Entre gouttes et plumes

26 novembre 2018 : Réveil matinal, voire même très matinal… ce n’est pourtant pas la distance qui me sépare du parc national qui m’a fait levé si tôt… à peine 3km de voiture avant d’explorer ce lieu qui s’annonce grandiose. C’est en tout cas, ce que j’ai pu lire sur différents blogs. Le site est considéré par beaucoup comme un indispensable lors d’un passage à Taïwan… pourtant les photos qui accompagnaient ces articles ne m’ont pas convaincu… je verrai bien par moi-même ce que ça vaut. Je suis un peu méfiant, la sortie d’avant-hier à Yilan, à l’embouchure du fleuve, toujours dans la tête, et l’aperçu rapide que j’ai eu hier en arrivant ne m’a pas forcément poussé vers l’optimisme.

Je me suis procuré une carte du Parc National de Taroko. Voilà le plan. Une route traverse le parc et par la même occasion, le pays dans sa largeur. De cette route partent nombre de sentiers de rando. Je prévois d’avancer et de m’arrêter à chaque départ de sentier ou presque. Les parcours proposés ne sont pas très longs, quelques kilomètres tout au plus. Ainsi, au fil de ma progression dans le parc, je me rapprocherai de ma prochaine étape, à l’ouest de l’île.

Départ donné, j’ai fait mon ravitaillement et celui de ma voiture hier soir, et peu ainsi me lancer à la découverte des célèbres gorges de Taroko. Je m’arrête bien vite sur un parking, et l’aventure commence. Le sentier longe et ronge une falaise, en fait le sentier est dans la falaise. Je marche avec de la roche sur ma droite et sur ma tête… sur ma gauche de la végétation et le reste de la vallée. Je surplombe un cours d’eau… et à chaque ouverture de feuillage, c’est l’émerveillement. Il n’aura pas fallu grand chose, ni beaucoup de temps, pour me convaincre. Je suis conquis et si je me range du coté des blogueurs, ce n’est pas par solidarité. Entre les rochers coule une rivière bleue turquoise qui me fait oublier l’invitée omniprésente depuis mon arrivée sur Taïwan, il y a 4 jours : la pluie. Pourtant, elle est bien là, encore et toujours, fidèle à elle même… pas violente, ni particulièrement intense mais suffisamment pour faire rater des photos.

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Et au jeu des photos ratées, quelques oiseaux viennent se rajouter à une liste déjà trop longue. Pour commencer c’est un mâle Nymphée fuligineuse qui se montre. La femelle avait été aperçue hier, le couple est reformé. Le mâle est sombre avec un croupion rouge et sautille sur les galets de la rivière. Un peu plus loin, une Aigrette garzette s’envole. Avoir raté la photo de cet oiseau me dérange déjà beaucoup moins, étant habitué à la voir à chaque sortie ornitho française. Ensuite, un Héron strié, parfaitement immobile sur un rocher au milieu des remous du cours d’eau me fait l’honneur de sa présence… raté… et pourtant, rien ne pouvait m’empêcher de l’immortaliser… et puis Bergeronnette des ruisseaux et Arenga de Taïwan… ce dernier est déjà plus embêtant. Il était seul, complètement à découvert, noir bleuté à l’oeil rouge, seul, inratable… et je l’ai raté. Ce n’est décidément pas mon jour en ce qui concerne les photos !

Un groupe de Mésanges de Taïwan passent à leur tour accompagnées de Zostérops du Japon. Ces mésanges sont magnifiques, mais très rapides et ce n’est pas avec ma piètre performance matinale que je vais m’en sortir… ces mésanges ont le dessous jaune vif du croupion au visage et noir sur le dessus, de la queue au front, avec une petite huppé rehaussé de quelques plumes blanches. Je voulais la voir, je l’ai vu… et c’est tout. Heureusement, pour me remonter le moral, un nouveau mâle de Nymphée fuligineuse vient se montrer et se pose à quelques mètres devant moi.

