Un anneau pour la vie

1er août 2019 : C’est la reprise, le retour des sessions de baguage et la fin des grasses matinées ! Je me suis lancé dans cette aventure l’année dernière, après y avoir goûté à plusieurs reprises, notamment lors de différents suivis (Faucons crécerellettes, grives,…) et de ma résidence en Guadeloupe, et souhaité rééditer l’expérience de manière plus régulière. Le message est clair et se résume ainsi : « RDV à 6h15, fin à 9h30, à cause de la chaleur annoncée. Non seulement mauvaise pour nous, mais également et surtout, pour les oiseaux pris dans nos filets ». La météo, il y a quelques jours, prévoyait pour aujourd’hui des orages et de la grêle… l’alerte a été levée sur les derniers bulletins. Nous verrons bien ce qu’il en est ! Je me hisse dans ma voiture et prends la route ! J’ai du chemin à faire, alors je pars tôt… la boulangerie n’est pas encore ouverte…

Je retrouve le bagueur. Je ne suis là que pour l’aider, que ça soit dans l’installation ou dans la prise de notes. Pour l’aider et pour apprendre également, et je dois dire que c’est passionnant. Le jour se lève à peine, pour l’heure le soleil pointe péniblement derrière les collines. Nous installons nos filets à l’emplacement habituel. Le premier est situé entre des arbres, dans un passage débroussaillé donnant sur une zone humide anormalement sèche ! Le second est positionné entre une haie et un petit étang. Nous n’avons que deux filets, pour une longueur totale d’une vingtaine de mètres, peut-être un peu plus ! Il ne nous reste plus qu’à poser le magnétophone émettant le chant des oiseaux ciblés par l’étude ainsi que le papier indiquant qu’il s’agit d’une démarche scientifique et qu’il est interdit de toucher au matériel. Nous retournons aux voitures, il ne nous reste plus qu’à attendre.

Sur les collines environnantes, le soleil a laissé sa place à des nuages menaçants reversant ses sanglots sur les reliefs. Nous craignons de devoir ranger prématurément le matériel. Il ne pleut pas encore ici, nous aviserons en temps voulu. Les premiers oiseaux pris dans nos filets sont des hirondelles. Rien d’étonnant, nous les voyions virevolter à la recherche d’insectes à proximité. Les Hirondelles rustiques sont migratrices et rentrent dans le cadre du programme. Nous prenons mesure du tarse, des primaires, du taux d’adiposité, du poids et regardons la présence d’une éventuelle mue. Nous ajoutons à ces données, le lieu, la date, l’heure et bien entendu le numéro de la bague. Tout cela sera ensuite envoyé au Centre de Recherche sur la Biologie des Populations d’Oiseaux.

Le temps se couvre dangereusement et nous voyons la foudre s’abattre au loin ! Nous ne prenons aucun risque même si pour le moment aucune goutte ne nous est tombée dessus. Nous décidons de ranger le filet devant lequel nous nous trouvons. La pluie arrive, subtile et délicate. Nous n’avons pas eu le temps d’enlever le deuxième filet, situé à l’opposé du premier. Nous l’avons toutefois enroulé pour éviter qu’un oiseau vienne malencontreusement se prendre durant cette courte averse, et arrêté le magnétophone. Averse qui est déjà terminée… les nuages nous ont, semble-t-il, contourné et nous pouvons désormais les voir obscurcir le ciel de la ville voisine. Nous pouvons revenir à notre filet et le déplier. Tout s’est bien passé, aucun prisonnier n’est à déclarer. Il est temps de remettre en place celui que nous avons enlevé.

Chose faite, nous retournons voir le filet entre les arbres. Différents passages nous offriront différentes espèces. C’est ainsi que par exemple Fauvette passerinette, mélanocéphale, et des jardins sont venues nous tenir compagnie bien malgré elles. Suivies de Bouscarle de Cetti, de Rousserolle effarvate ou encore de Pouillot fitis. D’un point de vue scientifique, le baguage permet d’en apprendre davantage sur différents comportements et notamment celui des mouvements migratoires. Selon la période, les espèces baguées ne seront pas les mêmes et si, par exemple, une Fauvette à tête noire s’apprête à partir, sa masse corporelle sera plus importante ! Jusqu’à deux fois son poids habituel ! Il arrive également que des oiseaux déjà bagués se prennent dans les filets. Si cela a été fait lors des précédentes sessions, leur fiche sera vite retrouvée et la visite médicale plus rapide. S’ils ont été bagué sur un autre site ou dans un autre pays, l’information sera transmise et un retour nous parviendra plus tard. Dans tous les cas, si l’oiseau est déjà bagué, cela peut nous renseigner soit sur le fait qu’il reste dans les environs, soit sur son trajet migratoire.

DSC01450Fauvette passerinette

DSC01458Pouillot fitis

Les nuages se sont définitivement éloignés, la pluie fait partie du passé. Le soleil commence à pointer le bout de son nez. La météo avait vu juste et le mercure commence à monter. La session est un peu plus longue que prévue. 9h30 est déjà allègrement passé mais les oiseaux sont toujours de la partie et même si la température augmente doucement, nous sommes encore loin de la canicule. De quoi prolonger un peu le baguage.

