Chronique #1 : Deux degrés : Conséquences sur le comportement des organismes vivants (1/3)

Deux degrés ! Deux degrés d’ici 2100. Telle est la limite que s’accorde à se fixer les différents Etats en matière de réchauffement climatique. Deux degrés ! Mais deux degrés par rapport à quoi ? Deux degrés, ce n’est pas grand chose, après tout, la Terre a bien vécu des périodes bien plus chaudes… et d’autres bien plus froides… que se passerait-il si cette barrière de deux degrés était franchie ?

Deux degrés, effectivement, ça n’a l’air de rien mais il faut bien se rendre compte des choses. Ces deux degrés, non seulement peuvent, mais vont avoir des conséquences désastreuses… deux degrés, c’est déjà deux degrés de trop… à la base, la limite était fixée à une hausse de 1,5°C, mais devant les difficultés à mettre tous les pays d’accord, un demi-degré supplémentaire a été accordé. Il faut bien comprendre que ce demi-degré peut tout changer… En fait, il ne faut pas voir ces deux degrés comme un seuil à ne pas dépasser, mais plutôt un seuil à ne pas atteindre ! Ce n‘est pas tant la hausse qui va avoir des conséquences mais plutôt la vitesse à laquelle cette hausse va s’exercer. Petit exemple pour être un peu plus clair et que tout le monde puisse comprendre : c’est un peu comme l’alcool. Que l’on boive une bouteille de vin en dix minutes ou en un mois, les conséquences ne seront pas les mêmes. Sur un laps de temps d’un mois, le corps humain peut supporter une telle quantité, et chaque verre a le temps d’être évacué avant l’arrivée du suivant, à condition de ne pas jouer sur les mots et de ne garder qu’une dernière ration pour la fin du mois après avoir descendu le reste d’une traite. Si en revanche, le contenu d’une bouteille est avalé en dix minutes,… je ne pense pas qu’il soit nécessaire de poursuivre l’explication… vous êtes déjà trop bourrés pour comprendre. Le réchauffement climatique, c’est un peu la même chose. Si la température augmente rapidement, la nature et les organismes qui la peuplent n’ont pas tous le temps de développer des adaptations ou de trouver une parade… en revanche si cette même hausse prend un peu plus de temps, des solutions peuvent être envisagées.

DSC_6809

Dans tous les cas, qu’il s’agisse de +1,5°C ou +2°C, il est déjà trop tard pour que ça n’ait pas de conséquences. Ce que nous pouvons faire, c’est agir sur l’importance de ces conséquences et faire en sorte qu’elles soient possibles à limiter. A titre de triste exemple, et dans l’éventualité où on parvient à stabiliser la hausse de température à 1,5 ou 2 degrés, la dilatation de l’eau et la fonte des glaces feront que le niveau de la mer continuera à augmenter pendant au moins 3 siècles, de 90cm à 1,20m ! 300 ans ! Conséquences : inondations, érosion, salinisation des nappes phréatiques… Pas très joyeux tout ça… oui mais… dans l’hypothèse où aucune solution n’est mise en place pour réduire les émissions de CO2, le niveau de la mer atteindra déjà 72cm de plus d’ici 2100, mais si nous parvenons à bloquer la température à un seuil de +1,5°C, ce même niveau ne sera atteint que dans 130 ans. Il ne s’agit donc plus d’éviter l’impact de nos bêtises mais de les reporter, et plus le scénario est optimiste, plus les zones considérées en danger auront le temps d’élaborer des défenses ou d’évacuer des populations… là où ça se complique, c’est que nous ne partons pas de 0… La hausse de la température est à mettre en relation avec l’ère préindustrielle, et c’est à partir de cette période qu’est comptabilisé le seuil à ne pas dépasser… autant dire que le réchauffement climatique a déjà bien commencé et que l’on ressent déjà ses effets.

Outre le niveau de la mer qui s’élève, que se passera-t-il dans un scénario catastrophe ? La question est plutôt « que ne se passerait-il pas ? » tant les conséquences sont nombreuses à commencer par la récurrence des phénomènes climatiques extrêmes : crues, tempêtes, cyclones, typhons, tsunamis, inondations, canicules et fortes sècheresses entrainant fonte des glaciers et de la calotte glaciaire, famines, villes dévastées, recrudescence de maladies telles que le choléra dans les zones les plus impactées, et des pays pauvres qui vont s’appauvrir encore davantage… s’en suivront des millions de réfugiés climatiques et, connaissant la propension qu’à l’être humain à s’embrouiller pour des raisons futiles, il y a fort à parier qu’apparaîtront des conflits armés. La mécanique est simple : manque de ressources, famines, formation sauvage de milices, organisation de la terreur…

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Mais laissons l’humain de coté… il est bien trop égocentrique pour que l’on s’attarde davantage sur son sort… Qu’en sera-t-il des écosystèmes ? Certains disparaîtront engendrant une perte significative de la biodiversité… tout simplement. Une augmentation de température de 3°C pourrait entraîner un déplacement de 500 kilomètres vers le Nord des espèces, d’où notamment, premier effet visible, la prolifération sous nos latitudes des frelons asiatiques et autres chenilles processionnaires. Selon des chercheurs américains, si le rythme actuel des émissions de CO2 se poursuit, une espèce animale sur six pourrait être amenée à disparaître.

