Laguna Nimez, Acte II

26 avril 2019 : Les jours se suivent et se ressemblent. Du moins, les programmes se ressemblent. Pour le reste, rien n’est moins sûr. Verrai-je les mêmes espèces qu’hier ? Ou moins ? Peut-être plus ? Verrai-je celles que je n’ai pas pu photographier comme je le souhaitais ? Trop pressé de le savoir, je me rends à la Laguna Nimez Reserva Natural Municipal.

Je me doutais bien que le décalage horaire me jouerait des tours. Je me suis levé tôt, et suis sur le pied de guerre tout aussi tôt. Je prends mon temps, et ne suis pas le seul à le faire. La réserve ouvre avec une demi heure de retard. L’occasion de faire connaissance avec un groupe de trois ornithos. Un couple d’américains venus de Seattle et leur guide argentin. Guide qui est venu me parler et qui a vite compris que je n’étais pas argentin… Les observations commencent alors d’ici, de la route… je balaie la réserve avec mes jumelles et lâche un « Wow ! » involontaire qui trahit mon observation. Suite à leurs interrogations, je suis « obligé » de leur révéler la présence du Hibou des marais vu la veille et qui est déjà en chasse. Toutes les paires de jumelles sont alors braquées simultanément. L’observation n’est pas aussi bonne que celle d’hier, il ne s’est pas posé sur un piquet, mais les hiboux ont cette faculté à rendre chaque observation incroyable.

La tension redescend lorsque le hibou disparait dans la végétation. L’attention est alors portée sur d’autres oiseaux. Communs pour les locaux, toujours intéressants pour moi. Je me concentre sur les espèces qui chantent dans les environs. Et c’est une Sturnelle australe qui aura les faveurs de mon appareil photo.

DSC09382Sturnelle australe

Nous pouvons enfin rentrer sur le sentier. J’ouvre la marche et prends rapidement de l’avance. Il faut dire que je ne perds pas de temps au guichet puisque j’ai déjà mon ticket. Le groupe me rattrapera peut-être plus tard. Je scrute les bosquets, à la recherche d’une espèce inconnue ou non photographiée, mais pour l’instant ce ne sont que les très communs troglodytes qui se montrent. Alors je passe mon chemin… jusqu’à ce qu’un oiseau se perche sur une branchette folle, rapidement rejoint par un petit groupe. Ce sont des Chardonnerets à menton noir. Déjà observés et photographiés aux Malouines, je me contente de les regarder et ne porte même pas l’appareil à mes yeux. D’autant qu’ils n’ont pas leur plumage nuptial, ce qui est normal vu la saison, et n’arborent qu’une robe terne et jaunâtre à quelques endroits.

Je continue mon chemin. Si les chardonnerets ne sont pas une nouvelle espèce pour moi, s’en est une à rajouter à ma liste de ce site. Je laisse les quelques buissons derrière moi et atteint un point de vue sur l’étang. Celui-ci est bordé d’une mince roselière, elle-même bordée d’une petite zone marécageuse qui pourrait être idéale pour des bécassines ou des râles. Et je vois juste. Farouche, se faufilant dans la végétation pour ressortir quelques temps plus tard, un Râle à bec ensanglanté cherche sa nourriture. Le groupe me rejoint et me demande ce que je vois.  » – Plumbeous Rail ! ». Le guide sort alors sa longue-vue et nous permet de l’observer à loisir.

DSC09401Râle à bec ensanglanté

Nous poursuivons notre avancée et nous arrêtons quelques dizaines de mètres plus loin, au mirador suivant. Le plan d’eau nous révèle ses habitants, essentiellement des canards mais également une surprise. L’américaine trouve une espèce peu commune en ces lieux. Une Foulque à front rouge ! Cette espèce est ordinairement présente dans le nord de l’Argentine et il se pourrait bien que ça soit la première sur ce site, et même l’observation la plus australe !

Cependant, même si c’est une première pour moi, je n’arrive pas à me réjouir à sa vue, d’autant que je suis perturbé par un étrange élément à quelques mètres devant moi. Une sorte de « branche touffue » qui tranche avec le reste de la végétation et qui surtout ne remue pas dans le sens du vent ! Le doute est vite levé lorsque se dressent deux petites oreilles pointues. Le canidé se découvre progressivement, c’est un Renard gris d’Argentine, également Renard de Patagonie. Il existe deux espèces de renard dans cette partie de l’Argentine : le Renard de Magellan qui peut atteindre 13kg et le gris d’Argentine qui ne dépasse pas les 3kg ! La confusion est impossible.

Les autres sont toujours focalisés sur la foulque, de mon coté je ne peux décrocher du petit canidé qui sort progressivement de sa cachette et semble s’amuser avec un micro-mammifère.

 

Le renard retourne derrière ses fourrés, et moi, à mes observations. Je reprends de l’avance sur le petit groupe. Ils sont toujours focalisés sur la Foulque à front rouge. Je m’élance à l’assaut des passereaux. La végétation change, le milieu se referme et les arbustes prennent un peu plus de place. C’est ici que j’avais vu l’oiseau huppé hier. Je n’avais pas pu le photographier, tout comme le râle et un oiseau à longue queue. J’ai déjà pu combler la lacune du râle, un peu plus tôt dans la matinée. Il m’en reste encore deux !

