L’observation imprévue

18 octobre 2018 : Aujourd’hui, c’est une sortie familiale qui est à l’ordre du jour et qui n’a donc rien d’ornithologique… du moins rien qui ne le présage en tout cas. L’objectif du jour, c’est de ramasser des châtaignes. Nous sommes donc cinq, à partir à la frontière du Gard et de l’Hérault. Le temps est humide depuis plusieurs jours, voire très humide parfois. Je ne sais pas si c’est le bon moment pour y aller, mais c’est le moment que nous avons trouvé pour nous retrouver autour de cette tradition familiale vieille d’un an. Il y a un début à tout.

Nous arrivons sur le lieu du ramassage et parvenons rapidement à nos fins. Enfin surtout moi, étant donné que je suis le seul de la maison à en manger, ma récolte ne sera pas très conséquente. Je patiente donc en attendant que les autres finissent leur récolte. Je lorgne déjà sur la petite cascade et le cours d’eau à l’entrée du village. Je n’attends que le moment opportun pour m’y rendre. La raison est simple, une association d’idées ! En passant sur le pont lors du trajet aller, j’y ai remarqué le débit particulièrement important. Ajouter à cela, la position géographique et la date, je suppose que certains oiseaux pourraient s’y trouver. Et plus particulièrement une espèce que j’affectionne particulièrement qui pratique une migration altitudinale et descend donc de ses montagnes lorsque l’hiver se montre un peu trop pressant. Si je résume l’équation : cours d’eau agité + automne arrivant + situation géographique propice = présence potentielle de… roulements de tambour… Cincle plongeur ! Mais pour l’instant ce sont les toits des maisons du village qui m’offrent quelques observations. Rien de transcendant ! Pas d’observation exceptionnelle, que des espèces courantes… mais qui sait, peut-être que dans quelques années ces mêmes espèces ne seront plus si courantes que ça… alors profitons tant qu’il y a encore des oiseaux.

La récolte de tout le monde étant terminée, nous nous dirigeons maintenant vers ce fameux pont ! Le détour était déjà prévu, mais il est rapidement devenu inévitable tant l’envie de voir si mes suppositions se vérifiaient grandit !  J’arrive sur le pont, le cours d’eau est en folie. Le coin est bel et bien adéquat pour l’espèce que je recherche. Je franchis le pont et descends sur la rive. Je balaie des jumelles les pierres qui dépassent de l’eau et qui pourraient servir de perchoir à ma cible potentielle… mais rien de probant pour l’instant. En un mouvement rapide de tête, je crois voir une forme passée. Mais impossible de mettre l’oeil dessus… Ai-je rêvé ? Je ne sais pas. En tout cas, voilà qui entretient l’espoir.

Je me rapproche de la cascade et m’assoie, espérant me fondre dans le décor, passer inaperçu, me faire accepter dans ce milieu qui n’est pas le mien. Je suis dissimulé derrière quelques branches mais le résultat est le même… rien. Le temps passe et rien…

Le temps est toujours aussi humide. Se mêlent les gouttes de la rivière qui s’écoule frénétiquement sous mes yeux et celles de la pluie qui s’échoue délicatement en fine bruine sur le cours d’eau rapide et peu profond. Ce ne sont pas quelques gouttes de plus qui vont effrayer le cincle, si cincle il y a ! En effet, cet oiseau est extraordinaire ! Il peut marcher sous l’eau ! Mais l’endroit a beau être propice, pas l’ombre d’une plume du Cinclidae !

