Okinawa, mon amour

4 décembre 2018 : Réveil très matinal. Comme d’hab’. Je compte profiter au maximum de ces quelques jours au pays du soleil levant, les derniers de ce périple asiatique. Profiter également au maximum des quelques éclaircies qui me seront offertes. Si depuis mon arrivée le soleil était de sortie, la nuit a été plutôt arrosée, et les prévisions font état de gros risques de pluie pour la fin de l’après-midi. Je ne perds pas une seconde et m’embarque à la découverte des profondeurs de l’île.

Bien sûr en partant si tôt, il n’y a pas que des avantages et le premier inconvénient se dresse déjà devant moi. Le premier site que je voulais visiter, une cascade, n’est pas encore ouvert. Je repasserai. Toutefois, sur le parking, je commence mes observations. Un groupe de Mésanges de Chine volète d’arbre en arbre et l’une d’elles, peut-être moins timide, marque un arrêt plein de curiosité sur un câble électrique, face à moi. Si ce n’est ce câble, l’ambiance est parfaite, la posture également, la lumière aussi, le décor de même… mais allez savoir pourquoi, je buggue. Je n’arrive pas à prendre la photo. Pourtant toutes les conditions sont réunies. L’oiseau décide même de jouer les prolongations et de me fixer de longues secondes, mais rien n’y fait. Je n’y arrive pas. L’impatience la gagnant, la mésange est repartie ne me laissant que le souvenir de ce cliché raté. Qu’importe, la journée ne fait que commencer. J’en croiserai certainement d’autres.

Alors que je m’approche de la voiture, mon regard est soudain happé par une étrange forme au sol. Est-ce un pli de feuille morte ? Ca m’en a tout l’air, mais je préfère en avoir le coeur net. Si mon attention s’est arrêtée dessus sans que je ne sache réellement pourquoi, c’est qu’il doit y avoir autre chose. Et en effet, il y a autre chose… un triton… un Triton à queue d’épée. Ce genre de rencontre n’est vraiment pas dans mes habitudes alors je savoure. Je suis toujours enchanté par toutes nouvelles rencontres avec la vie, quelle que soit sa forme, et ce triton ne fait pas exception à la règle. Sombre vu du dessus mais qui possède un ventre rouge vif du plus bel effet… mais comme pour la mésange, je n’arrive pas à mes fins. Le matin doit en être la cause, je ne dois pas être assez réveillé. J’ai tout de même pris quelques photos floues en guise de souvenir de ce drôle d’animal et garde en tête l’image nette.

Deux espèces d’oiseaux sont strictement endémiques à Okinawa. La première est un pic, le Pic d’Okinawa. Objectivement, en connaissant ma propension à éviter les pics européens, je ne me fais pas trop d’illusion quant à son observation. Qui plus est l’oiseau est farouche et inféodé aux forêts denses, et sa population en régression. la tâche s’annonce ardue. La deuxième espèce est un râle et répond au nom logique de Râle d’Okinawa. Lui est aptère et squatte les sous-bois sombres. Ma véritable chance de l’observer est d’en surprendre un individu au bord de la route… là non plus, cela ne s’annonce pas des plus simples mais j’ai bon espoir.

C’est donc à la recherche de ce râle que je vais partir, tout en gardant mes sens en éveil quant à la présence d’un pic. On ne sait jamais, mais je n’ose pas espérer voir les deux. Je suis la route qui s’enfonce dans le parc national. La limitation de vitesse joue pour moi. Les japonais ne roulent pas vite. Mon seul souhait est d’être le premier d’une file de voitures et ne pas être pris entre plusieurs véhicules. Dans ce dernier cas, si un oiseau se montre, je ne pourrai rien faire et peut-être n’aurai-je même pas le temps de le voir. Je ruse et me voilà seul à explorer au ralenti les petites voies goudronnées. Quelques Corbeaux à bec large me donnent des sueurs froides. A première vue, l’oiseau est à terre et dans l’ombre, je concentre toute mon attention sur lui mais m’aperçoit rapidement qu’il s’agit du corvidé… cette scène se répète plusieurs fois. Je commence à me dire que cette mission est vouée à l’échec. Je bifurque sur ma droite puis tourne à gauche… la route est de loin, la plus isolée que j’ai prise. Certes, il y a quelques habitations sur les cotés, mais c’est calme, très calme… et devant moi… un oiseau traverse doucement la route ! Je crois tout d’abord à un corbeau mais me ravise. C’est lui ! Je m’arrête, ne descends pas de la voiture de peur de le faire partir, baisse ma vitre et l’immortalise. Je viens de prendre en photo, un des oiseaux les plus rares du monde, et un des derniers à avoir été décrit également puisqu’il ne l’a été fait qu’en 1981 !!! Un deuxième individu sort de sa cachette. Magique ! Une voiture arrive à sens inverse, les oiseaux détalent en courant sous le couvert végétal. Fin de l’observation.

dsc07861Râle d’Okinawa

dsc07865Râle d’Okinawa

Je n’en reviens toujours pas de cette rencontre. Le ciel peut me tomber sur la tête, je n’en ai que faire. J’ai des photos de Râles d’Okinawa ! C’est fou !

