Chronique #1 : Deux degrés : Conséquences sur le comportement des organismes vivants (2/3)

1ère partie

Restons sur les océans, puisque nous avons déjà commencé à traiter le sujet. Des études ont été réalisées en Italie sur une particularité naturelle qui nous donne un avant goût de ce qu’il pourrait se passer dans un futur proche. Il existe, en effet, au large de Naples, une île, Ischia qui présente une singularité lui valant un statut de laboratoire à ciel ouvert… ou plutôt sous-marin…

Ici, la plaque tectonique africaine exerce une pression continue sur la plaque eurasiatique. Un processus pouvant engendrer de puissants phénomènes volcaniques mais pas seulement, la particularité du lieu est qu’au fond de la mer, des colonnes de gaz s’échappent du sol. Du gaz essentiellement composé de CO2 ! Le rapprochement se fait assez facilement. Il existe en permanence des échanges gazeux entre l’air et l’eau. Si nos émissions de CO2 restent du même ordre, il y en aura forcément plus dans l’eau également. La seule différence avec ce laboratoire, c’est qu’au lieu de venir par le fond, l’ajout de dioxyde de carbone s’effectue à la surface.

Que se passe-t-il dans cette fameuse zone ? C’est bien simple, à proximité de ces évents, la vie n’a rien à voir avec celle présente à quelques mètres de là. 69 espèces animales et 51 végétales ont été répertoriées dans les zones alentours : des espèces classiques méditerranéennes allant des éponges aux poissons, en passant par des algues, des oursins ou des moules… l’inventaire réalisé dans la zone des évents révèle un tiers d’espèces en moins. En cause le pH, il est ici de 7,8 alors qu’en moyenne il est de 8,1 dans le reste des mers du monde. Ne pas se fier aux apparences, l’échelle des pH, comme celle de Richter, est logarithmique. Et bien sûr, le CO2 a un impact direct sur ce pH. Plus l’apport de CO2 est important, plus le pH baisse et devient acide. 7,8, le pH de la zone des évents correspond à l’estimation du pH que devrait atteindre les océans à la fin du siècle si les émissions de dioxyde de carbone ne changent pas.

La Balane commune, un crustacé très répandu et très abondant entre l’Afrique de l’Ouest et le Pays de Galles, ne survit pas dans de telles conditions. Mytilus galloprovincialis, moule indigène de Méditerranée devenue invasive dans nombre de régions du monde en raison de ses facultés d’adaptation, n’est pas non plus présente dans la zone des évents…

Dans un même temps, l’augmentation de l’apport de CO2, tout comme à l’air libre, fait augmenter la température de l’eau… il en résulte des changements d’aire de répartition. Tout est lié. Changeons de mer et plongeons en mer du Nord. La température y a augmenté de 1°C. A première vue 1°C, là non plus, ce n’est pas grand chose… mais petite cause, grands effets… le phytoplancton a migré, le zooplancton l’a suivi et par conséquent les poissons en font de même et remontent vers les pôles. Si les proies se déplacent, les prédateurs le font aussi, c’est ainsi que les oiseaux marins font cap vers le nord, ne trouvant plus la nourriture nécessaire à leur survie dans leur zone de distribution traditionnelle.

Ce mouvement des oiseaux n’est pas propre aux oiseaux marins. Le réchauffement climatique a déjà entrainé de profondes modifications dans le comportement migratoires de certaines espèces. Des espèces qui hivernent habituellement en Afrique, restent de plus en plus sous nos latitudes et d’autres qui continuent à faire cette migration quittent plus tard leurs quartiers d’été, en France, et les retrouvent plus tôt l’année suivante. C’est notamment le cas des hirondelles ou des huppes.

10421228_900779616626785_2683505231037013530_nHuppe fasciée

Mais la hausse des températures a également des conséquences sur l’alimentation des oiseaux. Le printemps est plus doux, plus précoce aussi, le pic d’émergence des insectes en est impacté et s’effectue plus tôt. Décalage du calendrier, les naissances des oisillons ne correspondent plus à ce fameux pic et lorsque les oisillons viennent au monde, les chenilles sont déjà devenues papillons. Décalage de calendrier également pour les Renards polaires qui deviennent blancs alors qu’il n’y a pas encore de neige. Le camouflage n’est plus aussi efficace et les proies qui, repèrent l’intrus plus facilement, sont plus difficiles à attraper…

Mais revenons à nos oiseaux. Certains sédentaires, à l’instar de la Mésange bleue peuvent s’adapter en nichant plus tôt et ainsi faire correspondre l’éclosion de leurs œufs au pic d’émergence des insectes. En revanche, pour les migrateurs, le problème se pose. Si les hirondelles ou les huppes, citées précédemment reviennent plus tôt, c’est encore loin d’être le cas de toutes les espèces et nombre d’entre elles arrivent de leur zone d’hivernage trop tard, ne pouvant que constater que les ressources trophiques sont bien moins abondantes qu’avant.

