Último día

8 mai 2019 : Dernier jour complet. Demain je traverserai la frontière pour la dernière fois et prendrai l’avion pour revenir en France ! Hier, nous avons fait une petite escapade au Paraguay. Ciudad del Este est une ville assez étrange, un mélange de bidonville et de Times Square où les affiches géantes ont remplacé les écrans. Bien content d’avoir fait cette visite, mais je ne l’aurai certainement pas faite seul. Trop de béton, il me faut ma dose de nature et d’oiseaux aujourd’hui. Ainsi nous avons décidé de nous séparer. Nous nous retrouverons en fin d’après-midi. Nous avons chacun fait des compromis pour satisfaire l’autre et c’est bien normal. Alors pour ce dernier jour, on s’est dit que nous allions faire ce qui nous fait envie et je comprends très bien que partir ornither (terme validé par Mailyse) ne plaise pas à tout le monde. C’est donc, une nouvelle fois, et pour la troisième et dernière, que je me rends au jardin des colibris, en espérant débusquer les dernières espèces qu’il me manque.

Les colibris sont toujours là et en nombre. Ce petit jardin est une bénédiction ! Tant pour les oiseaux qui y trouvent refuge et pitance, que pour les observateurs ! Le nombre d’espèces ainsi que leur diversité est tout à fait respectable. C’est un bon endroit pour voir pas mal d’oiseaux en peu de temps, et pour commencer (ou terminer dans mon cas) un périple ornitho. Je ne m’en lasse pas. Et nul doute qu’en fonction de la période de visite, les espèces changent. Petit site plutôt prometteur.

Un Colibri à gorge blanche vient se poser devant moi. J’avais eu un peu de mal à le photographier lors de ma première visite, et ai pu finalement l’immortalisé hier, mais la pose qu’il tient ce matin, à la lueur du soleil, est extra ! C’est de mieux en mieux ! Le contraste vert/blanc est particulièrement visible et marqué ! Les reflets des plumes iridescentes sont tous plus beaux les uns que les autres, sur celui-ci c’est un beau vert métallique qui met l’oiseau en valeur ! L’iridescence des colibris n’est pas facile en mettre en boite, la plupart du temps mon appareil n’arrive pas à faire la mise au point. Il faut le voir pour le croire, mais ce sont bel et bien des teintes bleues ou roses que l’on peut voir selon l’angle de lumière.

DSC00240Colibri à gorge blanche

Au bal des colibris s’invitent des passereaux. Le nouveau guest est un Tangara sayaca, un oiseau assez commun et dont l’aire de répartition est assez importante. On le rencontre au Brésil, au Paraguay, en Bolivie, en Uruguay, et donc en Argentine. Même point d’observation, même support, même banane ! Les visiteurs se succèdent et ne se ressemblent pas. Suivent ainsi Calliste à tête verte et Organiste à ventre marron. Toujours aussi plaisant.

 

Et puis le temps défile et rien de neuf s’annonce… je me fixe une heure à laquelle je quitterai le lieu si rien ne se passe. Les minutes s’égrainent et ce sont toujours les mêmes boules de plumes qui se présentent. Je commence à rassembler mes quelques affaires, et me prépare à me lever quand surgit l’impensable ! C’est le moment que choisit une nouvelle espèce pour faire son arrivée. Une arrivée remarquée car le gabarit n’est pas le même que celui des autres passereaux. Plus gros et plus vif, il sème quelques secondes de terreur avant de repartir aussi vite qu’il est venu. Dans ce tumulte, j’ai tout de même eu la présence d’esprit de récupérer mon appareil photo et d’immortaliser « l’intrus » ! C’est un… magie des changements taxonomique… un oriole… à épaulettes ou à galons selon la source (elles ne sont pas toutes à jour)… En réalité, jusqu’en 2010, cette espèce et ses 6 sous-espèces étaient classés sous la même appellation de Oriole à épaulettes. Mais depuis, une distinction a été faite et on compte aujourd’hui deux espèces différentes : l’Oriole à épaulettes (4 ssp) que l’on retrouve au nord de l’Amérique du Sud, et l’Oriole à galons, appelé également Oriole variable, qui compte les 2 ssp restantes et que l’on retrouve en Argentine notamment. L’oiseau observé est donc un Oriole variable. C’est compliqué.

DSC00277Oriole variable

Cette fois, c’est la bonne. Je décide de fausser compagnie à mes camarades les colibris pour découvrir un autre endroit. L’idée à germer en moi à force d’observer dans ce jardin… cette région est particulièrement riche et je dois bien pouvoir autre chose que ces espèces-là ! Je cherche dans ma mémoire et je m’aperçois que j’aurai pu préparer un peu mieux ma journée, en cherchant quelques spots réputés de la région. Il doit bien y voir de la littérature à ce sujet sur internet… j’aurai du m’y prendre mieux. Revient alors en moi l’existence d’un sentier dans le Parc National à l’écart du reste et de l’affluence ! C’est peut-être bien ce dont j’ai besoin.

