Tout est bien qui commence bien !

24 avril 2019 : Je viens de passer la frontière. Je suis en Argentine ! Il y a encore quelques minutes, mon avion venait de poser ses roues sur le tarmac de l’aéroport brésilien de Foz do Iguaçu, à une dizaine de kilomètres d’ici. Pour des raisons pratiques et financières, j’ai choisi d’atterrir au Brésil et d’ensuite rejoindre l’Argentine. Le programme d’aujourd’hui est simple, celui du voyage un peu moins. Je n’ai qu’une journée de libre dans le nord du pays et je compte bien en profiter pour admirer les célèbres chutes d’Iguazu ! J’en profiterai pour regarder tout autour de moi si une ou deux espèces d’oiseaux veulent bien se montrer, d’autant que traine dans le coin le fameux Toucan toco ! Un oiseau qui fait rêver bon nombre de naturalistes ! Je croise les doigts pour le croiser.

Le taxi me dépose devant l’entrée du parc national. Cela ressemble un peu à un parc d’attractions… il y a du monde… ça parle, ça crie… dans toutes les langues… je suis bien loin des lieux calmes que j’aime fréquenter, mais je suis prêt à faire une exception aujourd’hui. Les chutes d’Iguazu me font rêver depuis un bon moment déjà, et c’est en partie pour elles que j’ai décidé de faire ce voyage en Argentine. Pour elles et pour le Périto Moreno, en Patagonie. C’est ainsi que va se découper le séjour ! Une première partie, elle même coupée en deux, au nord (aujourd’hui + 5 jours à la fin), et une deuxième partie, au sud en Patagonie ! Tout cela probablement ponctué de petits détours dans les pays limitrophes. Alors chutes d’Iguazu et Périto Moreno certes, mais je l’espère et j’en fais même des objectifs, les mythiques Toucan toco et Condor des Andes ! A coté de ces deux espèces, le reste ne sera que bonus !

C’est donc ici que tout commence, je passe le portique la tête encore embrumée par la nuit dans l’avion. Heureusement, j’ai réussi à fermer l’oeil. J’oublie rapidement tout ça et un sourire vient me balafrer le visage… je vois au loin se mouvoir toute queue en l’air des Coatis roux ! Un mammifère omniprésent et chapardeur, bien trop habitué à la présence humaine ainsi qu’à sa toute relative générosité ! Des souvenirs du Costa Rica remontent à la surface, je sors doucement de ma torpeur aérienne et prends peu à peu conscience de ce qui se passe autour de moi. Il y a du monde de partout et certains sentiers ont l’air plus populaires que d’autres, je prendrai donc les autres ! Si je veux observer quelques créatures, c’est la meilleure chose à faire… ou presque. La meilleure chose aurait été de venir plus tôt. La chaleur est déjà bien présente, l’humidité aussi, et je sais qu’il est déjà trop tard pour l’observation de la majeure partie des espèces.

Des oiseaux noirs volètent, ce sont des Carouges chopi. Au dessus de ma tête, des bien plus gros, noirs eux aussi, tournoient. Ce sont des Urubus noirs, des vautours du Nouveau Monde. Et au dessus d’eux, des oiseaux sombres également, des Martinets à tête grise. Voilà, ça commence comme ça ! Trois espèces coup sur coup, dont deux nouvelles pour moi.

DSC09062Carouge chopi

Et puis c’est tout ou presque. Très peu d’oiseaux à se mettre sous les yeux… mais beaucoup de papillons ! Enormément de papillons ! De toutes tailles, avec des couleurs et des motifs défiant les artistes de rue les plus créatifs. Des bleus électriques à l’intérieur et à l’aspect de feuilles mortes ailes fermées, le fameux morpho, qui disparaît en un battement d’ailes, se confondant avec la branche sur laquelle il vient de se poser. Des oranges, des jaunes, des blancs, des rouges, des violets et même des verts. Tous plus surprenants les uns que les autres. Certains avec des teintes peu attribuées aux lépidoptères européens. Certains en groupe, d’autres solitaires. Tous différents mais tous si beaux !

J’arpente tous les sentiers, et les papillons semblent me suivre. Je longe la rivière, certains se posent sur les rambardes. Je longe la voie ferrée, d’autres se posent sur les rails. D’autres se posent sur moi, et d’autres au sol, autour d’une flaque ou de quelques miettes sucrées et décollent en un nuage simultanément. Fabuleux !

 

 

 

Mes pieds me guident vers des passerelles. Je marche au dessus de l’eau. Je vois le cours d’eau défiler calmement, alors qu’à quelques centaines de mètres de là, c’est l’enfer ! La Gorge du Diable ! Là-bas, le bruit semble assourdissant… je l’entends d’ici… mais pour l’instant, peu de tout ça. Le silence est juste troublé par le chant des Tyrans quiquivi, oiseaux chasseurs d’insectes au ventre jaune vif. Les urubus sont toujours là et de plus en plus nombreux, comme s’ils attendaient qu’un touriste imprudent s’avance trop près de la gueule du démon, soit gobé puis recraché plus loin. Un couple de Donacobes à miroir chante en haut de longues tiges. Une Aigrette neigeuse longe la mangrove à la recherche de sa pitance. Des Geais acahé restent immobiles sur leur branche, au dessus de la tête de touristes fatigués assis sur un banc.