11220885_900683343303079_6905393444606566426_nMésange bleue

Aux Pays-Bas, le Gobemouche noir a réussi à avancer sa période de ponte d’une dizaine de jours en 20 ans afin que l’éclosion corresponde à l’émergence des insectes et à l’activité plus précoces des végétaux. Malheureusement, il n’a pas encore avancé sa date d’arrivée sur les sites de reproduction et sa fenêtre en est d’autant plus réduite… difficile d’exploiter convenablement le pic d’apparition des insectes dans ces conditions, et l’espèce décline. Dans le règne animal, les adaptations se font très lentement.

Dans la baie du Delaware, au printemps, les Bécasseaux maubèches ont rendez-vous avec les limules, des arthropodes marins source de nourriture importante pour la migration des limicoles. Or « si un changement de température atmosphérique les désynchronise de cette source de nourriture si crucial pour leur marathon annuel, les conséquences seront dramatiques. Parallèlement, si le réchauffement des températures aquatiques conduit les limules à pondre avant l’arrivée des bécasseaux, ces derniers manqueront ce festin vital pour achever leur trajet. » (Le Génie des oiseaux, Jennifer Ackerman)

Le réchauffement climatique influe déjà sur l’aire de répartition de nombre d’oiseaux. Certains remontent vers le nord, tandis que d’autres vont monter en altitude pour retrouver les températures correspondantes à leur niche écologique. « Les températures en Nouvelle-Guinée devraient augmenter de 2,5°C d’ici à la fin du siècle. Quatre espèces d’oiseaux ont déjà atteint le sommet du Mont Karimui n’ont nulle autre part où aller. Ces oiseaux spécialisés d’ancien lignage semblent s’acheminer vers leur extinction locale. Même une élévation de température limitée à 1°C, voire 0,5°C repoussera leur zone thermique vitale au-delà du sommet de cette montagne. » (Le Génie des oiseaux, Jennifer Ackerman)

Les modifications de comportements migratoires ne sont pas valables uniquement pour les espèces africaines. On retrouve le même phénomène pour les oiseaux du nord de l’Europe qui descendent habituellement en France pour l’hiver. Les périodes de froid étant moins rigoureuses, ils écourtent leur migration. Les canards, limicoles, Pinsons du nord ou Sizerins flammés seront donc de moins en moins nombreux en France. Mais ce n’est qu’un déplacement de population et non une disparition. En revanche, nombreux sont ceux qui font face à un nouveau problème. La hausse des températures permet à la forêt boréale de remonter elle aussi vers le nord, au dépend de la fragile toundra arctique, vouée à terme à disparaître. Or la toundra, caractérisée par des associations végétales de mousses et de lichens, des bruyères et quelques plantes herbacées, est un milieu important pour la reproduction de l’avifaune. Un nombre d’espèces non négligeable s’y reproduit exclusivement, attiré par l’abondance des larves et des insectes en été, et va subir un déclin important, voire dans le pire des cas une disparition prématurée (oies, canards, limicoles). Les espèces qualifiées de spécialistes sont plus vulnérables aux dérèglements climatiques que les « généralistes », car ayant un régime alimentaire strict ou un habitat très particulier, et seront très probablement les premières à s’éteindre.

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6 réflexions sur “Chronique #1 : Deux degrés : Conséquences sur le comportement des organismes vivants (2/3)

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  3. je vais poursuivre ma lecture de tes derniers articles car j’ai pris du retard 😉
    dans la phrase ci-dessous, j’ai l’impression qu’on pourrait mettre ‘elles’ à la place de ‘et’…….
    Les espèces qualifiées de spécialistes sont plus vulnérables aux dérèglements climatiques que les « généralistes », car ayant un régime alimentaire strict ou un habitat très particulier, et seront très probablement les premières à s’éteindre.

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