Direction l’entrée du fameux parc. La matinée est déjà bien avancée, et je me dis que j’aurais peut-être du m’organiser différemment, encore une fois. Venir ici en premier et terminer par le jardin des colibris. Il fait chaud et ce n’est clairement pas le meilleur moment pour observer des oiseaux. Je fonde tous mes espoirs sur ce sentier, en espérant qu’il soit dans la jungle, à l’abri de l’influence du soleil, ce qui pourrait m’aider dans mes observations.

La foule des beaux jours s’empressent de découvrir les chutes, se ruent à la gare où un petit train dépose les moins courageux à quelques mètres de la puissance des éléments. J’étudie le plan et tente de mémoriser les petits détails. Je localise deux sentiers ! C’est parti ! Et alors que la marée humaine tourne à droite, je prends à gauche. Je suis seul, mais accompagné de quelques Carouges chopi.

DSC00280Carouge chopi

Je passe à coté de l’infirmerie, à coté de bâtiments… je ne sais pas vraiment si j’ai le droit d’être là mais il n’y a pas de contre-indications, pas de barrières et les employés ne me disent rien, alors je continue. Une route file sur ma droite, je la longe. Elle est réservée aux bus du parc, certains sont remplis de touristes qui doivent se poser des questions en m’apercevant ici… mais ce n’est pas dans un bus qu’on observe le mieux ! J’ai bien mémorisé, je vois l’entrée du premier sentier se dessiner sur ma gauche… je vois aussi le panneau qui en interdit l’accès. Voilà qui explique peut-être aussi le peu d’affluence ! Tant pis, je continue ma route et laisse le sentier derrière moi, en espérant que le prochain soit bien autorisé !

Je suis toujours la route, quelques bus passent et devant moi, à droite de la route, je distingue quelques silhouettes. Elles ne me sont pas inconnues, et je sais déjà à qui elles appartiennent. A un limicole ! Un oiseau assez présent dans les environs ! Le Vanneau téro ! Si on ne le voit pas, ce qui peut paraître assez improbable tant l’oiseau est peu farouche, on l’entend arrivé, lâchant un puissant cri métallique caractéristique.

DSC00286Vanneau téro

Une nouvelle fois, je continue mon chemin. Les vanneaux sont derrière moi ! Je me suis approché, fait des photos et suis reparti… ils n’ont pas bougé ! Ce n’est même pas drôle ! La route se rapproche de la gare, je vois les wagons s’en aller. Je n’ai pas pris le chemin le plus direct mais pour accéder au sentier qui se révéla interdit je n’avais pas trop le choix. Le deuxième sentier est là ! Et l’accès y est autorisé ! Joie ! Je m’élance à sa découverte ! Il est long de 3,5km environ et débouche sur une cascade, encore une. Il faudra ensuite refaire le chemin en sens inverse. Cela ne m’effraie pas et d’un pas décidé mais alerte, je pénètre dans le sous-bois.

Car c’est un sous-bois ! Mes prières n’ont pas été vaines, je suis bien à l’abri du soleil et vais peut-être pouvoir profiter de quelques présences aviaires ! Maintenant, ce que je redoute, il y a toujours quelque chose qui ne va pas, c’est que les observations se fassent à travers les branches. Et ce sera le plus probable ! De même, est-ce que le décor ne sera pas trop sombre pour mon petit bridge ? Il est léger, avec un zoom intéressant et me régale dans bien des situations, mais lorsque le luminosité devient trop basse, se font rapidement sentir ses limites. Qu’importe, les observations sont plus importantes que les photos. L’image est un bonus !

Alors je marche, je n’ai pas fait 100 mètres que j’aperçois loin devant moi, un petit oiseau. Non deux ! Ils passent de branches en branches à une vitesse folle, puis disparaissent… et si c’était ce que me réserve ce sentier… des observations lointaines, à travers le désordre des branches. Non seulement la photo serait impossible, mais l’observation très difficile. Je laisse ces pensées de coté et continue mon avancée. Je profite. Je ne reverrai certainement pas la forêt tropicale avant un bon moment. C’est mon dernier jour ici. Autant s’imprégner au maximum de l’ambiance, contempler les contrastes de vert, les formes bizarres des arbres, se laisser surprendre par des cris venant de nulle part et de partout à la fois ! Les habitants des lieux sont là mais invisibles ! C’est assez excitant en réalité. On sait qu’ils sont là, on ne les voit pas, on est chez eux. Je pourrais très bien tomber nez à nez avec un papillon, comme je pourrais le faire avec un jaguar ! Il y a toutefois peu de chances que ça arrive, l’animal est plutôt nocturne, mais il traîne bien dans les environs. Je suis peut-être d’ailleurs déjà passé à coté de lui sans le voir. Je suis sur son territoire. Cette pensée est folle ! Je suis sur le territoire du jaguar !

