A la croisée des chemins

31 janvier 2019 : Matthieu, mon fidèle acolyte de sortie et moi, à moins que ça soit le contraire, partons à la frontière de l’Aude et de l’Hérault. Le but est simple, il a une mission d’inventaire à faire et deux paires d’yeux valent mieux qu’une, alors il m’a demandé si je voulais me joindre à son expédition. Je ne peux dire non à une telle proposition et l’accepte donc rapidement.

Le départ est donné. Nous ne savons pas trop à quoi nous attendre, c’est la première fois que nous nous rendons sur ce site. Il nous est demandé de relever les espèces qui ont un intérêt patrimonial ainsi que de repérer les milieux sensibles et ceux au contraire bien préservés. La mission ne devrait pas durer très longtemps. Nous devrions en avoir pour la matinée. Pour l’après-midi, j’ai déjà ma petite idée.

Nous faisons ce que nous avons à faire mais finalement… rien ne nous marquera particulièrement. Il y a bien des oiseaux typiques du coin, mais en tant qu’ornitho nous nous attendons, du moins nous espérons, toujours croiser une espèce spéciale, rare ou inhabituelle. Aujourd’hui, rien à déclarer à ce niveau là. Nous prenons le chemin du retour, déjà, car le programme que j’ai prévu se déroule à coté de chez moi. Mais à peine avons nous fait quelques centaines de mètres qu’un oiseau attire notre attention sur le bord de la route, en haut d’un arbre. C’est un Pic-vert. Rien de bien fou en sommes, mais y regardant de plus près, il nous semble un peu particulier ! En fait, ce n’est pas un Pic-vert pur ! C’est un hybride ! Un croisement entre ce fameux Pic-vert et un Pic de Sharpe ! Le Pic de Sharpe a longtemps été considéré comme une sous-espèce du Pic-vert, mais depuis peu, il a été élevé au rang d’espèce. Il vit dans la péninsule ibérique, ainsi que dans le sud de la France, des Pyrénées-Orientales et l’Aude jusqu’au Pyrénées Atlantiques ! Il existe une zone d’hybridation au nord de l’Aude et au sud de l’Hérault, et nous sommes exactement dans cette zone !

Nous reprenons la route. Cette dernière observation a un peu égayé la matinée, c’est une première pour nous. Un jour, il faudra que nous partions à  la recherche de ce fameux Pic de Sharpe ! Mais pour l’heure, ce sont bien les étangs héraultais qui nous attendent. Des étangs et des anatidés ! Le premier que nous espérons voir est un canard, un Garrot à oeil d’or, un bien joli nom ! Il a été observé à plusieurs reprises dans le coin cet hiver mais cela fait une dizaine de jours qu’il n’a pas été revu. Nous tentons notre chance et nous rapprochons du plan d’eau en question. Malheureusement, il y a bien des canards, des Nettes rousses notamment, mais pas l’ombre d’un oeil d’or. Le Garrot à oeil d’or n’est pas un canard très rare en France, en revanche une observation dans le sud de la France est beaucoup plus rare. C’est un oiseau migrateur, nichant dans le nord de l’Europe, de la Scandinavie à la Russie… et depuis quelques années en France. Son aire d’hivernage est très dispersé et s’étend du Danemark, à l’Angleterre et l’Irlande d’un coté, et de la Grèce aux mers Noire et Adriatique de l’autre ! On peut en observer occasionnellement en Camargue… mais l’individu de l’Hérault, visiblement, n’est plus là…

Heureusement, j’ai plus d’un tour dans mon sac et j’ai deux solutions de replis ! La première se situe à environ dix minutes d’ici. Un groupe de trois Cygnes chanteurs a été signalé dans les environs depuis quelques jours, et d’après les dernières infos, ils sont toujours là ! Nous commençons donc à nous aventurer dans le réseau d’étangs à la recherche de ces fameux cygnes ! Il y a bien des cygnes ! Mais pour l’instant, nous ne voyons que des tuberculés, les plus courants, ceux que l’on voit presque partout ! Nous ne sommes pas dépités, mais nous avons un peu de mal à trouver des points très positifs à cette journée…

Nous arrivons au dernier étang et rapidement, nos regards sont attirés par des cygnes au comportement un peu particulier. Ils passent de longues secondes la tête sous l’eau et le croupion en l’air, chose inhabituelle pour des cygnes ! Ce sont eux ! Nous suivons le chemin et tentons une approche. Ils sont relativement proches du rivage et se laissent observer facilement ! Ces oiseaux sont si rares ici, qu’ils constituent la première observation de cette espèce dans l’Hérault !

