Chaleur

26 juin 2019 : Je n’ai pas prévu grand chose pour ce voyage. En fait, je ne prévois jamais grand chose, je laisse place aux surprises. Mais pour le coup, j’ai pris les devants en réservant une nuit non loin de l’entrée du complexe archéologique. Ouverture des portes prévues à 6h30, je suis là, prêt, sur le pied de guerre.

La météo est clémente pour l’instant, mais ça risque de chauffer. Pas le temps de m’attarder sur les différents édifices qui bordent l’allée. Je veux être dans les premiers à atteindre le Trésor, le fameux temple symbole de Pétra, et ainsi n’avoir personne sur mes photos. J’ai tout le temps de revenir sur mes pas par la suite, d’autant que le chemin du retour est le même ! Le coin est paisible, du moins pour l’instant, et assez sensationnel ! Le sentier se rétrécit par endroit et serpente au milieu de canyons. De chaque coté, des falaises érodées par les éléments et parfois sculptées par la main de l’Homme se dressent. Je ne pensais pas que le site était si imposant, et le temple tant convoité, pourtant situé dans les premiers sur les plans, ne se dévoile toujours pas !

Si la réserve de Dana est un bon spot pour observer le Serin syriaque, même si je ne l’ai pas vu, Pétra constitue un spot privilégié pour rencontrer le Roselin du Sinaï, une autre spécialité de la région. Alors entre deux blocs rocheux, je surveille les mouvements des oiseaux… mais en ce début de journée, c’est bien maigre… et puis, au fin fond d’un canyon plus étroit que les autres surgit la bête ! Ce n’est pas un oiseau ! C’est Pétra ! Le Trésor ! Et si je compte bien, je suis le troisième touriste sur les lieux, de quoi faire des photos tranquille !

Je prends quelques photos, et puis… mon appareil a une absence… un trou noir. Troublant. Un étrange message s’affiche sur l’écran… en gros, il est impossible de récupérer la dernière photo prise… je re-essaie… échec ! Je tente tout ce qui est en mon pouvoir… je sors la batterie, souffle dans le compartiment, rallume… échec ! J’éteins, retire la carte SD, souffle, rallume… échec ! Que puis-je faire de plus ? Laisser au repos… avec un peu de chance, ça passera… C’est dans ces moments que l’on se rend vraiment compte de l’importance de l’observation. La photo n’est qu’un bonus… Je regarde tout de même, par acquis de conscience, si j’ai toujours les photos précédentes… victoire ! Les photos d’hier sont toujours présentes ainsi que celles du Trésor… le principal est assuré. Je me lance donc à la découverte du reste du site sans appareil et en regardant dans les boutiques s’ils ne vendent pas, par hasard, des cartes SD. Pour moi, le problème vient de là… de là et surtout de moi… je suis en colère contre moi-même…

Ma carte a un problème depuis un moment. En réalité, c’est une micro SD avec un adaptateur et cet adaptateur est anormalement entrouvert… cassé, on pourrait même dire. Mais ça fonctionne, enfin ça fonctionnait… habituellement, j’ai toujours une carte de rechange, on ne sait jamais. Je me rappelle très bien qu’en préparant mes affaires avant le départ, j’ai enlevé ma carte de rechange en me disant que je n’en aurai pas besoin… quelle idée stupide ! On ne peut pas dire que ça soit ça qui rajoute du poids dans un sac à dos… et me voilà puni. Je retiendrai la leçon. J’ai la rage contre moi-même, et cette chaleur… ça y est, moi qui suis de nature calme, tout m’énerve… la chaleur, les touristes…

Je compte sur quelques observations pour me remonter le moral. Pas de roselin pour l’instant mais les omniprésents Rufipennes de Tristram. Alors que j’inspecte un peu les lieux, je surprends des aller-retour d’Hirondelles isabellines ! Je me poste à l’entrée de l’ancien édifice troglodyte, et attends. Je sors mon appareil, et shoote lorsque l’oiseau atteint son nid, seul moment de répit de cet infatigable voltigeur ! Parfait ! Je retourne l’appareil… échec ! NON ! NON ! NON ! C’est pas possible, je peste contre moi-même. C’est rare, il y a des jours comme ça !

Je fais quelques pas et me double un mâle Souimanga de Palestine ! J’ai vu la femelle hier, il est bien moins terne que celle-ci ! Je retente ma chance ! Échec ! C’en est trop ! Je range définitivement mon bridge au fond du sac et continue mon avancée avec pour seules armes mes jumelles et un téléphone tout pourri… Rien de plus à déclarer ou presque… quelques oiseaux, quelques lézards, un paysage à couper le souffle, des temples incroyables ! D’ailleurs le Monastère situé tout au fond du complexe est bien plus impressionnant que le Trésor pour moi, mais peut-être est-ce la longue marche qui y mène qui a éliminé mes toxines et ma mauvaise humeur…

Demi-tour ! Je décide de sortir ! Je revois tous ces temples mais n’en profite pas comme je devrais. Je nourris encore quelques mauvaises pensées envers moi-même… un enfant, vendeur de souvenirs, vient me parler et me fait sourire. Je lui achète des cartes postales, il l’a bien mérité !

« – Je peux voir dans tes jumelles ?

– Bien-sûr !

– Tu les vends ?

– Ah non !

– Si tu les vends, je te les échange contre un âne !

– C’est pas pratique pour prendre l’avion, un âne ! »

(rires partagés)

Je sors du complexe, me précipite dans les boutiques… et trouve le précieux sésame ! Tellement énervé et pressé, et ne voulant pas rentrer dans le conflit, j’accepte de me faire arnaquer et de payer ma carte bien plus cher que son prix réel. Je l’ai bien mérité… Je m’empresse de la déballer et de remplacer celle de mon appareil. Je shoote ! Victoire !