Cette famille se compose de cinq espèces. Le Cincle à gorge rousse se rencontre dans le sud de l’Amérique du Sud. Le Cincle à tête blanche réside dans le nord de l’Amérique du Sud. Le Cincle d’Amérique vit du Panama à L’Alaska. Le Cincle de Pallas, lui, habite en Asie. Le cinquième et dernier membre est celui qui m’intéresse aujourd’hui : Le Cincle plongeur ! On peut le croiser en Europe mais également en Asie et dans le nord de l’Afrique, mais pour l’instant… rien de rien…

Décision est prise de revenir sur mes pas. Il ne doit rien y avoir. Si un quelconque cincle vivait dans le coin je l’aurai probablement déjà vu… ou revu, si c’était bien un cincle que j’ai cru voir passer. J’enjambe les racines, fais attention où je mets les pieds. Le sol est glissant et les galets fourbes ! Et quand on regarde en bas, ce sont les branches qui nous jouent de vilains tours. Rester vigilant ! Un espace se libère à travers la végétation, je suis au bord du torrent le temps de quelques mètres. Je n’avais pas rêvé, un Cincle plongeur vient se poser sur l’autre rive et repart presque aussitôt ! Gros comme un merle, il ne passe pas inaperçu avec sa belle poitrine blanche.

DSC06559Cincle plongeur

Il part dans la direction que je viens de quitter ! Près de la cascade, là où l’eau est la plus vive. Je refais demi-tour, espérant bénéficier d’un instant privilégié avec lui… je ne sais pas, peut-être une petite pause sur un rocher en évidence. C’est beau de rêver ! Je reprends ma place, et le temps passe… mon père vient me rejoindre. Je lui explique mais rien ne vient… le cincle ne se montre pas particulièrement coopératif aujourd’hui…

Un peu rondouillard, un physique un peu atypique, une belle poitrine blanche et des capacités physiques exceptionnelles… le Cincle plongeur peut marcher sous l’eau ! La puissance de la masse d’eau le maintenant au fond, il cherche une éventuelle proie, souvent à contre courant, la tête baissée en agrippant les pierres et les graviers. Mais le plus fantastique, et ce qui lui permet le mieux de se déplacer sous l’eau, est l’incroyable faculté qu’il a à marcher les ailes à demi-ouvertes.

Nous revenons en arrière, vers le pont. Il est l’heure de manger. Je tenterai peut-être une rapide exploration sur la digestion, mais je l’ai vu et j’ai déjà une photo. En sachant que je n’étais pas du tout venu pour ça, c’est déjà très satisfaisant. Comme quoi le hasard fait parfois bien les choses.

Ventre bien rempli et pour me donner bonne conscience, je m’en vais jeter un coup d’oeil vers le pont… de l’autre coté… dans le sens inverse de mes précédentes tentatives d’exploration. Je n’ai pas beaucoup de temps, nous allons quitter les lieux prochainement, mais je ne veux pas partir sans avoir mis toutes les chances de mon coté. Je me doute que je ne verrais rien, de coté la rivière s’est séparée en deux bras. Le premier est assez important et court au loin. Le deuxième n’est qu’un petit ruisseau d’eau comparé à la masse d’eau présente au niveau de la cascade. C’est ce deuxième bras que je vais voir… à peine ai-je passer la tête au dessus du parapet que je le vois ! Le cincle est là, en bas, il m’attend presque !

Un chemin descend du pont à cet endroit précis, entre les deux bras de rivières. Je descends doucement, mais connaissant l’animal, je me doute que mes efforts vont rapidement s’avérer vain. En réalité, c’est le contraire qui se passe. Je m’approche et au lieu de partir, le cincle reste dans les environs, se cache quelques instants sur l’autre rive, dans la végétation, puis plonge et ressort plus loin. Scène incroyable, il patauge devant moi, glisse la tête sous l’eau et la ressort un poisson au bec ! Il secoue ensuite la tête de gauche à droite puis l’avale. Il improvise ce que j’apparenterai à un bain, puis ressort du ruisseau et se secoue les plumes… on m’attend, je rebrousse chemin…

Observation improbable, imprévue et incroyable ! J’étais venu ramasser des châtaignes, je repars avec des châtaignes certes, mais également quelques photos d’un oiseau unique et une observation que je ne suis pas prêt d’oublier !

 

 

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