Le site des chutes d’eau a du ouvrir ses portes, je rebrousse chemin, toujours en alerte… on ne sait jamais ! Je m’arrête une nouvelle fois. Mais cette fois, ce n’est pas un râle mais un rossignol qui me fait stopper. Le Rossignol komadori est une espèce que je voulais voir également. Il n’est pas endémique d’Okinawa mais de l’archipel des Ruy Kyu, autant dire que je ne le reverrai certainement jamais. Et lui aussi fréquente le bord des routes des sous-bois. Je descends de la voiture mais l’oiseau est déjà loin. Je me rabats sur le parking pour faire quelques observations. En effet, je me suis garé sur une place du barrage non-loin, et les alentours sont plein d’arbres en fleurs et en fruits ! Et les oiseaux ne se font pas attendre : Pouillot à grands sourcils et Zostérops du japon en tête… suivi d’un pic ! Mais pas celui d’Okinawa. Celui-ci est beaucoup plus petit, il est impossible de les confondre : le Pic kisuki ! Je ne serai décidément pas bredouille ! Et le soleil est là ! C’est une belle journée qui commence !

dsc07872Pic kisuki

J’arrive sur le sentier qui permet l’accès aux chutes d’eau. Pour l’instant rien de fou, mais tout peut changer rapidement. Et je l’espère vivement car même le décor n’est pas des plus agréables. Je suis dans une sorte de camping désert ! Je distingue un chemin qui s’enfonce dans la forêt et qui permet lui aussi de rejoindre ma destination finale. Il ne m’en faut pas plus pour changer d’itinéraire. La lumière descend rapidement obstruée par l’épaisse canopée au dessus de ma tête. Un flot de traditionnels zostérops me tire de mes pensées, quelques mésanges en fond de même… et tout à coup… j’entends un bruit qui attise ma curiosité ! Il faut que je trouve son auteur ! J’apparenterai ce bruit à une sorte de répétitions de coups de bec sur une branche ! Et à entendre la puissance du son émis, je me doute qu’il ne s’agit pas du pic minuscule observé il y a quelques minutes. Je m’approche doucement de la source du bruit. Les bras des arbres se mélangent et ne laissent que très peu de place à l’observation… mais soudain, je le vois… il décolle et se pose un peu plus loin… il y a encore des branches, mais je l’ai dans mes jumelles ! Je ne tente pas la photo, je n’ai strictement aucune chance de réussir ma mise au point, alors je mise tout sur l’observation. Il est là ! Le fameux Pic d’Okinawa ! En quelques minutes, j’ai eu la chance de voir les trois espèces qui me tenaient le plus à coeur !

Plus que satisfait, je continue mon avancée. Le chemin se sépare en deux voies, chacune reliant le même point. L’une se perd dans la forêt et l’autre consiste à remonter le lit de la rivière les pieds dans l’eau. Je m’aventure sur la deuxième pour mieux repartir sur la première. J’ai pris le temps de la réflexion. Si marcher dans l’eau me tente bien, je me dis qu’une seule petite glissade peut me couter jumelles et appareil-photo. Je ne suis pas des plus matérialistes, mais ça m’embêterait quand même un peu. J’écoute la raison, et retourne donc vers la forêt, puis traverse un pont et commence une ascension par l’intermédiaire d’escaliers.

Je suis le chemin à l’affût mais peut-être un peu aussi dans mes pensées. En effet, je me fais surprendre. Peut-être est-ce du à l’habitude de regarder loin devant ou les branches alentour, mais je n’avais pas vu l’oiseau juste devant moi… sur le chemin… le rossignol ! Il est encore plus beau que sur les guides ! Et si peu farouche ! Fantastique !

 

dsc07895Rossignol komadori

Les escaliers tournent sur la droite et après une petite pause, reprennent leur ascension. Je fais de même. La difficulté passée, le sentier redescend jusqu’à une petite maison, et une nouvelle fois un oiseau me sort de mes pensées. En fait plusieurs oiseaux me sortent de mes pensées.