Je saute dans ma voiture, le thermomètre va exploser… Je règle le GPS pour me diriger vers Aqaba et son Aqaba Bird Observatory ! Je sais que plus je vais descendre vers le sud, plus le mercure va grimper mais j’y vais quand même… sur la route, je m’énerve davantage… contre moi même toujours, et contre la chaleur, la fatigue, contre ce vendeur de matériel photo, ce manque d’oiseaux, ce GPS qui n’est pas à jour et… ma solitude…

Plus d’une centaine de kilomètres plus tard et quelques hésitations, j’atteins enfin Aqaba et son observatoire. Je commence l’exploration. Il fait chaud. Je suis à la frontière avec Israël. Je vois les drapeaux du pays voisin flotter. Je traverse une courte zone ombragée, les moineaux ont, semble-t-il, élu domicile ici, du moins pendant la forte chaleur de l’après-midi. Ils s’envolent tous à mon approche. Devant moi, un petit étang bordé par une roselière d’où retentissent des chants que je connais bien : Rousserolle effarvatte et Grèbe castagneux sont de la partie. Sur une branche, un Rufipenne de Tristram souffre de la chaleur…

Rufipienne de TristramRufipenne de Tristram

C’est tout… tout ça pour ça… toute cette route pour si peu… il faut dire qu’il fait chaud… très chaud… le vent chaud qui m’enroule le visage est insupportable… je ne brûle pas, j’étouffe ! Je continue mon avancée tout en sachant pertinemment que je ne verrai que très peu d’oiseaux… si j’en vois… Quelques Tourterelles maillées s’exhibent  mais rien de bien extraordinaire à se mettre sous les yeux. Pas de discrimination, voir une tourterelle, c’est bien, mais il faut bien avouer qu’il y a des espèces plus sexys et que faire autant de kilomètres pour cet oiseau, c’est un peu frustrant… d’autant que je l’ai déjà vu hier… et que je connaissais déjà l’espèce…

Tourterelle mailléeTourterelle maillée

Je pense avoir fait le tour… déjà… mais voilà que je distingue au fond, loin… un observatoire ! Et devant lui un étang et des oiseaux ! DES OISEAUX ! Je traverse la piste pour accéder à celle qui mène à l’observatoire et franchis le portail. Voilà ce que j’attendais depuis tout ce temps, ce que je cherchais ! Des Sternes naines pêchent en un ballet mené de main de maître. Un groupe de jeunes Goélands railleurs assez imposant se laisse porter par les flots. Je cherche en vain un Goéland à iris blanc ou un Goéland de Hemprich, ce n’est pas la saison. Je relève deux Ouettes d’Egypte qui pour une fois n’ont rien d’oiseaux échappés de captivité comme le sont souvent celles observées en France. L’Egypte se trouve en face, à une vingtaine de kilomètres. Il y a également un groupe de Fuligules nyroca ! Les ardéidés sont également présents : des aigrettes (grandes et garzettes), des crabiers,… et puis il y a aussi des vanneaux ! Des vanneaux éperonnés ! C’est toujours un plaisir de croiser une espèce que l’on n’a pas vu depuis un moment, de plus, j’ai un petit faible pour les limicoles ! Ma dernière rencontre avec cet oiseau remonte à 2014 et un voyage en Ouganda.

DSC00650Vanneau éperonné

Dès que possible, je me réfugie à l’ombre de l’observatoire ! Je suis seul, mais envahi de mouches. Il fait bien meilleur ici. Je me cale, reste un long moment, observant les oiseaux qui reprennent possession des lieux. Ils sont presque tous là, ne manquent que les nyrocas. Les ouettes se sont posées loin, très loin mais sont toujours là. Les railleurs se rapprochent petit à petit mais se montrent assez farouches. Le moindre petit mouvement et toute la petite troupe s’envole. Je me fais discret, vient de se poser non loin de ma cachette ma première coche du jour : un Corbeau familier. Originaire de la péninsule indienne où il est très courant, son aire de répartition s’agrandit du fait d’introductions plus ou moins volontaires. C’est ainsi qu’il se retrouve en Jordanie. C’est un oiseau très dépendant des activités humaines, parait-il qu’il l’est même davantage que le Moineau domestique. Il est là, devant moi, mais n’est pas seul… dans les arbres bordant l’étang, c’est un petit groupe qui se réfugie à l’abri du soleil.

DSC00661Corbeau familier

Je retourne sur mes pas et à la voiture. Le thermomètre indique une température extérieure de 48°C. Ce n’est pas possible, je n’y crois pas et puis je repense à ce vent chaud insoutenable, à cette atmosphère pesante et à la température indiquée hier matin lorsque j’ai pris la voiture… il n’était pas encore 5h du matin, le compteur n’affichait pas 20°C et il ne pouvait faire moins… je me rends à l’évidence… il fait 48°C !

Je tarde à trouver mon hôtel, et à prendre mes aises dans ma chambre… je repasse le film de la journée dans ma tête… voilà une journée qui s’achève et dont je suis bien content qu’elle finisse. Demain est un autre jour, il sera sans doute meilleur et moi de meilleure humeur… je crois que je suis fatigué !

Publicités

12 réflexions sur “Chaleur

  1. Cette frustration quand l appareil bugge! On en oublierait de s émerveiller. Pour moi autre sketch plus de téléphone ni d Internet à cause de la carte Sim jordanienne qui a mis la panique. L antivirus à bloqué tous mes comptes le mobile tout noir retour au XXème siècle. Grosse crise à Amman et après on vit comme avant.

    Aimé par 1 personne

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s