Des oiseaux, une nouvelle fois, me tirent de mes pensées. Des cris retentissent sur ma gauche. Je ne vois rien… la végétation est dense, la canopée élevée… je vois bien des arbres au loin qui dépassent mais bon… je ne peux rien de plus. D’autres oiseaux se manifestent. Plus près cette fois, à travers les branches ! Je vois un batara ! Un Batara moucheté ! S’il n’y avait pas toutes ces branches, ça serait la perfection, mais je le vois bien ! Il grimpe à travers le branchage, disparaît puis réapparaît quelques centimètres plus haut. Puis il se décale sur la droite et… je n’en crois pas mes yeux ! Si je n’avais pas été attiré par le batara, je serai peut-être passé à coté du superbe oiseau qui trône sur sa branche ! Presque immobile ! Il me tourne le dos, mais je l’ai reconnu, ou du moins, j’ai reconnu de quel type d’oiseau il s’agit ! C’est un trogon ! Il est magnifique. Il ne me le montre pas, mais je devine déjà un peu son ventre jaune orangé. Je dois pour l’instant me contenter de son dos vert… et je m’en contente ! Je cherche l’angle parfait pour éviter les branches, je me contorsionne et le mot n’est pas trop fort lorsqu’on connait mon manque de souplesse légendaire ! Je trouve le bon réglage, le bon endroit… et l’oiseau décide enfin de se retourner. L’instant pourrait ne pas durer longtemps, alors je me dépêche de l’immortaliser. Je laisse tomber délicatement l’appareil sur ma poitrine, et observe l’oiseau, si proche du chemin, que je peux le faire sans mes jumelles ! Le jaune est hypnotisant et l’oiseau envoutant ! Plusieurs observations, de ce fameux trogon, faites au Costa Rica font état de sa présence près de fourmilières attestant ainsi de sa préférence insectivore. Dans le Parc National du Corcovado, il a été noté non loin de groupe de Saimiris oerstedii. Ces petits singes débusquent insectes et larves, les trogons attendent et n’ont, ensuite, plus qu’à se servir ! Fantastique !

 

Effectivement, cela ne dure pas longtemps. Le trogon me montre son ventre jaune le temps de quelques photos puis s’envole et s’efface dans l’obscurité du sous-bois. Je m’avance, mais le fait d’être resté sans bouger aussi longtemps en bordure de chemin à donner confiance à un agouti qui s’est aventuré en son milieu. L’avancée est donc de courte durée. Je m’arrête à nouveau et observe le rongeur. Malheureusement, c’est aussi le moment qu’ont choisi des touristes en sens inverse pour arriver. L’agouti s’évanouit lui aussi dans la végétation.

DSC00317Agouti ponctué

Je parviens à la cascade… je n’ai pas croisé beaucoup de monde sur le sentier mais arrivé au plan d’eau, au pied de la chute, quelques personnes ont pris leurs aises. Je ne vais pas rester longtemps ici, c’est sûr. Je m’éclipse déjà, reviens sur mes pas et surprends quelques petits passereaux non identifiés, quelques singes, quelques Geais acahé et un Piaye écureuil, grand oiseau de la famille des coucous qui malgré sa taille, se dissimule parfaitement dans la végétation ! Je n’ai certes pas vu grand chose, mais le trogon vaut tous les oiseaux que je n’ai pas vus… ou presque !

Je retrouve Colin. Demain, c’est le grand départ ! Le grand retour ! Nous décidons de nous faire un petit resto pour marquer le coup. Dehors, la pluie tombe… nous avons été épargnés par les éléments pendant tout le voyage… alors que selon Saúl, le chauffeur de taxi qui nous a porté jusqu’au Paraguay, en cette saison normalement « Iguazú ressemble à la Grande Bretagne ! »

Pas de Grande Bretagne pour moi, mais un détour par le Brésil avant de rejoindre la France ! L’Argentine, c’est fini ! L’Amérique du Sud, c’est fini ! Mais j’ai encore des projets plein la tête… je sais que je repartirai bientôt !

 

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7 réflexions sur “Último día

  1. Magnifique Jérôme 🙂 Ton extase dans l’observation des oiseaux me montre que je ne suis pas une extra-terrestre : je ressens la même chose avec les plantes, je peux rester longtemps devant à apprécier la beauté de leurs formes et de leurs couleurs. Je suis constamment émerveillée par leur diversité 🙂
    Merci du partage !

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  2. Bonjour, superbe article comme à chaque fois, tu ménages bien le suspense de tes découvertes !
    Tu as parlé d’un bridge, est-ce l’appareil que tu emmènes en voyage, qui sert a la fois ppur les photos d’oiseaux et les photos plus touristiques ? Quel appareil as-tu choisi ? Je pense a renouveler le mien (Un reflex entrée de gamme) qui commence à donner des signes de fatigue.

    Aimé par 1 personne

    • Merci Caro ! Oui, je ne prends qu’un bridge pour mes voyages. C’est bien plus léger et moins encombrant qu’un réflex et son téléobjectif : mon dos me remercie à chaque sortie ! 😀 J’ai un Sony HX400V. Je ne ressors que très rarement mon réflex, juste à l’occasion des sorties en mer, car photographier des oiseaux en vol avec un bridge s’avère très difficile ! 😉

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