Laguna Nimez, acte I

25 avril 2019 : El Calafate ! Tout le monde descend ! Bienvenue au sud ! Il est presque 8h30 et il fait encore nuit, de quoi se prévoir des petites grasses matinées ! Pour l’instant, je gagne la navette qui va me conduire de l’aéroport jusqu’à mon auberge de jeunesse dans laquelle j’espère pouvoir poser mon sac. Ensuite je partirai en exploration. Une exploration qui ne sera que de courte durée. Je ne vais y consacrer que la matinée, cet après-midi ça sera repos. Le programme pour demain est similaire. La cause : je me suis inscrit à une course qui aura lieu samedi, donc après-demain, et je veux arriver en pleine possession de mes moyens pour ne pas revivre une course aussi difficile que le fut celle de Central Park en février.

Sac posé, je suis libre de découvrir à ma guise les environs. Je sais déjà où je veux aller. J’ai repéré au préalable une réserve naturelle à quelques centaines de mètres de mon auberge. Je peux dors et déjà admirer le soleil qui se lève doucement et éclaire progressivement les sommets enneigés au loin. J’ai hâte d’aller y faire un tour ! Je profite du trajet pour commencer mes observations. Pour l’instant rien de nouveau, beaucoup des oiseaux présents dans cette partie de l’Argentine le sont également aux Malouines. Les Malouines qui tiennent d’ailleurs une place importante ici, et je me doute que le sujet demeure un brin sensible. Outre les monuments aux morts et  autre place en mémoire des victimes de la guerre, on peut apercevoir des panneaux indiquant la distance qui nous en sépare, soit plus de 800km, et l’archipel figure même sur un billet de banque !

J’arrive à l’entrée de la réserve… mais il est encore trop tôt. C’est fermé. La route qui la longe est en léger surplomb et offre un point de vue intéressant sur la zone protégée et ses alentours. Je décide de la suivre jusqu’à arriver au Lago Argentino, le grand lac qui, à quelques dizaines de kilomètres de là, accueille le Perito Moreno. Je m’arrête lorsque j’aperçois devant moi une masse d’anatidés. Parmi ces oiseaux, une espèce un peu étrange sort du lot. Un corps de cygne surmonté d’une tête de canard. C’est un Coscoroba blanc, j’espérais le voir aux Malouines, je le vois ici. La Patagonie sera peut-être l’occasion de combler les petits manques de mon voyage sur l’archipel.

L’heure avance, le jour est désormais bien installé et la réserve Laguna Nimez ne devrait plus tarder à ouvrir ses portes. Je décide donc de m’y rendre mais à peine ai-je fait quelques mètres qu’un oiseau se perche sur un des piquets délimitant la réserve. C’est un Cinclode brun, cousin du Cinclode fuligineux que j’avais croisé sur Saunders Island notamment. L’occasion de me rappeler que les Malouines sont bien des îles et que toutes les espèces n’arrivent pas jusqu’à elles.

 

La journée commence bien et la liste ne cessent de s’allonger. Il faut dire que les premières lueurs du jour sont le moment idéal pour qui veut observer des oiseaux. Je longe le grillage qui délimite la réserve. Ce grillage n’est pas fait pour que les oiseaux ne s’échappent pas, ils sont libres ici. Non, s’il existe un tel dispositif, c’est tout simplement pour limiter l’accès et les dommages que pourraient causer les chiens errants sur les populations et la reproduction de certaines espèces sensibles.

Un oiseau, une fois de plus, attire mon regard. Vol silencieux et caractéristique de sa famille, et face aplatie ne laissant que très peu de doutes quant à son identification. C’est un Hibou des marais. Il survole la zone humide à la recherche d’une proie, puis tombe dessus d’un coup au dernier moment, cassant son élan comme s’il avait repéré son repas au dernier moment… il s’envole et reprend son ballet. Puis il vient se poser sur un des piquets de la clôture. Je ne peux faire autrement qu’un demi-tour. Je l’immortalise d’abord de loin, puis m’approche de quelques pas et ainsi de suite. Je m’arrête lorsque je ne peux plus avancer… le nocturne n’est pas farouche, et tout juste à une dizaine de mètres devant moi, en léger contrebas. Il tourne la tête, regarde de tous les cotés presque simultanément. Rien ne lui échappe. Il me fixe, moi, puis les autres curieux qui lentement se sont arrêtés, et se retourne vers la prairie inondée. Son regard est puissant, presque hypnotique. Ses yeux jaunes vifs accentués par un fond noir et des plumes faciales  plissées donnent l’impression qu’il fronce les sourcils. Le Caracara chimango qui s’est posé sur le piquet d’à coté presque en même temps fait un peu pâle figure à coté de la majesté du hibou, il a beaucoup moins de succès aussi… Le hibou décide finalement de nous abandonner et replonge au sol quelques mètres plus loin.