Sur un rocher semblant peiner à sortir sa tête de l’eau, un oiseau est perché. Les ailes étendues, il les fait sécher sous les rayons d’un soleil très présent. C’est un Anhinga d’Amérique. « Anhinga » vient de la langue Tupi, originaire du Brésil ,et signifie « oiseau-diable »  ou « oiseau-serpent ». Son long cou qui lui donne un air reptilien lui a sans doute valu ce nom.

DSC09090Anhinga d’Amérique

Et puis tout à coup, tout s’arrête. Les quelques îlots de verdure ne sont plus. Une fumée d’eau s’élève au loin et le vacarme prend place ! Les chutes sont là, toutes proches !

D’en haut, le spectacle est saisissant, troublant même… Devant moi dévale un courant rapide qui tombe sans crier gare dans un trou sans fond ! Il y a tellement d’humidité, de gouttes d’eau dans l’atmosphère, que l’on ne voit pas le sol. On ne voit pas où les trombes d’eau achèvent leur terrible descente. C’est fascinant et terrifiant en même temps. On pourrait se laisser tomber, comme happé, attiré par le vide. L’impression d’être minuscule dans une baignoire géante à laquelle on aurait ouvert le siphon.

 

 

Sur le retour, quelques rochers dépassant de l’eau accueillent d’étranges limicoles à l’allure de vanneau, mais pas le huppé, celui que nous voyons régulièrement sur le sol européen. Il s’agit ici du Vanneau téro, un oiseau commun dans quasiment toute l’Amérique du Sud, mais c’est une nouvelle espèce pour moi. Quelques centaines de mètres plus loin, sur la pelouse de l’hôtel du parc et au bord de sa piscine, il est difficile de passer à coté d’un autre groupe de vanneaux. Il ne sont pas nombreux, cinq ou six tout au plus, mais le boucan qu’ils occasionnent lors de leur arrivée trahit leur présence.

DSC09211Vanneau téro

La journée ayant déjà bien avancé et la chaleur se dissipant peu à peu, les oiseaux commencent à se montrer. Les omniprésents Geais acahé, magnifiques avec leurs différents tons de bleu et leurs yeux jaunes vifs, se montrent d’autant plus sociables que la foule s’évanouit. D’autres oiseaux communs jonchent le sol et les haies à proximité des lieux de restaurations : Tyrans quiquivi, Bruants chingolo, Tourterelles oreillardes, Moqueurs plombés, Carouges chopi et Merles leucomèles pour ne citer qu’eux.

Dans les zones ouvertes, en bordure de sentier, quelques oiseaux plus intéressants, si tant est que l’on puisse juger de l’intérêt d’une espèce au dépens d’une autre, s’agitent. Des Tangaras sayaca se poursuivent à la cime des arbres. Un Anis à bec lisse joue à cache-cache dans la végétation dense qui recouvre le sol. Une femelle Dacnis bleu, qui contrairement au mâle, arbore un plumage principalement vert qui la rend presque invisible parmi le feuillage et présage du potentiel ornithologique de la zone. Je n’en verrai pas plus pour l’instant, je dois déjà prendre un taxi pour me rendre à l’aéroport de Puerto Iguazu.

DSC09239Geai acahé

Le taxi fonce à une vitesse folle sur la route qui coupe la forêt en deux, et l’aéroport se dresse rapidement devant nous. C’est un petit bâtiment qui n’assure à ma connaissance que des vols internes, et qui surplombe un parking guère plus grand. La route contourne le parking et le taxi me dépose devant l’entrée du terminal. Alors que je ferme la portière, j’aperçois un oiseau au vol caractéristique qui vient se percher sur les arbres de l’autre coté du parking… mais je ne peux pas y aller, il faut d’abord que j’aille retirer de l’argent. Je croise les doigts pour qu’il soit encore présent après avoir fait ce que j’ai à faire !

Et c’est le cas ! Je descends les quelques marches qui me séparent du parking, je sors mon appareil et mes jumelles rapidement, et me dirigent vers la lisière… les gens me regardent bizarrement ! Pour ma part, je n’ai d’yeux que pour l’oiseau derrière le lampadaire. Je l’immortalise pour assurer le coup, et tente une approche. Il décolle pour se poser un peu plus loin, immédiatement imité par d’autres individus… Je n’en crois pas mes yeux !

L’un des oiseaux figurant au sommet de ma liste « des oiseaux qu’il faut absolument que je vois avant de mourir » est devant moi ! L’incroyable Toucan toco ! Ils sont maintenant plus d’une dizaine à se relayer d’arbre en arbre ou de branche en branche et à se délecter des fruits qui leur sont gracieusement proposés. Tellement occupés à se nourrir qu’ils n’en ont que faire de moi. Je peux m’approcher, les observer comme je le veux, les photographier tranquillement… je baisse mon appareil, m’assois et profite de l’instant au maximum, les yeux rivés sur les arbres devant moi. Je me fais harceler par les moustiques mais ne m’en embarrasse pas, je parviens à en faire abstraction. Le spectacle est trop beau pour ne pas l’admirer !

 

 

Le soleil descend rapidement m’offrant quelques lumières exceptionnelles. Cela va de soi que la nuit arrive tout aussi vite… je regagne l’aéroport, m’enregistre et vais me poser au restaurant. Dans quelques heures, je m’envole vers le sud ! La Patagonie !

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13 réflexions sur “Tout est bien qui commence bien !

  1. Ping: Défilé de colibris | De bec et de plumes

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