêt l’avantage de voir la nature se réveiller doucement au fil des kilomètres.

La Réserve naturelle de Dana s’ouvre à moi ! Il fait chaud et mes quelques petites bouteilles d’eau ne sont pas de trop ! Je me lance dans une randonnée, à la recherche certes des oiseaux, mais également subjugué par la beauté du site ! C’est superbe ! Le sentier monte doucement jusqu’à atteindre le sommet de la colline. Le soleil n’est pas encore à son zénith, mais il fait déjà chaud, très chaud… les oiseaux ne se montrent pas, si ce n’est un grand rapace vu au loin, probablement un Aigle pomarin mais rien de certain, et quelques Martinets pâles et Hirondelles isabellines qui tournent de temps en temps. Les autres espèces observées ne le sont qu’au départ du sentier, là où la végétation est encore bien présente et la température moindre. Les Bulbuls d’Arabie, Tourterelles maillées et autres Rufipennes de Tristram semblent toutefois souffrir de la chaleur et il n’est pas rare de les voir le bec ouvert en train de ventiler.

Le paysage qui s’ouvre devant moi est extraordinaire ! Au loin, le désert ! Devant moi, des formations rocheuses que je décrirai simplement comme des colonnes soudées entre elles et arrondies à leur sommet certainement par l’érosion. Paysage assez unique que je ne m’attendais pas à voir du tout ! J’avais lu que cette réserve était belle, mais ça dépasse tout ce que j’ai pu imaginer et si le reste de la Jordanie est à l’image de Dana, ce voyage va être très riche et surprenant !

Ma boucle se termine et je me rapproche de mon point de départ. Je distingue déjà les grandes voiles blanches des tentes. Mais au lieu de bifurquer à droite pour les retrouver, je prends à gauche une piste qui semble contourner un massif rocheux avant de retrouver le sentier initial. Des chants d’oiseaux et des silhouettes particulièrement agitées attirent mon attention ! Je ne sais pas trop de quoi il peut s’agir… je sais juste que ce sont de petits passereaux. Défile alors dans ma tête la liste des petits passereaux présents en Jordanie et le curseur s’arrête brusquement sur une espèce lorsque je parviens à cadrer un individu dans mes jumelles ! Dromoïque du désert ! Voilà une espèce que je ne m’attendais pas à voir ! Et pour les voir, je les vois… en revanche pour les photographier, c’est une autre paire de manches ! Ils sont un petit groupe mais virevoltent dans tous les sens, ne se montrent que très brièvement, se déplacent très rapidement au sol par de petits bonds avant de retrouver leurs cachettes dans la végétation ! Ils sont minuscules, à peine plus gros qu’un roitelet, et leur longue queue relevée à la manière d’un Troglodyte mignon ne laisse aucun doute sur l’identification. On ne peut les confondre avec aucune autre espèce ! Ça piaille en tous sens, je ne sais sur lequel me concentrer ! Lorsque j’essaie d’en cadrer un, il disparaît aussitôt, et un autre sort de l’autre coté du massif ligneux ! J’ai de la patience et tout mon temps, alors je persévère ! L’un d’eux tente une sortie à découvert un peu plus longue ! Je shoote ! En rafale ! Contrairement à mes habitudes ! Toutes les photos sont ratées ! Trop rapide pour moi, ou mon bridge, ou les deux ! Lorsque la position semble parfaite, c’est la lumière qui ne l’est pas… verdict : photo ratée ! Et puis, tout vient à point à qui sait attendre, comme on dit ! Un autre individu vient d’attraper une chenille et se pose sur un rocher où il s’acharne dessus ! En pleine lumière ! Parfait ! Je parviens enfin à mes fins, mais je vois encore mieux ! Sur une branche à ma gauche, un autre dromoïque vient de se poser en évidence et n’attend vraisemblablement qu’une photo pour s’éloigner ! C’est dans la boîte !

Dromoïque du désertDromoïque du désert

Mon avancée me conduit vers les tentes, mais je poursuis mon chemin. Un autre sentier se découvre à moi et je le suis ! Sur un arbre, je remarque un regroupement d’oiseaux qui ne me parait pas « normal », comme si quelque chose les avait attiré ici. Ce sont des rufipiennes et des bulbuls, mais un mouvement de plus et la troupe s’envole… le chemin me guide et je m’approche des fameuses formations rocheuses, encore plus impressionnantes de près ! Un groupe de Perdrix choukar s’envolent à mon approche… décidément, les observations ne sont pas simples et les photos encore moins…

