Chronique #1 : Deux degrés : Conséquences sur le comportement des organismes vivants (3/3)

1ère partie

2ème partie

Si les arbres de la forêt boréale remontent vers le nord, ce ne sont pas les seuls à se déplacer. Ce phénomène est aussi visible au Pérou. Des recherches ont été menées dans le Parc National de Manu, dans le but d’étudier les conséquences du réchauffement climatique sur cet écosystème. Plusieurs parcelles ont été ainsi délimitées sur une pente à des altitudes différentes. Les altitudes étant différentes, les températures le sont forcément aussi. Les espèces tropicales dites spécialisées sont adaptées à un gradient thermique assez limité ne pouvant supporter qu’une faible variation autour de celui-ci. Il en résulte que les parcelles sont assez différentes les unes des autres en fonction de l’altitude et une espèce d’arbre relativement abondante dans une zone peut se révéler totalement absente dans la suivante. Ces délimitations ont débuté en 2003 pour se terminer en 2007, et le postulat de départ était de revenir tous les dix ans pour constater les évolutions. Le réchauffement climatique montrant déjà ses effets, c’est en 2011 qu’ont été effectués les relevés suivants, quatre ans seulement après la fin des premières prises de données. Les chercheurs s’attendaient alors à observer les premiers effets du dérèglement, notamment celui selon lequel les arbres se déplaceraient et remonteraient la pente. Mais ce qu’ils trouvèrent les stupéfièrent, en moyenne, les genres se sont déplacés de 2,50m par an. Bien sûr, tous n’ont pas la même faculté, le genre Schefflera qui fait partie de la famille du ginseng grimpent à la vitesse effrénée de 30m par an… alors qu’au contraire le genre Ilex, représenté en Europe par le houx, lui, est resté presque immobile.

Une fois de plus, des grandes variations de températures ont déjà eu lieu au cours de la vie de la planète, mais ces différentes périodes étaient très espacées et les espèces ont pu s’adapter à de tels changements. Dans l’état actuel des choses, l’évolution de la température est bien trop rapide pour que de telles adaptations puissent avoir lieu et seules les espèces les plus généralistes ou ayant des capacités d’adaptation supérieures à la moyenne pourront tirer leur épingle du jeu. Un jeu dont les règles sont cruelles puisqu’on estime que le réchauffement actuel s’effectue dix fois plus rapidement que ce qu’il ne l’avait fait à la fin des différentes périodes de glaciation. Pour retourner sur le cas du genre sprinteur Schefflera, seul les arbres qui ont les mêmes capacités que lui, sont actuellement en phase avec l’élévation des températures.

« En simplifiant, on peut dire que des paramètres de température sont associés à une latitude ou une altitude. Avec le réchauffement, l’isotherme, cette ligne de même température, se déplace vers le nord (dans l’hémisphère nord) ou vers les hauteurs à un certain rythme. Pour trouver 0,5 °C de moyenne en moins, il faut un déplacement de 50 à 60 km vers le nord ou d’un peu moins de 100 m en altitude. L’équipe de I-Ching Chen montre dans son étude que les espèces bougent au même rythme que l’isotherme. » (futura-sciences)

Au cours de l’histoire, les arbres, et les plantes en général, ont eu le loisir de s’adapter aux milieux dans lequel ils vivent. C’est ainsi que l’on rencontre des plantes rases et à la floraison limitée dans les zones arctiques, soumis à des conditions extrêmes tels que le froid et le vent. Dans les régions méditerranéennes, afin de supporter les fortes chaleurs de l’été, les arbres de la garrigue ont vu leurs tailles et celles de leurs feuilles diminuer. Un phénomène également observé, ce qui peut paraître plus étonnant, chez les mammifères…

En effet, lors des précédents réchauffements climatiques, la taille des ancêtres des chevaux avait considérablement diminué. Une baisse importante puisqu’elle a atteint 30% de la taille de l’animal lors du Maximum thermique du passage Paléocène-Eocène. Si la tendance à l’évolution des températures venait à perdurer, le cas pourrait se reproduire chez des animaux sauvages, tels que les chevaux, mais également les primates ou les cervidés, comme une adaptation aux climats chauds. C’est ce que l’on appelle le nanisme adaptatif. Par ailleurs, le cas de ces mammifères ne seraient pas isolés, les organismes aquatiques pourraient réagir de la même façon, résultat d’une modification de la chimie de l’eau : hausse de température entrainant chute du taux d’oxygène, hausse du CO2 et baisse du pH. La baisse des ressources alimentaires du réseau trophique provoquant un effet de rétrécissement en cascade, une majorité des organismes semble s’adapter avec une croissance moindre.