Les observation reprennent de plus belles. Cinclodes bruns sont présents ainsi que quelques Moqueurs de Patagonie. Un groupe de Phrygiles à tête grise et un de Bruants chingolo tapissent le sol et la passerelle devant moi. Ils sont peu farouches et ne s’envolent que lorsque la menace est évidente. On pourrait presque leur marcher dessus. Les oiseaux s’envolent soudain, je me retourne et les suis du regard… c’est alors que je vois posé sur un buisson épineux le fameux oiseau huppé ! C’est un Taurillon mésange ! Il ne semble pas non plus troublé par ma présence, j’en profite pour le shooter. S’il n’a rien à voir avec un jeune bovin, la deuxième partie de son nom fait bien référence à la mésange et à sa manière très active de s’alimenter.

DSC09424Taurillon mésange

Sitôt la photo prise, l’oiseau s’envole. Je n’ai pu appuyer sur le déclencheur qu’à une seule reprise, mais ce fut suffisant. Je décide de continuer mon chemin, si j’en croise d’autres, je tenterais d’autres photos. Si ce n’est pas le cas, celle que j’ai me convient déjà. Je longe la roselière, et devant se dressent quelques bosquets épineux. Le sol lui, est sec et sablonneux, pourtant à une cinquantaine de mètres devant mes pieds, une flaque bordée d’herbes et de fleurs occupe toute la largeur du chemin. J’approche de la zone de l’oiseau à longue queue. Je me suis renseigné, il s’agit d’un Synallaxe mésange. Le coin doit être particulièrement propice à cet oiseau. En effet à peine ai je fait quelques pas que j’en vois quelques individus voleter d’arbre en arbre. La tâche ne va pas s’avérer simple.

En me rapprochant des bosquets, je me rapproche de la flaque. Un souvenir vient frapper à l’intérieur de ma petite tête. Cela me rappelle étrangement un moment vécu deux ans plus tôt aux Malouines. La flaque de l’époque abritait deux Bécassines de Magellan. La saison est tardive pour en voir ici,… et pourtant c’est bien une Bécassine de Magellan que je viens de déranger… tellement mimétique qu’elle devient invisible. Elle décolle pour se poser quelques centimètres plus loin. Il suffit que je tourne la tête pour la perdre de vue et ne plus savoir où elle est. Son camouflage est des plus efficaces. Mais pour être encore plus efficace, il faudrait qu’elle se pose ailleurs qu’au bord du chemin… Je la repère assez facilement et en profite pour lui tirer le portrait. Je contourne la flaque pour la laisser tranquille et me décide à me rapprocher des bosquets.

 

Les bosquets en ligne de mire, je distingue très nettement les Taurillons mésange et les Synallaxes mésange, mais il est écrit que je ne tirerai pas de meilleures photos… ces deux espèces sont définitivement bien trop rapides pour mon bridge. La photo du taurillon posé prend alors la valeur d’un trophée. Sur celles mettant en scène le synallaxe, l’oiseau est flou, caché par de la végétation, ou même absent… je m’en contenterai pour le moment, d’autant que les sujets sont partis au loin.

Le sentier touche déjà à sa fin, un Moqueur de Patagonie peu farouche vient me saluer perché sur sa branche. Il doit savoir que je ne reviendrai pas en ce lieu. C’est ma deuxième et probablement dernière visite de cette réserve. Je lui tire le portrait, lui passe à coté. Il ne s’envole pas. Le contourne pour avoir un meilleur angle de vue, il me suit du regard. Mais à force de lui tourner autour, je me retrouve à contrejour, je ne m’aventure pas à le déranger davantage et m’en vais.

DSC09465Moqueur de Patagonie

Je quitte la réserve. Demain, je vais courir ! Ma course aura lieu devant le fameux glacier Perito Moreno, l’occasion rêvée pour un premier aperçu du lieu… et si le temps me le permet, pour quelques observations.

 

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14 réflexions sur “Laguna Nimez, Acte II

  1. c’est vraiment un endroit enchanteur et tu penses bien que je suis en extase devant ton renard (mon sujet du moment!) car tes prises de vue sont magiques!!! au milieu des fleurs, on dirait une vraie carte postale (j’ai cliqué sur tes images et c’est vraiment wahhhh!)
    j’aime beaucoup la sturnelle et le huppé taurillon mésange (non mais quel nom quand même!)
    et je vais de ce pas lire la suite! (c’est l’avantage d’avoir du retard de lecture car on a la suite…de suite!!! 😉 )

    Guide qui est venu me parlé
    Sturnelle australe qui aura les faveur de mon appareil photo.

    Aimé par 1 personne

    • Oui, c’était vraiment chouette. Une toute petite réserve un peu excentrée de la ville et certainement en dehors des circuits touristiques (pas assez d’argent à se faire pour les agences locales certainement), mais bien préservée ! Un bon moment, enfin deux bons moments plutôt ! 😀

      Aimé par 1 personne

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