Alors que je me trouve en hauteur, avec une vue plongeante sur le trajet que je viens de faire, je distingue une petite maison en bois… serait-il possible qu’il s’agisse de ce que je crois ? Il faut que j’en ai le coeur net. Je descends. La porte n’est pas fermée, je rentre. L’endroit est tout petit, sombre et seules quelques raies de lumière éclairent le sol. Quelques rayons de soleil proviennent des ouvertures horizontales situées sur les murs ! C’est bien un observatoire ! Et devant, un point d’eau ! Et derrière ce point d’eau, l’arbre qui rassemblait tous les oiseaux vu un peu plus tôt et qui sont d’ailleurs revenus. Je m’installe et le ballet commence ! Je suis au frais, à l’ombre, à l’abri. Les oiseaux au chaud, dehors, au soleil et le seul moyen qu’ils ont de se rafraichir se situent devant moi ! Quelle aubaine ! Chacune à leur tour, les espèces se succèdent ! C’est une chorégraphie incessante qui se déroule sous mes yeux. Lorsque ce ne sont pas les Bulbuls d’Arabie, ce sont les Rufipennes de Tristram ! Et quand ce ne sont pas les rufipennes, des moineaux arrivent… et puis des Linottes mélodieuses… puis une Hirondelle isabelline qui décrit des cercles et arrive toujours dans le même sens pour saisir quelques gouttes au vol, et se fait enfin chasser par des bulbuls peu coopératifs ! La chaleur peut rendre nerveux !

Alors que je commence à m’impatienter, à rassembler mes affaires pour regagner ma voiture, et reprendre la route, un nouvel oiseau fait son apparition ! C’est toujours comme ça ! C’est étrange ! C’est lorsqu’on range que l’inattendu se produit ! Un souimanga fait son apparition sur une branche ! Je saisis mon appareil à la hâte, espérant pouvoir l’immortaliser mais l’oiseau décolle ! Elle se pose au sol, c’est une femelle, et boit ! Je déclenche mais elle est de dos et pas dans la position la plus photogénique ! Elle reprend son vol et se pose sur une branche devant moi… mais cachée par quelques feuilles ! Bien que bien dissimulé dans mon observatoire, il s’agit d’être discret ! Je bouge sur le coté et change de fente d’observation ! La voie est libre, l’oiseau de dos mais relativement visible ! Mission accomplie.

Souimanga de PalestineSouimanga de Palestine

Cette fois, c’est la bonne ! Je plie mes affaires et sors de l’observatoire. Les chemins se croisent et slaloment entre les formations rocheuses. La température est un peu descendue, c’est du moins l’impression que j’ai, en témoignent les dernières observations ! Je suis un sentier, en rejoins un autre, innove dans mon itinéraire… sans savoir quel chemin prendre, je sais où je vais… les grandes voiles blanches ne passent pas inaperçues, il suffit de les regarder et de suivre leur direction. Elles sont maintenant juste derrière l’édifice naturel devant moi. Une forme vers le haut de ce monolithe attire mon regard, une silhouette dans une anfractuosité de la roche ! Et si c’était une chouette ! Les jumelles à portée de main, je vise la direction ! BINGO ! Une jeune, voire très jeune Chevêche d’Athéna me fixe. Je l’immortalise et la laisse tranquille. Si ma présence ne l’a pas dérangée, en revanche elle a perturbé l’adulte posé à quelques mètres sur sa droite et qui fait tout pour m’attirer vers lui, certainement dans l’optique de protéger son rejeton. Le nocturne, pas si nocturne que ça, me regarde, essaie de m’intimider, me survole pour se poser sur un autre rocher derrière moi puis renouvelle l’expérience dans l’autre sens. Je comprends rapidement que je suis de trop, lui tire une fois le portrait puis m’éclipse définitivement.

Chevêche d'Athena (Athene noctua lilith)Chevêche d’Athéna

Cette dernière observation me met en joie, si tant est que l’on puisse l’être davantage que ce que je l’étais déjà ! Tous ces oiseaux pour une première journée ! Et cette chouette ! Une chouette qui d’ailleurs est un peu différente des chevêches que l’on croise en France. Là aussi, il s’agit d’une autre sous-espèce, Athene noctua lilith, bien plus pâle que l’espèce nominale.

Je croise une dernière Perdrix choukar postée fièrement sur un rocher, complètement à découvert, parfaitement visible, en pleine lumière, mais ce n’est pas moi qui conduit le mini-bus me ramenant au parking… tant pis, la photo sera pour la prochaine fois, si prochaine fois il y a. Je me glisse dans la voiture que j’avais pris soin de garer à l’ombre. Quelle bonne idée ! Et m’élance en direction de Gaia et de son fameux complexe archéologique : Pétra !

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