La meilleure de toutes

14 avril 2018 : Un mois à peine après ce qui se révéla être la pire sortie en mer de ma courte existence d’ornithologue pélagique (Toujours écouter sa mer), je repars à l’assaut des éléments. Est-ce une bonne idée ? Je ne sais pas. Cela fait plusieurs jours qu’il pleut. La météo annonce une accalmie et la sortie est maintenue. Je fais confiance à la fois au bulletin météo et aux organisateurs, mais garde en tête la sortie difficile du mois de mars, source de tant d’appréhensions. Il faut dire que je n’ai pas le pied marin, et dans le cas extrême, ne sais pas nager… mais quand il est question d’oiseaux, je suis toujours partant. Peut-être qu’un jour ça me perdra.

Toujours est-il que je roule sous les gouttes en direction du Grau-du-roi. Sur place, un groupe attend déjà l’arrivée du bateau. On nous rassure tout de suite, la pluie ne devrait pas durer… nous embarquons et le bateau glisse sur les flots. Force est de constater que ce petit monde a raison ! A peine passons-nous la sortie du port que la pluie cesse. Une appréhension en moins dans la tête et une de plus qui s’évanouit. On est bien. Le bateau ne subit pas de perturbations particulières. Nous sommes bien loin des conditions rencontrées le mois dernier. Il ne manque maintenant plus que les oiseaux !

L’eau ne tombe plus du ciel, mais l’atmosphère reste au gris. La mer, le ciel, les oiseaux… tout est gris ! Oui, les oiseaux sont gris ! Car les premiers ont fait leur apparition. Il ne faut que quelques minutes de mer et de poissons lancés par dessus bord pour qu’une armée de Goélands leucophées se lancent à la poursuite du bateau. Le petit groupe grossit à mesure que le bateau se jette vers le large. C’est proportionnel ! Moins nous voyons notre point de départ, plus nous voyons d’oiseaux… et à dire vrai, nous sommes tellement occupés à observer les oiseaux et à en chercher un éventuel peu commun, que nous pourrions passer à coté d’un building sans le voir. Nous ne voyons que ce que nous voulons bien voir.

DSC_3835Goéland leucophée

Le groupe s’étoffe. Les plus coopératifs sont, comme bien souvent, les jeunes leucophées. On ne va pas faire les difficiles, les dégradés et nuances de gris qui ornent leurs ailes sont de toute beauté.

Le groupe s’étoffe non seulement de nouveaux individus mais également de nouvelles espèces:

  • Une Mouette mélanocéphale s’incruste dans le groupe et chippe quelques poissons.
  • Un Fou de Bassan, fuselé et élégant, nous gratifie de quelques plongeons, fend l’air et pêche un poisson déjà mort.
  • Un pirate, comme j’aime à appeler cette famille d’oiseaux qui ne pêche pas et se contente de voler les prises des autres oiseaux, se rajoute au groupe mais ne fait qu’un passage éclair. Eclair certes, mais très largement remarqué ! Ce n’est pas à chaque sortie que nous pouvons nous targuer de voir un labbe ! Aujourd’hui, c’est un Labbe parasite qui nous fait l’honneur de sa présence !

DSC_3849Goéland leucophée

DSC_3884Goéland leucophée

La petite liste des oiseaux rencontrés arrivent déjà dans la moyenne des sorties… alors que nous sommes partis depuis quelques minutes à peine… ça s’annonce plutôt bien ! Enfin, on ne peut pas savoir à l’avance ce qu’il va se passer. Peut-être la pluie va-t-elle revenir, peut-être avons-nous déjà vu tous les oiseaux de la sortie… ou peut-être cela présage une sortie mémorable, peut-être allons-nous voir des espèces inhabituelles. Cette dernière idée me remplit d’espoir.

Il y a encore quelques espèces que je n’ai jamais croisées, Goéland d’Audouin en tête. Un laridé qui se rencontre essentiellement dans le delta de l’Ebre en Espagne, mais tous les ans, à cette période, quelques individus sont observés sur notre littoral… alors croisons les doigts et gardons les yeux ouverts. Il me manque un puffin également : le Puffin de Scopoli. Moins commun dans cette partie de la méditerranée que les Puffins yelkouan et des Baléares, mais présent tout de même. Je n’ai jamais eu l’occasion de voir des océanites non plus, mais il faudrait être beaucoup plus chanceux pour les voir puisque résidentes de l’Océan Atlantique. Il arrive toutefois que quelques individus se retrouvent malencontreusement sur la Grande Bleue.

L’ambiance à bord est bonne, chacun raconte ses dernières observations. Certains viennent de loin et profitent de quelques jours de repos pour traverser la France. Le haut-parleur coupe court à toute conversation. Un Plongeon arctique est annoncé ! Il file à toute allure à babord ! Une grande première pour moi ! Tout le monde se rue sur le coté gauche du bateau. L’oiseau a été repéré de loin et frôle la surface de l’eau à grands battements d’ailes. En quelques secondes il disparaît. Il fallait se tenir prêt. Pas le temps de faire des réglages, il n’en ressort qu’une photo souvenir… on fera mieux la prochaine fois.