Pour en revenir aux mammifères, des chercheurs ont établi un « modèle » des espèces directement victimes aujourd’hui du réchauffement climatique à partir de courbes démographiques, taux de reproduction, zones géographiques et évolutions des climats. Il en résulte que sur les 873 espèces de mammifères listées, presque la moitié répond défavorablement au processus de réchauffement : 47%, soit 414 espèces. Les plus concernés sont celles qui ont une durée de gestation élevée et qui s’adaptent lentement à des changements environnementaux rapides : en tête de liste, on retrouve éléphants et primates.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAGorille de montagne

Un des primates les plus emblématiques et charismatiques est l’Orang-outan. Déjà en première ligne en tant que victime de la déforestation, son statut ne va pas en s’améliorant. Les espèces qui sont déjà en voie de disparition seront certainement les premières victimes du dérèglement climatique. Il est toujours bon de le rappeler, la hausse des températures ne signifie pas forcément qu’il y aura du soleil tous les jours, elle est accompagnée de partenaires pas très fréquentables. Dans le cas de notre homme des bois, des précipitations plus violentes sont à prévoir engendrant glissements de terrain et risques d’inondation. L’impact sur les forêts en elle-même est déjà important et comme si ça ne suffisait pas, ce renforcement des précipitations influencera probablement le rythme de croissance ainsi que les cycles de reproduction des plantes dont les grands singes se nourrissent, affectant ainsi les capacités de reproduction des femelles. Dans un autre temps, lors des périodes sèches, le risque d’incendie sera accru, et les orangs-outans, lents à se déplacer, en seront les premières victimes.

Un peu plus au nord, en Chine, vivent les Pandas géants. Leur cas n’est pas plus joyeux. Le réchauffement climatique va avoir un impact direct sur les forêts de bambous, plante dont le plantigrade se nourrit presque exclusivement, à raison de plus de 20kg par jour. Le bambou même s’il paraît résistant, est très sensible aux évolutions de climat et ne s’y adapte que très lentement. Certaines espèces vont disparaître et d’autres vont coloniser de nouveaux milieux. Une répartition et une fragmentation des forêts de bambous qui risquent d’affecter la disponibilité en nourriture et accentuer les difficultés que le panda rencontre déjà à trouver son alimentation.

Bien plus au nord encore, vit un autre ursidé : l’Ours polaire. L’arctique se réchauffe deux fois plus vite que le reste de la planète. Gros problème pour l’ours. Les glaces fondent, la calotte glaciaire diminue, les phoques, son alimentation principale, en sont d’autant plus difficiles à attraper. La période de chasse se réduit et celle du jeûne s’allonge, son habitat se fragmente et les distances de nage sont de plus en plus importantes pour regagner la terre ferme ou du moins une plaque de glace hospitalière, rien ne va plus et de plus en plus d’ours se rapprochent des installations humaines en quête d’alimentation. Mauvaise idée.

DSC_6543Ours polaire

Une autre espèce marine va rencontrer de sérieux problèmes : la Tortue verte. Elle, et les autres espèces de tortues marines, qui ont su s’adapter aux différents aléas du climat pendant des millions d’années vont se retrouver en difficulté. Tout d’abord, la température a un impact direct sur la détermination du sexe de la tortue, c’est d’ailleurs le cas pour de nombreux autres reptiles. Si le sable dans lequel les œufs sont en train d’incuber est chaud, il y aura une majorité de femelles, si la température est plus fraîche, ce sont des mâles qui naitront. Or, avec le réchauffement climatique, la proportion des femelles sera beaucoup plus élevée que celle des mâles et apparaîtront au fil du temps des difficultés de plus en plus importantes pour se reproduire. La météo aura également son rôle à jouer dans la reproduction, les risques de tempêtes et d’inondations sont des causes réelles de destruction des zones de nidification. L’alimentation n’est pas en reste, puisque comme nous l’avons déjà vu, les océans vont tendre à s’acidifier ce qui provoquera, et provoque déjà, des mouvements de populations et des baisses de quantité de nourriture disponibles : phytoplanctons, zooplanctons, algues…

Plus généralement, le cas des reptiles va s’avérer problématique car leur activité dépend directement de la température. Reptiles et amphibiens doivent réguler leur température et réduire leurs niveaux d’activité par temps frais ce qui les désavantagent pour se nourrir, s’accoupler ou trouver de nouveaux habitats. Ils sont donc plus sensibles aux variations climatiques. Naturellement, nous aurions tendance à penser que si la température augmente, l’activité des lézards et des serpents augmentera également et qu’ils seraient donc avantagés. Ce n’est pas si facile et il faut prendre en compte certains points. Comme tous les animaux, les reptiles ont leurs limites de température, et si celle-ci continue à s’élever ainsi, outre le problème de proportion de femelles à la naissance, certaines régions vont devenir trop chaudes et les reptiles seront trop lents pour trouver de nouveaux habitats. Ainsi Barry Sinervo, expert en reptile et en écologie à l’Université de Californie estime que 20% des espèces de lézards pourraient disparaître d’ici 2080, et que les extinctions locales de population pourraient atteindre 40%.