« À + 1,5°C, l’Océan arctique ne serait totalement libéré des glaces qu’une fois tous les cent ans, alors que dans le second cas (celui à +2°C), le phénomène se produirait une fois par décennie. Dans le premier scénario, la hausse du niveau des mers serait de 10 cm inférieur, épargnant plus de 10 millions de personnes par rapport à l’hypothèse des +2°C. Dans le premier cas, les récifs coralliens seraient détruits de 70 à 90 % alors que dans le second, ils disparaitraient totalement… » (Mr. Mondialisation)

« Soyons lucides : pour empêcher une hausse au-delà de 1,5°C, il faudrait atteindre le pic des émissions très rapidement – d’ici 2 ans ! – et faire décroitre les émissions de gaz à effet de serre de manière vertigineuse dans les trois prochaines décennies. » (Mr. Mondialisation

Rentrons davantage dans les détails. Comment les organismes vivants vont-ils réagir à de tels changements ? Le processus ayant déjà commencé et des études ayant déjà été faites, on peut déjà tirer quelques informations. Certains modifient leur aire de répartition, d’autres leurs habitudes et d’autres enfin leur apparence. Les exemples sont nombreux et variés, et on constate assez aisément, en se penchant un peu sur le sujet, que ces phénomènes ne sont pas propres à une espèce ou à une famille, et ne concerne pas une région spécifique du globe.

2ème partie

Publicités

8 réflexions sur “Chronique #1 : Deux degrés : Conséquences sur le comportement des organismes vivants (1/3)

  1. Voilà un article très très intéressant ! Enfin (les autres articles sont aussi généralement intéressants !) mais là, la réflexion est très positive et les explications très claires. En tout cas, je m’y retrouve. On entend dire beaucoup de choses, les problèmes humains que vous évoquez sont minimisés, quant aux écosystèmes, leur sort n’intéresse guère le grand public. Pourtant, cela nous met face à face avec les adaptations nécessaires que l’homme doit envisager : on est déjà dedans avec l’attitude des pays et des hommes face à la migration des populations… Oui, il sera nécessaire de s’adapter, les humains et les éco-systèmes. Pour cela, nous devons nous mobiliser pour agir sur le climat et notre environnement et prendre conscience des enjeux et des risques si terribles pour l’ensemble de la planète. Merci d’avoir inscrit vos réflexions dans nos consciences !

    Aimé par 1 personne

  2. Une petite remarque pour compléter cet article didactique. Pour les océans, la menace ne vient pas seulement de la hausse du niveau des eaux. Il y a des échanges importants entre l’air et l’eau, pour capter le CO2. Et lorsque le niveau de CO2 augmente, l’acidité des océans augmente. De nombreux organismes marins, comme les coraux, sont particulièrement sensibles à cette acidité qui dissout leur squelette. Plus d’acidité, cela signifie moins de coraux, moins d’habitats pour la faune (dont une partie est également directement impactée par l’acidité) et au bout du bout: moins de ressources marines (déjà surexploitées) pour le secteur de la pêche. Sans les coraux, de nombreuses zones côtières seront davantage exposées à l’érosion, aux tempêtes et autres risques naturels qui pourraient être plus fréquents ou plus violents. J’attends les autres articles avec impatience, on devrait y parler d’oiseaux, non?

    Aimé par 1 personne

    • Merci pour ce complément. Effectivement, la 2ème partie parlera d’oiseaux, mais pas uniquement… il y aura également une partie consacrée à l’océan où il y sera question de pH, de CO2 et d’aire de répartition… mais en lisant ton commentaire, je me suis aperçu que je ne traitais pas les coraux alors que ça paraissait être une évidence. :/

      J'aime

  3. Excellent article.
    Si seulement les gens pouvaient être touchés plus intensément par ce qui arrive et ce qui nous attend afin de changer au quotidien leurs habitudes en attendant que nos gouvernants prennent des mesures radicales!
    Par contre, je pense que le jour où les mesures pour la vie, pour la Terre seront prises, il va y avoir un énorme bouleversement sur la société.
    Il y a encore beaucoup de personnes qui ne se rendent pas compte où nous en sommes et ces personnes là ne comprendront pas les mesures prises.
    L’autre jour en faisant des cours, je regardais le caddy devant moi et je me disais que si je tentais d’échanger tout ce qu’il contenait contre des choses bien plus responsables, je me ferai lyncher par la personne qui achetait tout ça. ça me désole car les gens sont loin de comprendre, donc encore loin d’agir radicalement.
    Je ne désespère pas et je crois au changement, seulement, il faut qu’il se fasse rapidement.
    Je ne tiens pas à finir sur une touche négative et c’est justement en ayant une vision lucide des choses que l’on se rend compte de la beauté de la nature. J’en profite comme si il s’agissait d’une merveille prête à s’envoler avec l’envie de partager cette vision. A notre échelle, avec notre vision, à nous d’ouvrir les yeux de ceux qui ne se rendent pas compte, à nous de faire le maximum.
    Belle journée à toi et merci encore pour cet article.

    Aimé par 1 personne

    • Changer le monde, commence par se changer soi-même… à ma petite échelle, j’essaie de faire au mieux, comme le colibri.

      J’ai en horreur et ne fréquente plus les supermarchés. J’ai trouvé un petit magasin qui ne propose que des produits locaux (max 150km autour) et de saison. La plupart sont bios, ou du moins responsables sans avoir le label… et ça change déjà pas mal de choses… pour moi comme pour les petits producteurs locaux, comme pour la planète…

      Le troisième article arrive bientôt, je réunirai les 3 sur un pdf, si tu veux un support à partager. 😉

      Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s