DSC07238Nymphée fuligineuse

J’arrive à un panneau, la fin du chemin pour moi. Au-delà de ce panneau, nous entrons en territoire d’un peuple autochtone et un permis est demandé. Je n’ai pas ce permis et dois donc rebrousser chemin. Dans l’autre sens, le sentier offre des points de vue différents et remarquables sur la vallée. Je suis définitivement conquis. Sur ma gauche des branches s’agitent, et des cris retentissent. Déjà entendus hier, je sais qu’il s’agit de singes et je les vois décamper au loin. Mis à part ces singes, il faut faire attention aux sangliers et aux ours, en ce qui concerne les mammifères. Je ne me fais pas trop d’illusions, je ne pense pas en croiser. Déjà parce qu’ils sont très craintifs et puis parce qu’il n’en reste pas beaucoup, surtout en ce qui concerne l’Ours noir de Taïwan… mais aussi dangereuse la rencontre soit-elle, elle serait aussi incroyable ! Il faut également prendre garde aux serpents et aux guêpes, ce sont surtout ces dernières que je redoute. Autant les serpents, si on reste sur le chemin, il y a très peu de chance d’en voir, même si je ne suis pas contre, autant les guêpes seront plus difficiles à éviter, et si les panneaux indiquant leur présence rajoutent « poisonous wasps », ça n’augure rien de bon. Hier en m’approchant d’une plateforme en bois du parc, pour admirer le paysage, j’en ai vu quelques unes tournoyer le long de la rambarde… je n’ai rien admiré et suis parti aussitôt.

Le retour voit le réveil des oiseaux… un deuxième groupe mixte de mésange/zostérops me surprend, à l’exception près qu’une troisième espèce est venue se greffer au groupe ! Un Gobemouche bleu !

DSC07232 copieGobemouche bleu

S’en suit un défilé de nouvelles espèces ! Des Martinets malais slaloment dans les gorges ! Un pic à coiffe grise s’acharne sur une branche morte qui ne lui a rien fait ! Dissimulés dans les branchages deux superbes Sibia de Taïwan gris et roux au plumage marqué par un large et long sourcil blanc, ne se laissent pas prendre en photo. je commence à avoir l’habitude ! Un Bulbul de Taïwan se montre lui, beaucoup plus coopératif ! Non seulement cet oiseau est un endémique de Taïwan, mais il également très localisé, vivant essentiellement dans le sud de l’île, bien que courant dans cette petite aire de répartition où il remplace le Bulbul de Chine omniprésent dans le reste du territoire. Rougequeue aurore et quelques nouveaux macaques viennent compléter cette fin de rando. Un panneau indique la présence de Cincle de Pallas. Je n’en ai pas aperçu, le milieu se prêtait pourtant assez bien avec ce cours d’eau agité, mais je ne vais pas faire la fine bouche. J’ai déjà presque atteint mon quotas quotidien de dix coches !

DSC07248Bulbul de Taïwan

Je reprends la route et m’arrête au parking suivant. Les sentiers sont globalement proches de l’entrée du parc et plus on rentre dans les terres, moins on croise de monde. Mon plan m’indique que ce parcours sera particulièrement court. En règle générale, plus les sentiers sont courts, plus le nombre de personnes est important… cela se vérifie encore une fois, les bus de touristes s’arrêtent et déchargent leur cargaison ! Il y a du monde, j’ai bien fait de me lancer sur mon premier sentier tôt ! Ici, pas vraiment de rando, juste un accès à différents temples mais ça vaut tout de même le détour ! Perdus à différents endroits de la forêt ou suspendu à un flanc de montagne, des temples trônent fièrement, et aussi bizarre que ça puisse paraître ne jurent pas dans le paysage ! Le rendu est stupéfiant.

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De retour à la voiture, je m’engage à nouveau sur la route principale, et me gare sur un parking. Pas de chance, le sentier est fermé. Le parking me permet tout de même d’observer des Bulbuls noirs particulièrement bruyants, une Bergeronnette grise de la sous-espèce occularis plus sombre que la ssp leucopsis observée à Taïpei, et un Corbeau à gros bec sur une branche qui porte bien son nom.

DSC07285Bergeronnette grise

DSC07292Corbeau à gros bec

La journée avance vite, il faut dire que je n’ai pas vraiment le temps de m’ennuyer. Le temps humide ne m’arrête pas pour l’instant, me ralentit à peine mais les nuages qui se pointent devant moi, me font remettre en question la suite de la progression.