En conclusion, si la hausse des températures continue de flamber, l’impact sera énorme sur les écosystèmes et par conséquent sur tous les êtres qui les peuplent, y compris l’Homme. Réduire les émissions de CO2, ce n’est pas seulement garder un espoir pour la planète mais c’est aussi garder un espoir pour la survie de l’espèce humaine. Voir des espèces disparaître, il faut bien comprendre que ce n’est qu’une conséquence de problèmes bien plus graves. En effet, quel serait l’impact pour l’Homme s’il n’y a plus de Panda géant en liberté dans les forêts de bambous chinoises, ou s’il n’y a plus de rhinocéros dans les savanes africaines ? Si on ne prend en compte que le constat, effectivement l’impact n’a pas l’air évident, mais si on creuse davantage on s’aperçoit rapidement que ce qui a causé leur perte pourrait aussi causer la notre. « Si des animaux emblématiques (…) disparaissent, c’est qu’il y a derrière des modifications drastiques de leur milieu : le sort de ces espèces n’est que la face visible de phénomènes plus profonds susceptibles d’affecter fortement les conditions de vie de l’Homme sur la Terre. » (WWF)

 Sources :

  • La sixième extinction, Elizabeth Kolbert
  • Impact du changement climatique sur les espèces, WWF
  • Wikipédia
  • A cause du réchauffement climatique, des oiseaux disparaissent, lejdd
  • Les migrations perturbées, Oiseaux.net
  • L’impact du changement climatique sur les populations d’oiseaux, Isère.lpo.fr
  • Les oiseaux, victimes du réchauffement climatique, lpo.fr
  • L’impact du réchauffement climatique sur les animaux largement « sous-estimé », lesechos.fr
  • Conséquences écologiques : le cas de l’avifaune, conservation-nature.fr
  • Réchauffement climatique : même une hausse de 2°C entraîne des conséquences désastreuses, sciencesetavenir.fr
  • COP21 : que se passera-t-il si le réchauffement climatique dépasse 2°C ?, Europe1.fr
  • Réchauffement : Quels effets pour les plantes et les animaux, futura-sciences.fr
  • Réchauffement climatique : les animaux à sang chaud auront l’avantage, sciencepost.fr
  • Réchauffement climatique : la moitié des mammifères terrestres est déjà en danger, cnews.fr
  • Le visage d’un monde à +1,5° : ce que nous dit le dernier rapport du GIEC, Mr Mondialisation
  • Réchauffement : les espèces fuient vers le nord et en altitude, futura-sciences
  • Le Génie des oiseaux ; Jennifer Ackerman
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4 réflexions sur “Chronique #1 : Deux degrés : Conséquences sur le comportement des organismes vivants (3/3)

  1. Trois articles vraiment bien conçus, qui j’espère ouvriront les yeux de ceux qui n’imaginent pas à quel point on en est, bien que tout ceux qui viennent sur ton blog doivent être au courant…
    Plus les jours passent, plus je suis en colère contre nos dirigeants qui n’ont pas les c……s de prendre les décisions.
    Je serai certainement impactée par certaines décisions drastiques, mais nous n’avons plus le choix, il faut vraiment changer!!!
    Je ne sais pas si tu connais, mais j’aime bien ce que ce gars dit : Aurélien Barrau.

    Aimé par 1 personne

  2. alors bien évidemment, aider à éliminer les éventuelles coquilles de tes trois derniers textes semblent bien dérisoire au regard du sujet traité…..mais partons du constat que les petits ruisseaux font les grandes rivières et essayons d’être le plus précis possible pour que l’idée fasse son chemin dans la tête de tout un chacun car ne l’oublions pas, la plus grande force pour changer le monde, c’est *nous*…..quand nous changeons, tout change….oh certes pas immédiatement, mais petit à petit, oui! 🙂

    c’est en 2011 qu’ont été effectuées les relevés suivants
    les espèces ont pu s’adaptées à de tels changements.

    Aimé par 1 personne

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