Par-delà la frontière

6 mai 2019 : Hier, nous avons visité le parc national argentin. Aujourd’hui, place au Brésil ! Tel est le programme ! Rien ne presse, pas d’urgence. On prend notre temps et un taxi. Direction l’autre rive du rio. Nous passons la frontière et validons deux tampons de plus sur le passeport, en attendant les deux supplémentaires du retour. Tout va très vite mais l’impression que j’ai eu hier, d’entrer dans un parc d’attraction, ne s’évapore pas de ce coté de la frontière. Les divertissements pour touristes se succèdent le long de la route (musée de cire, vallée des dinosaures, parc aquatique,…) avant d’accéder à l’entrée du parc national. Il y a même un parc ornithologique juste en face… le genre d’endroit où je ne veux pas mettre les pieds. Je préfère ne pas voir une espèce qui me tient à coeur, plutôt que de la voir dans une volière. Chacun son truc.

Tickets achetés, nous voilà obligés de prendre un bus pour nous rapprocher des chutes. Il faut dire que la distance est assez importante, mais ça n’arrange pas la drôle d’image que j’ai déjà en tête… Heureusement quelques Toucans toco traversent le ciel gris de part en part et illuminent un peu l’ambiance, le ciel et le moral. Je ne suis pourtant pas de mauvaise humeur, et nous rigolons bien, mais c’est cette foule et cette impossibilité de l’éviter. La suite est un cortège d’explorateurs en chemise à fleurs. Bob Morane et Indiana Jones n’ont pas de souci à se faire. La relève est assurée.

Le sentier est étroit et glissant à certains endroits du fait de l’humidité, ça coince. Embouteillage d’aventuriers. Impossible de prendre une photo du paysage sans un morceau de casquette, les différents points de vue sont pris d’assaut et ça ne circule pas. Il y a des queues pour accéder aux minuscules plateformes et ceux qui ont réussi à décrocher, non sans attente, quelques secondes face à l’immensité profitent à fond de cette chance en la prolongeant de quelques secondes… minutes… ralentissant encore plus la file… les selfies, c’est la vie ! Certains, peut-être plus soucieux de ceux qui suivent ne restent que quelques secondes, se mettant dos aux chutes d’eau pour s’immortaliser, ne réalisant même pas ce qu’ils ont sous les yeux. Dictature du être et du paraître…

Et pourtant, c’est beau ! Très beau ! On a coutume de dire que l’Argentine a les chutes et le Brésil la vue sur celles-ci ! C’est pas faux. Pour voir les chutes de près, c’est l’Argentine. Pour voir le panorama, c’est le Brésil ! D’un point de vue ornithologique, cette région du monde est particulièrement riche mais derrière des centaines d’humains surexcités, difficiles de voir quoi que ce soit. Les seuls volatiles localisés sont les charognards sombres qui survolent en cercle l’imposant rideau d’eau : des Urubus noirs. Des vautours du Nouveau Monde que l’on classe dans une autre famille (Cathartidae) que ceux de l’Ancien Monde (Accipitridae, comme les aigles). En fait, des débats existent encore quant à la véritable classification des urubus et des autres espèces composant leur famille. Certains les considérant même comme proche des cigognes du fait de traits physiques (doigt extérieur relativement court,…) et comportementaux proches, notamment celui qui consiste à déféquer sur ses propres pattes afin de refroidir son corps. Une hypothèse qui a toutefois du plomb dans l’aile depuis une étude révélant une possible clade monophylétique avec les accipitridae. L’affaire n’est pas pour autant réglée, certains auteurs les classant dans les falconiformes (faucons,…), d’autres encore, dans un nouvel ordre qui leur serait propre, les cathartiformes. Le mystère reste entier !

 

 

Nous parvenons à tirer notre épingle du jeu en prenant quelques photos au-dessus de la foule, mais ne nous éternisons pas et poursuivons notre chemin. Instant de répit. Nous voilà seuls pour quelques minutes… étrange… nous surprenons sur le chemin et pendant quelques secondes seulement, un Agouti ponctué, rongeur pouvant atteindre une soixantaine de centimètres.