DSC09314Hibou des marais

Je pénètre enfin dans la réserve. J’espère qu’elle sera aussi riche que les zones qui la bordent. Le billet d’entrée me donne accès aux sentiers aujourd’hui mais aussi les jours qui viennent. Si je ne sais pas quoi faire demain matin, je viens de trouver une bonne raison de revenir même si l’idée m’avait déjà effleuré l’esprit.

Le sentier slalome entre différents milieux et donc, potentiellement, accueillent des espèces différentes… c’est en tout cas comme cela qu’est présenté le site. On annonce des zones sèches, d’autres humides, un étang, des marécages, une roselière, de la végétation rase et même une zone arbustive. Le tout sur une boucle d’un peu moins de quatre kilomètres. Exactement ce qu’il me fallait pour me mettre en jambe !

Le début du chemin ne laisse pas de point de vue sur le plan d’eau principal, autour duquel le sentier s’articule. Les observations se feront donc sur les bosquets qui jonchent le parcours. Les premiers oiseaux se manifestent au bout de quelques mètres. Troglodytes familier et à bec court se lancent dans le concours de celui qui chantera le mieux. Ils se montrent tour à tour au sommet d’un buisson, puis s’envolent pour disparaître à l’intérieur d’un autre pour ressortir quelques minutes plus tard et recommencer. Mais au petit jeu de celui qui attirera l’attention, il n’est pas forcément utile de faire beaucoup de bruit. Le nouvel arrivant s’est hissé en silence au point culminant de l’édifice végétal. En fait de se hisser, il s’y est tout simplement posé, ses couleurs et les rayons de soleil ont fait le reste. Le vainqueur, à l’unanimité, est le Phrygile à tête grise.

DSC09324Phrygile à tête grise

Je traîne, je traîne… je peux rester de longues minutes à attendre qu’un oiseau ressorte de la cachette dans laquelle je l’ai vu se réfugier. Le problème, c’est que je perds tant de temps que je me fais rattraper par des groupes bruyants… des français… comme par hasard… je me dis que c’est mort, que je ne verrais certainement plus grand chose. Je les entends, ils ne se doutent pas que je comprends ce qu’ils disent, ils critiquent, ils râlent… des bons petits français quoi, fidèles à leur réputation… d’après eux, il n’y a pas d’oiseaux, on ne voit rien. Je rigole intérieurement. Evidemment, en se déplaçant en groupe et en criant, et en fin de matinée qui plus est, on ne risque pas de voir grand chose…

Je ralentis encore davantage, je laisse passer le gros du petit groupe et attends patiemment que silence se fasse afin de bénéficier en VIP du retour de la vie. Un petit oiseau huppé se montre et s’enfuit tout aussi vite. J’ai eu le temps de le fixer dans mon appareil mais pas celui de déclencher. Si je reviens demain, il sera certainement une de mes priorités, d’autant qu’il ne figure pas sur mon guide… Au détour d’une courte zone arborée, un Moqueur de Patagonie m’observe posé sur un panneau voisin de celui qui me présente son espèce, justement. L’identification n’en est que plus simple. Un nouveau cinclode se montre, puis un groupe de Phrygiles à tête grise, des moineaux ainsi que des Bruants chingolo… je suis peut-être mauvaise langue, je sais que les populations d’oiseaux déclinent dangereusement et que ce n’est pas la meilleure saison pour les observer mais pour un site désert, il est quand même bien peuplé ! En quelques mètres, les espèces se sont succédés très rapidement, à découvert sur des branches, des panneaux et même sur le chemin. Quelques dizaines de mètres plus loin, le sentier offre un point de vue sur l’étang et… je vois des oiseaux !

DSC09347Bruant chingolo

Là aussi, le défilé est continu. Les canards défilent les uns après les autres : Canard à queue pointue, Canard spatule et Cygne à cou noir. Les anatidés sont particulièrement bien représentés dans la réserve et ses environs. En effet, outre ces quelques espèces , il est intéressant de relever la présence du Coscoroba blanc, Canard de Chiloe, Canard huppé, Sarcelle bariolée, Sarcelle tachetée ou encore des Ouettes de Magellan que l’on voit parfois survoler la zone humide, en un joli mix de couleurs, les femelles étant brunes et le mâle blanc, et se poser de l’autre coté de l’étang.