Il en faut toutefois plus pour m’impressionner ! Si je ne fais pas ce sentier, je ne le ferai probablement jamais et je risque de rater quelque chose ! Alors je me lance ! Le sentier fait 2km, ce n’est pas non plus la fin du monde, si l’orage débarque, je retournerai en arrière. Dans tous les cas, il faudra que je retourne en arrière. Comme beaucoup de sentiers ici, une grande majorité même, celui-ci ne fait pas une boucle et arrivé à destination, il faut revenir sur ses pas. Tout commence par une piste bien balisée assez large et cahoteuse, si large que des véhicules du parc doivent l’emprunter. Elle monte progressivement mais prend rapidement de la hauteur en s’engouffrant entre quelques arbres. Même si la pluie redouble, je suis plus ou moins à l’abri. La piste se rétrécit lorsqu’il s’agit de pénétrer véritablement dans la forêt, puis longe une falaise. De là, on surplombe la vallée, la vue est à couper le souffle… à moins que ça soit la pluie qui fasse cet effet… Par moment, je suis dans la falaise ! Le sentier est creusé à l’intérieur de la roche. Comme lors de la première rando du jour, sur ma droite et au-dessus de la roche, sur ma gauche du vide. A creuser la falaise, pourquoi le faire à moitié ? Le sentier passe par un tunnel ! La montagne m’avale puis me recrache quelques mètres plus loin… à quelques centaines de mètres de la fin.

C’est le moment qu’ont choisi pluie et oiseaux pour intensifier leur présence. Un cocktail pas des plus efficaces pour moi, mais une nouvelle fois, je relève le défi ! C’est un groupe mixte de Mésanges de Gould et de Yuhinas à ventre blanc. Pas évident à immortaliser, les arbres sont riches en branches et en aiguilles, la lumière grise offre de magnifiques… contrejours… mais, comme pour récompenser ma persévérance, une des mésanges se posent sur une branchette à quelques mètres de moi et s’immobilise.

DSC07324Mésange de Gould

La pluie n’en finit plus, je rebrousse chemin et me retrouve à l’abri sous le couvert végétal. A mesure que j’avance, la pluie diminue, et comme à chaque fois qu’une averse s’achève, la vie reprend ses droits. Une nouvelle fois un groupe mixte passe de branches en branches, à ceci près que celui-ci est particulièrement bien fourni ! Drongos bronzés, Minivet mandarin, Mésanges de Gould, Yuhinas à ventre blanc et Pic à coiffe grise ! Les oiseaux faisant des aller-retour, je reste posté là, en attendant que l’un d’eux se pose au bon endroit… au moins pire plutôt, car la lumière et les branches ne me laissent guère de choix. J’espère immortaliser le minivet et son plumage rouge orangé, mais c’est finalement le pic qui se pointera.

DSC07331Pic à coiffe grise

La journée bien engagée et la route me menant de l’autre coté de l’île encore longue, je décide d’en finir là pour les randonnées. Mais mon avancée est rapidement stoppée par un temple comme les taïwanais en ont le secret.

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Allez, cette fois c’est la bonne. La route est fabuleuse. Il faut savoir que l’île ne fait pas plus de 300km de large mais que se dresse au centre, une chaîne de montagnes dépassant les 3000m ! Ainsi, en prenant cette route, on part du niveau de la mer et de la forêt tropicale jusqu’à de la pinède et une partie sommitale dénuée d’arbres. Les milieux différents se suivent à une allure effrénée et par conséquent, les oiseaux différents aussi. Voilà qui explique le nombre élevé d’espèces d’oiseaux, et également celui important d’espèces endémiques en général.

L »humidité ambiante doit être quotidienne, je ne peux l’imaginer autrement et devant moi un voile de brume recouvre puis libère les montagnes m’entourant. Parfois, c’est la route elle-même qui devient invisible, on avance alors au ralentis et la surprise frappe à chaque fois lorsque le voile se dissipe et que la vue se laisse deviner.

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Un panneau indique la présence de Faisan mikado, une des deux espèces de faisans endémiques de Taïwan, celui-ci est inféodé aux montagnes et il n’est apparemment pas rare d’en croiser au détour d’un virage… et c’est vrai ! A peine, le panneau passé, qu’un couple longe la route à vive allure… dernière observation d’une journée bien remplie !

Je ne me perds pas, mais ne suis pas loin de le penser. La nuit tombe vite, il me reste encore pas mal de route, et je ne sais pas trop où je suis… il faut dire que le manque de panneaux indicateurs et un GPS en chinois n’aident pas beaucoup. Qui plus est, le nom des villes sur la route est retranscrit selon la prononciation chinoise, ce qui donne que pour un lieu, en l’occurrence celui que je cherche, on peut avoir selon le support auquel on se rapporte : Xitou, Xito, Hsitou, Sitou ou encore même en deux parties… toujours est-il que je n’ai pas trouvé cette localité, qui n’est certainement pas bien grande mais qui présente une, paraît-il, jolie forêt de bambous.

Dans mon « malheur », je tombe sur un panneau indiquant le Parc National de Yushan, étape non loin de ma forêt de bambous et que je voulais visiter juste après. Je suis les indications, oublie les bambous, et me rapproche le plus possible du parc. Demain, ça sera montagne !

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