Le parcours débouche finalement à la base des chutes. C’est incroyable de puissance ! La foule y est encore plus dense que sur le sentier précédent mais on oublie vite… ou presque. On se fraie un chemin tant bien que mal, slalomons entre les perches à selfies et k-way, profitons du moindre petit écart pour s’incruster et enfin, atteindre les barrières. Devant nous les chutes tombent à hauteur de la plateforme sur laquelle nous nous trouvons, puis poursuivre leur descente quelques mètres derrière nous. Sur notre droite, un trou qui semble sans fond accueille toute la folie du fleuve. Le panorama est grandiose, la vue fascinante. Je fais à mon tour le touriste, sans selfie, mais en monopolisant ma parcelle de barrière. Je suis subjugué. Je parviens après quelques instants à sortir de mes pensées et laisse ma place à d’autres, chacun son tour, et reviens en arrière.

 

 

Nous nous extirpons de la foule, entre la boutique de souvenirs made in China et la passerelle qui s’élance entre les chutes. Nouvel instant de répit. La foule s’amasse sur l’eau et déserte notre petite portion. Il faut dire qu’à première vue, il n’y a rien de fou, et d’ailleurs la vue n’y est pas non plus la meilleure. Mais en y regardant de plus près, en prêtant un oeil un peu plus attentif, on découvre rapidement que des oiseaux défient les éléments et perforent les chutes ! Ce sont des Martinets à tête grise, oiseaux emblématiques des chutes et présents sur le logo du parc argentin. Ils se reproduisent derrière les chutes !

Le Martinet à tête grise fait partie des apodidae, comme tous les martinets. « Apode » signifiant « sans patte », il s’agit d’une famille qui, en réalité, a bien des pattes mais atrophiées. Des petites pattes, avec la particularité d’avoir les quatre doigts dans le même sens, un peu comme une main sans pouce, et des ailes hypertrophiées, profilées et parfaitement adaptées au vol. Tout cela fait qu’il est impossible à ces oiseaux de décoller s’ils se posent au sol.

 

 

La vie n’est pas toujours où on l’attend et sur les mêmes barrières qui nous séparent du monstre aquatique se retrouvent différentes espèces de papillons, parfaitement mis en valeur par la couleur jaune de leur support. Bien peu de monde s’en soucie, mais je suis toujours impressionné par le « Ochenta y ocho », Double 8 en français. Déjà du coté argentin, les papillons étaient légion. Le pays change, pas les lépidoptères. Le Double 8 (Diaethria clymena) est ici accompagné de deux papillons du même genre, Dynamine artemisia et Dynamine agacles. Contrairement aux oiseaux, tous les papillons n’ont pas de noms communs en français et l’appellation latine reste de rigueur, ce qui est plus simple car cela évite les erreurs de traduction. L’inconvénient étant que les noms sont un peu plus difficiles à retenir.

DSC00160Dynamine artemisia, Diaethria clymena et Dynamine agacles

Nous quittons notre base au niveau de l’eau pour prendre de la hauteur. Il y a moins de monde mais la vue est toujours à couper le souffle !

DSC00174

Nous quittons déjà le parc… ça a beau être beau, le nombre de sentiers est très limité ! Nous décidons donc de passer l’après-midi dans la ville brésilienne de Foz do Iguaçu, histoire de constater les différences entre deux villes séparées par un bras de fleuve. La langue est différente, la culture est différente, nous nous rendons vite compte que c’est moins bien organisé qu’à Puerto Iguazu, sa jumelle argentine… mais qu’en est-il de Ciudad del Este, la troisième ville soeur, la paraguayenne ?

3 réflexions sur “Par-delà la frontière

  1. je suis toujours en extase devant ces paysages et tes photos des martinets derrière les chutes me plaisent énormément car ça n’a pas dû être simple à prendre!
    quant aux papillons, ils me ravissent toujours autant 😉
    ça ne circulent pas.
    Tout cela font qu’il est impossible à ces oiseaux de décoller

    Aimé par 1 personne

    • Ravi que ça te plaise ! Non, les martinets étaient très faciles à prendre depuis la plateforme, ils sont assez statiques lorsqu’ils sont posés… par contre les prendre en vol ou traversant les chutes, c’est une autre paire de manches !

      ps: tu viens de commenter l’article de la semaine dernière… 😉

      Aimé par 1 personne

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