Des grèbes de Rolland et deux espèces de foulques sont également présentes : Foulque à jarretières et Foulque leucoptère. Je ne sais pas ce qu’il faut de plus pour dire que le site a un intérêt ornithologique certain… peut-être des érismatures ? Et bien, voilà qui tombe bien, elles y sont en grande quantité : Erismature des Andes et Erismature ornée. Si les deux espèces ne sont pas facilement dissociables pour le novice, en revanche, il est aisé de les différencier des autres espèces de canards : de taille bien moindre et à la queue relevée. De plus, le mâle arbore, la saison des amours venue, un bec d’une belle couleur bleue !

 

L’étang finit dans une roselière. Des passereaux invisibles y chantent et les érismatures s’y réfugient se laissant porter par l’eau. Elle réserve également quelques surprises, et j’assiste à une rapide querelle de Râles à bec ensanglanté qui disparaissent rapidement. J’ai repéré le lieu, voilà qui pourrait être intéressant pour l’éventuelle visite de demain.

En bordure de roselière, sur la terre ferme, se trouvent quelques arbustes paraissant peu accueillant et qui pourtant regorgent de vies ! Pour la deuxième fois, les troglodytes se livrent à leur concours de chant et de cache-cache ! Mais à force de chance et de persévérance, je parviens, tant bien que mal, à leur tirer le portrait. Ce qui n’est pas le cas pour un autre oiseau. Je le vois d’abord en vol, petit mais avec une longue queue, ça deviendra pour moi son signe distinctif. Il se pose sur un bosquet à quelques dizaines de mètres. Je l’observe de loin, aux jumelles, et constate rapidement que la tache va s’annoncer difficile ! C’est une pile ! Il ne s’arrête jamais, sautille de branche à branche, ne reste que quelques fractions de seconde à découvert avant de replonger à l’abri dans son bunker de feuilles, avant de ressortir de l’autre coté, recommencer et repartir. Je sais désormais qu’un autre oiseau m’attend dans ce coin dès demain.

Et ce n’est pas fini ! Un gros passereau arrive face à moi ! Je le prends au premier abord pour un Moqueur de Patagonie, mais me ravise et prépare mon appareil. Il se pose sur un panneau… comme le moqueur un peu plus tôt… puis sur la végétation basse. Je shoote ! Il repart. Effectivement ce n’était pas un moqueur, ni un Merle austral comme je l’ai envisagé à un moment à cause de sa gorge blanche… c’est un Grand gaucho et je suis plutôt chanceux de le voir aussi bien, car s’il n’est pas rare, il n’en demeure pas moins discret !

 

Dans cette partie de l’Argentine, j’aimerais voir un oiseau un peu particulier. Je n’en fais pas une priorité, mais je serais content de le voir. Je parle de l’Ibis à face noire mais pour l’instant aucun signe de vie, et si j’en crois les témoignages et la littérature sur le sujet, je ne suis certainement pas passé à coté sans le voir… car ils sont très bruyants et cela permet de les repérer très facilement…

J’aimerai également observer condors et nandous, mais pour cela il faut que je sorte de la ville et que je commence à arpenter la montagne et la pampa. Cela peut attendre quelques jours.

Peu discrets, on peut aussi voir sur les plans d’eau, des oiseaux proches de ceux qui peuplent les étangs du  Languedoc et de la Camargue, des Flamants du Chili ! Ils s’en distinguent par une taille plus petite et une coloration plus pâle. Ses pattes sont nues, gris jaunâtre, et ses pieds palmés ainsi que ses « genoux » sont rouges. D’ailleurs ce que l’on appelle communément ses « genoux » sont en réalité ses chevilles.

DSC09362Flamant du Chili

J’ai presque fini mon tour, le sentier laisse l’étang sur sa gauche et longe une autre étendue d’eau à sa droite. Un groupe assez important d’ouettes a élu domicile sur la terre boueuse. Il s’agit sans doute de petits groupes comme ceux que j’ai pu voir survoler la réserve à plusieurs reprises depuis mon arrivée, qui se sont rejoints au fur et à mesure pour grossir le rang. Néanmoins un individu attire mon regard. Il n’est ni blanc comme les quelques mâles présents, ni bruns à la poitrine rayée comme les nombreuses femelles… sa poitrine est rousse et sa tête grise ! Petit déclic et petit retour en arrière ! C’est une Ouette à tête grise, tout simplement, et je l’avais cherchée en vain dans tous les groupes d’ouettes lors de mon passage sur l’archipel des Malouines ! Voila qui conclut cette sortie en beauté !

DSC09374Ouette à tête grise

Le voyage commence bien, entre les toucans d’hier et le hibou de ce matin, je peux me considérer comme chanceux ! Je ne sais pas si ça va va continuer mais je croise les doigts ! Je quitte la réserve et j’y retournerai très probablement demain. Quelques oiseaux se sont montrés réticents aux photos, il pourrait en être autrement la prochaine fois. Mais pour l’instant, place au repos !

 

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