DSC08205Cygnes chanteurs

Nous sommes légèrement dissimulés derrière des branchages même si nous ne nous faisons pas trop d’illusions quant à notre supposée discrétion. Les cygnes ne semblent pas pour autant dérangés et c’est une belle observation pour nous ! Les Cygnes chanteurs nichent principalement en Russie, en Scandinavie et en Islande, mais cette zone de nidification a tendance à s’étirer vers le sud-est, avec notamment des cas avérés de reproduction en Pologne, dans le nord de l’Allemagne et plus étonnement en France ! En Asie, l’aire de nidification s’étend jusqu’au sud de la Russie, la Chine, le Kazakhstan et la Mongolie.

Sur le plan alimentaire, les cygnes sont essentiellement herbivores et consomment des plantes aquatiques dont ils utilisent toutes les parties. Lorsqu’ils sortent la tête de l’eau, il n’est pas rare de voir des algues pendre du bec !

Bien contents de notre observation, nous décidons tout de même de poursuivre notre expédition. Direction le dernier point d’observation et la dernière espèce ciblée ! En effet, à environ cinq minutes d’ici, ont été signalé des canards venus d’ailleurs ! Le spot est une réserve naturelle interdite au public, mais il y a toujours une solution. En effet, je connais un peu le coin et j’ai déjà repéré une butte qui surplombe la réserve. En y accédant, toute la réserve se dévoile devant nous ! Tout n’est que roselière ! Quelques petits canaux traversent la réserve et le principal, près de l’entrée, est bordé de tamaris. Nous installons la longue-vue, seul moyen de faire des observations ici, car même si la vue est superbe, la distance est relativement importante ! Même les jumelles ne servent pas à grand chose !

Les sens en éveil, nous entendons les Talèves sultanes, les Foulques macroules et les Grèbes castagneux… et en dirigeant la longue-vue, nous tombons sur l’oiseau que nous cherchions ! Un Fuligule nyroca ! Nous balayons la zone, et ce n’est pas un nyroca que nous voyons, mais quatre ! Nous ne nous attendions pas à ça et si la journée avait difficilement commencé, elle tend à se terminer de la plus belle des manières !

Le Fuligule nyroca est un canard plongeur qui se reproduit du nord au sud, en Pologne et en Lituanie et jusqu’en Iran, et de l’Italie et les Balkans jusqu’en Sibérie centrale de l’ouest à l’est. Le reste de sa zone de nidification est très fragmentée et irrégulière, avec des zones plus régulières comme en Italie, Autriche, République tchèque, Algérie ou en Arabie Saoudite. Des cas de reproduction, rares et irréguliers, en France ont été avérés mais le dernier en date remonte à 2003. Il y est, par ailleurs, même si annuel, un hivernant considéré comme rare.

Nous finissons notre observation et descendons de notre promontoire. Nous essayons de contourner la réserve afin d’essayer de trouver un point de vue différent… j’ai déjà tenté cette expérience, mais rien trouvé de concluant, peut-être qu’à deux, l’issue sera différente. Nous prenons la voiture et rebroussons chemin ! L’expérience tourne court ! Alors que nous passons devant le portail, nous découvrons juste derrière celui-ci une magnifique Talève sultane ! Stop ! Marche arrière ! L’oiseau est juste là ! Superbe ! Complètement à découvert… jusqu’au moment où elle remarque notre présence et détale.

La talève partie, la vue est maintenant dégagée sur le petit canal principal, celui-là même qui accueillait les nyrocas. Le coup de jumelles s’impose ! Et bingo ! Un beau mâle s’avance dans notre direction !

DSC08224Foulque macroule et Fuligule nyroca

La journée n’avait pas commencé avec de bonnes observations mais se termine incroyablement bien, avec des oiseaux venant de tous les horizons ! Très sympas, toutes les sorties ne se déroulent pas comme celle-ci, alors profitons-en !

6 réflexions sur “A la croisée des chemins

  1. patience et persévérance sont les maîtres mots de l’observation, me semble-t-il 🙂
    j’ai appris beaucoup en te lisant, notamment sur les cygnes……quant aux fuligules, je n’ai rencontré que les morillons pour ma part et jusqu’à présent 😉
    par contre c’est la première année que j’ai un grimpereau dans mon jardin et qui vient boire dans la soucoupe que j’ai mise à disposition du fait de la sécheresse….c’est peut-être pour ‘ça’

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