C’est tout d’abord une Mésange variée qui se montre… mais impossible de prendre la photo… je m’aperçois rapidement qu’elle n’est pas seule. Un Pic kisuki est là également, en train de fouiller sous l’écorce d’une branche. Un Minivet des Ryu Kyu observe le spectacle stoïque sur sa branche et contraste avec la folie des Zostérops du Japon. Pas moins de quatre espèces simultanément sur le même arbre !

dsc07911Minivet des Ryu Kyu

dsc07912Zostérops du Japon

J’arrive finalement à la fameuse cascade et y passe un petit moment tranquille, avant de rebrousser chemin. Rien de neuf sur le retour ou presque. Pas d’oiseau mais une belle mante religieuse et quelques lézards.

Alors que je me rapproche de la fin, j’entends à nouveau le pic ! Il n’est pas loin. C’est sûr. Plus je m’approche, plus le son est distinct. Il doit être quelque part sur l’immense arbre que j’ai devant moi. Jumelles en main, je parcours des yeux tous les recoins de ce géant, de la petite brindille au tronc gigantesque. Mais rien… l’oiseau doit se cacher dans une zone d’ombre. En plus, le hasard a bien fait les choses, le sentier contourne l’arbre et marque un virage en épingle à cheveux à proximité de lui. Cela me permet de voir l’arbre dans l’autre sens… mais d’un coté comme de l’autre, le résultat est le même… rien… pourtant le bruit continue… le pas suivant est le pas de trop. Le Pic d’Okinawa s’envole en un vol saccadé typique de sa famille pour disparaître dans les sous-bois ! Confirmation qu’il s’agissait bien de cette espèce et c’est déjà beau… Je ne sais pas exactement d’où il est parti mais il était bien sur l’arbre que je dévisageais.

Je poursuis mon exploration du parc national et reprends la route en direction d’un nouveau sentier… Je longe un plan d’eau, croise un nouveau lézard et quelques tritons. La vie est décidément partout !

 

 

Le ciel s’assombrit lentement, je sens que la fin approche. Quelques gouttes commencent à tomber. Je savais bien que ça allait arriver. Avec tout ce que j’ai déjà vu, ce n’est pas bien grave. L’exploration peut s’arrêter là, je suis content. Les nuages se dispersent, le soleil revient. La lutte s’annonce terrible et chacun gagne du terrain sur l’autre progressivement. Si j’en crois la météo, le soleil cèdera dans quelques minutes et la pluie triomphera. Je décide d’en finir tout de même avec mon sentier… et rapidement, je me retrouve coincé… impossible d’aller plus loin… un arbre est en travers du chemin. Je me retourne, prêt à faire demi-tour, et deux Mésanges variées se posent sur une branchette avant de remarquer ma présence. Juste le temps de prendre l’appareil en main. Deux photos et elles disparaissent aussi vite que ce qu’elles sont arrivées !

dsc07950Mésange variée

Je rentre. Il me reste un peu de temps avant la nuit pour faire le ravitaillement et trouver un wifi pour donner des nouvelles. C’est ce moment qu’ont choisi les éléments pour se déchaîner ! La pluie tombe doucement mais rapidement c’est un rideau qui se dresse devant moi. Le ciel est noir, mélange de nuages sombres et de nuit proche, quelque fois entrecoupé par un éclair. Le silence de la forêt est remplacé par le fracas du tonnerre. La journée se termine ainsi… je m’estime particulièrement chanceux, en moins d’une journée d’observation, j’ai tout de même réussi à voir toutes les espèces que j’espérais… et même celles que je n’espérais pas ! Demain, je rentre à Naha pour rendre la voiture. Voilà qui marquera la fin de ce périple riche et dépaysant !

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16 réflexions sur “Okinawa, mon amour

  1. hello jérôme, comme il arrive que les mots laissés sur le formulaire de contact se perdent je remets ici ceux que j’y ai laissés 😉
    ce w-end, j’ai photographié ce que j’ai identifié comme étant des grèbes castagneux: http://www.oiseaux.net/oiseaux/grebe.castagneux.html
    si, d’après ce que j’ai compris, mâle et femelle sont identiques (comme pour les grèbes huppés), j’ai clairement vu un couple se faisant la cour en se présentant des herbes …..
    tellement absorbée dans ma contemplation, j’ai cru les filmer alors j’étais juste en train de les regarder, très proches de mon observatoire! mais heureusement, j’ai tout de même une bonne photo que je mettrai sur mon blog prochainement
    je suis venue voir si tu en avais pris en photo mais la recherche dit que non….
    à mon tour de me faire du souci car tu n’as rien publié depuis un mois et demi alors j’espère que tout va bien pour toi et pour émeline
    bisous à tous les deux,
    maly

    Aimé par 1 personne

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