DSC_3889Plongeon arctique

Cette nouvelle sortie commence sous les meilleures auspices. Quelques observations sympathiques auxquelles s’ajoutent un Labbe parasite et un Plongeon arctique ! On a déjà vu pire ! Bien pire ! Et dire que ça ne fait que commencer !

Goéland brun et Mouette pygmée font à leur tour une apparition remarquée. Deux espèces déjà plus communes mais qui font toujours plaisir. Et puis voilà qu’arrive un puffin. C’est un Puffin yelkouan. Il semble danser avec les vagues, il les caresse du bout des ailes. J’adore ces oiseaux pélagiques, ils ont vraiment une façon particulière d’évoluer. Ce sont un peu nos albatros de Méditerranée, en plus petit bien sûr mais avec la même aisance face aux éléments. Ils font d’ailleurs partie du même ordre taxonomique : les procellariformes.

Bien souvent, lorsqu’un puffin est annoncé, il devient la star, mais surtout ça annonce l’arrivée rapide et soudaine d’autres individus. Aujourd’hui ne déroge pas à la règle, et une dizaine d’individus se fondent dans le groupe de goélands attendant avec attention leur pitance.

DSC_3931Puffin yelkouan

La folie causée par l’arrivée des puffins s’essouffle peu à peu. Le calme revient doucement. Moment choisi par une Mouette tridactyle pour se montrer. Nous ne serons décidément jamais tranquilles ! Mais nous n’allons pas nous en plaindre, nous somme venus pour ça !

Les Mouettes tridactyles sont pélagiques et ne reviennent au sol que pour la reproduction. Une reproduction qui s’effectue généralement sur des falaises verticales, même si quelques colonies affectionnent les bâtiments surplombant la mer, du nord de l’Hémisphère nord : de l’Islande à l’Alaska, en passant par la Russie, la Norvège ou encore la France.

DSC_3946Mouette tridactyle

La folie reprend ses droits, un Puffin des Baléares est annoncé mais disparait aussitôt. Fausse alerte.

L’alerte suivante s’enchaîne ! Puffin de Scopoli ! Celui qu’il me manquait ! Je m’empresse de visser mes jumelles sur mes yeux. A défaut de photos, j’aurai au moins eu le plaisir de le voir. Il est bien plus gros que le yelkouan, et pour le coup, lui fait beaucoup plus penser à un mini-albatros.

Je ne peux m’empêcher de prendre l’appareil photo pour tenter de l’immortaliser. Je sais que la photo ne rendra pas forcément bien vu la distance qui nous sépare. Et puis, voilà que l’oiseau se rapproche ! Encore et encore ! A tel point qu’il vient se joindre à la joyeuse bande qui poursuit inlassablement le bateau ! Comme pour le yelkouan, il est rattrapé par d’autres individus ! Fabuleux ! Je n’en attendais pas tant !

94465961Puffin de Scopoli

Ce genre de sortie passe à une allure effrenée. Pas le temps de s’ennuyer. Les observations se sont succédées tout du long, ne laissant aucun moment de répit. Tant mieux ! Voilà qui contraste diamétralement avec la sortie du mois dernier. Ou comment passer de la pire sortie à peut-être la meilleure ! Les sorties se suivent et ne se ressemblent pas. Tant mieux !

Le haut-parleur s’égosille encore une fois ! La dernière probablement ! Un Labbe parasite est à nouveau annoncé ! Celui-ci nous gratifie d’un spectacle hors du commun. Il longe le bateau à faible distance sur toute sa longueur, puis tourne devant et le relonge dans l’autre sens !

DSC_4109Labbe parasite

Je suis clairement en mesure de dire après cette dernière observation, qu’il s’agit de ma meilleure sortie en mer ! Incroyable ! Des observations extraordinaires et deux nouvelles espèces pour moi ! Voila qui n’arrive pas souvent ! Et alors que le bateau rentre au port sous une lumière grise qui ne nous a pas quitté de la journée, je prends déjà rendez-vous pour la sortie du mois de mai ! Elle ne sera forcément pas de cette qualité ! Deux d’affilée, ça relève de l’impossible, mais qui sait ! Les Goélands d’Audouin ne sont pas très loin.

Publicités

6 réflexions sur “La meilleure de toutes

  1. Super sortie effectivement, et un beau récit qui nous fait ressentir l’attente et l’excitation.
    Beaucoup d’espèces que je n’ai encore jamais vues, par contre le goéland d’Audouin est tres facile à observer sur les ports et me me les plages de la province de castellon en Espagne où j’ai la chance de pouvoir me rendre assez souvent.

    Aimé par 1 personne

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s