Le bagueur qui m’initie à sa discipline est un ornithologue réputé et pédagogue, auteur de plusieurs ouvrages. Je me régale de l’écouter raconter ses anecdotes d’ornitho, ses souvenirs de voyage et d’en apprendre un peu plus sur les oiseaux. Voir un oiseau sur une branche et l’avoir sous le nez n’ont quasiment rien à voir. Les reflets bleus, les nuances du Martin-pêcheur d’Europe sont incroyables en main, et presque invisibles lorsqu’il nous dépasse sur un cours d’eau. Qui pourrait penser qu’une Bouscarle de Cetti ait une bouille si mignonne ? Elle que l’on entend plus que ce qu’on la voit ! J’apprends les différences physiques entre jeunes et adultes, entre mâles et femelles, entre deux espèces proches… C’est véritablement très enrichissant.

La session continue. Un jeune Moineau domestique se prend dans un filet, imité par un Rossignol philomèle. Les hirondelles se montrent un peu plus malignes et ont finalement perçu le danger. Au lieu de s’y prendre dedans, elles se posent dessus ! Le filet est semble-t-il, bien plus visible maintenant, le soleil étant bien monté dans le ciel. L’heure de tout plier approche. Nous entamons les derniers allers-retours ! Nous approchons du filet posé dans la percée à travers les arbres et l’oiseau que nous avons sous les yeux n’est pas habituel dans ce milieu ! J’y pensais un peu plus tôt lors d’une discussion sur les oiseaux les plus difficiles à démailler avec notamment ceux qui traversent le filet et se coincent ensuite (bouscarle, troglodyte, roitelet,…), mais le dialogue étant sorti de ce fil conducteur, je n’avais pas aborder le sujet du grimpereau… et c’est donc en direct que j’aurai la réponse à la question que je n’ai pas posé ! Difficile mais pas le pire, la palme des petits passereaux étant attribuée au Troglodyte mignon.

Le Grimpereau des jardins bagué, nous retournons au filet pour la dernière fois normalement. Nous observons le retour des premières Grandes aigrettes, entendons le chant flûté d’un Loriot d’Europe et celui des guêpiers qui nous survolent haut dans le ciel. Mon regard est attiré par une sihouette au sommet d’un arbre, c’est une Pie-grièche à tête rousse. Une observation toujours intéressante, d’autant plus dans ce milieu qui ne s’y prête pas forcément. Arrivés au filet, c’est un jeune de la même espèce qui nous attend…

DSC01452Grimpereau des jardins

DSC01461Pie-grièche à tête rousse

Les dernières captures nous font nous poser des questions. La passerinette, le grimpereau et la pie-grièche ne sont pas des oiseaux que l’on croise habituellement sur cette zone. Depuis l’année dernière que je participe à ces sessions de baguage, c’est même la première fois que je les vois. Pourquoi ? Comment se fait-il que ces espèces soient présentes aujourd’hui en ce lieu ? Quel est le facteur explicatif ? Nous arrivons à la conclusion, enfin surtout le bagueur, que la chaleur n’est peut-être pas étrangère à ce chamboulement. Nous évoquons l’hypothèse selon laquelle la chaleur limite la présence d’insectes dans l’habitat d’origine de ses espèces, et plus particulièrement dans la garrigue, biotope des Pie-grièches à tête rousse et Fauvettes passerinettes. Si on suit ce raisonnement, les oiseaux seraient, par la force des choses, obligés de chercher leur alimentation dans d’autres milieux et il se trouve que les milieux humides sont encore riches en insectes. Bien sûr ce n’est qu’une hypothèse et elle mériterait d’être vérifiée, mais elle ne me paraît pas complètement absurde.

Le fait de participer à ces baguages est également l’occasion pour moi de voir des oiseaux discrets, notamment ceux vivant dans les roselières et qui ne se laissent pas facilement observés lors des sorties traditionnelles. A dire vrai, je voyais même certains de ces oiseaux pour la première fois. C’est ainsi que depuis l’année dernière, j’ai pu voir entre autres : Phragmite des joncs, Locustelle luscinoïde, Lusciniole à moustaches, Panure à moustaches, Gorgebleue à miroir,…

Nous parvenons enfin à ranger le matériel. Il est 11h30. La session aura durait deux heures de plus que ce qui était prévu à la base. Tributaire de la météo, le prochain rendez-vous est fixé à jeudi mais est susceptible d’être modifié jusqu’au dernier moment. Je reprends la voiture pour une heure de trajet supplémentaire. Cet après-midi, la sieste aura certainement raison de moi.

8 réflexions sur “Un anneau pour la vie

  1. que c’est intéressant! et hier j’ai justement pensé à toi car j’ai vu un guêpier pour la première fois! je suis en provence et il était sur un fil électrique sur la route entre manosque et oraison! pas pu le photographier car j’étais en voiture mais j’étais déjà bien contente de le voir si distinctement 😉

    La session aura durait deux heures de plus

    Aimé par 1 personne

    • Je suis actuellement en vacances en Camargue gardoise, pas de sortie ornitho que du repos, mais il y a quelques guêpiers qui traversent au dessus du jardin le soir ! Trop bien ! Et content pour toi, la photo sera pour la prochaine fois ! 🙂

      Aimé par 1 personne

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