Yushan N.P., acte II

1er décembre 2018 : C’est ici que je commence le dernier mois d’une année qui aura été riche en voyage et en oiseaux ! Quelques jours en Angleterre, puis vacances au Québec avec ma soeur et finalement ce voyage dépaysant à Taïwan, on a vu pire… bien pire !

J’effectue les derniers kilomètres qui me séparent du Parc National de Yushan. Un parc qui, malgré la météo peu clémente, m’a conquis il y a quelques jours de cela ! Sans savoir ce que l’entrée Sud-Est me réserve, un sourire se dessine déjà sur mes lèvres. Le soleil est là ! Meilleure nouvelle du séjour ou presque !

Arrive le moment où la route s’arrête. Pas d’intersection, la route s’achève. Quelques panneaux sont là pour indiquer que nous sommes bien dans le Parc National ainsi que pour nous mettre en garde contre les serpents, les abeilles et les ours. A proximité de ces panneaux s’élance vers l’inconnu un sentier. Au début, il est assez large. Si large que des véhicules pourraient, et le font certainement, s’y aventurer. Mais au bout de quelques centaines de mètres, il s’affine ne laissant l’exploration possible qu’armé de chaussures de randonnées.

Le fait de retrouver ce parc me mettait déjà en joie. Le soleil y a rajouté une couche.  Le Parc National a fait le reste. Cette partie est totalement différente de celle que j’avais visité mais garde le point commun qu’il est nécessaire d’avoir un permis pour pénétrer dans ses profondeurs. N’ayant pas ce permis, mon avancée ne se limitera qu’à cinq kilomètres environ. La même chose en sens inverse. De toute façon, je n’ai pas prévu de passer ma journée ici, j’aurai un peu de route encore à faire après. Il faut que je gagne la banlieue de Taïpei d’ici ce soir, devant rendre la voiture de location demain en milieu de journée.

Pour être différente, cette section est vraiment différente. Je ne suis pas dans de la haute montagne cette fois-ci. Le sentier traverse des forêts de moyenne altitude et se découvre, à chaque ouverture de végétation, une superbe vue. Des fougère arborescentes cohabitent avec des bambous. Chaque recoin de montagne est saupoudré d’une couche verte. Mis à part le sentier, aucune roche n’est visible.

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La forêt est dense, la végétation luxuriante. De temps à autre, s’échappent d’on ne sait où, des cris, des grognements non identifiés. Peu probable toutefois qu’il s’agisse d’ours, j’opte plutôt pour des singes. Les Macaques de Formose sont omniprésents sur l’île, pour peu que le site ne soit pas trop fréquenté. C’est d’ailleurs un point que j’apprécie fortement. Les singes ne sont pas habitués au tourisme, et restent, pour le peu que j’ai vu, sauvages. Ils se tiennent à distance, la plupart du temps dans les arbres et lorsque la menace est trop proche, n’hésitent pas à disparaître. On est bien loin des macaques résidant dans les temples balinais ou népalais qui viennent réclamer de la nourriture et peuvent devenir agressifs. Autre point intéressant, ces singes sont sauvages et les taïwanais tiennent à maintenir cette distance en semant des panneaux ornés de slogan du genre « Keep wildlife wild ».

Rapidement, un pont se dresse devant moi. Toujours plaisant de découvrir une nouvelle facette d’un parc. Une fois sur le pont, la vue est dégagée et de l’autre coté tombe une cascade rajoutant encore un peu plus d’humidité à l’humidité ambiante déjà saturée.

Des chants d’oiseaux m’accueillent de l’autre coté. Comme il est de coutume ici, c’est un flot mixte d’espèces qui se manifestent pour mon plus grand plaisir : Mésange de Taïwan, cette fameuse mésange jaune, Minivet mandarin et sa robe orange vif, Zostérops du Japon, devenus classiques, Yuhina de Taïwan et sa petite huppe…

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dsc07739 copieMinivet mandarin

Même sans oiseaux, le site et la rando sont superbes. Les montagnes se dessinent à perte de vue sur le ciel bleu. On devine au loin, la chaîne prendre rapidement de la hauteur. Le sentier que j’arpente n’est autre que la première section d’un sentier beaucoup plus long, agrémenté de divers refuges et dont la réalisation doit être incroyable de paysages, de diversité, d’oiseaux et de sensations… oui, j’ai craqué pour ce parc qui m’était inconnu jusqu’à ce que j’y pose les pieds.

Le vide grignote la montagne à certains endroits et le chemin devient étroit. Etroit et bas, il s’aventure sous la végétation qui décrit une arche au dessus de ma tête et laisse tomber des goutes d’eau glacées. Un peu plus loin, c’est à travers la roche même que le sentier suit son cours.

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Encore un peu plus loin, le chemin retrouve son calme et son fil « normal ». Au dessus de ma tête Martinets de Sibérie et Hirondelles de Bonaparte décrivent des formes non-identifiées aux angles arrondis. De temps à autre, un Arrenga de Taïwan d’un bleu sombre se sépare du chemin sur lequel il passait pourtant inaperçu, pour rejoindre en sautillant la végétation voisine. Quelques petits bonds plus tard, le voilà hors de portée de tout appareil photo. Tout juste visible à l’oeil nu, il prend rapidement de la hauteur et quelques petits bonds lui permettent de disparaître définitivement dans la pénombre de la forêt humide.

Des araignées aux formes et couleurs incroyables défient les lois de la gravité en réalisant des chefs d’oeuvre de toiles. Une photo se passe quelquefois de commentaires.

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Le chemin prenant de l’altitude, les distances paraissent plus longues. Un panneau m’indique que je m’approche tout de même de mon point de demi-tour. Je profite à fond de ce moment. Je n’ai pas croisé beaucoup de monde. J’ai vu quelques oiseaux et un groupe de singes, c’est déjà pas mal. Mes pensées divaguent et je commence à me poser des questions quant à la suite de mon périple. Certes, je dois rendre la voiture demain, mais mon voyage ne sera pas terminé pour autant et les conditions météorologiques ne me confortent pas forcément dans le choix que j’ai fait. J’aviserai en tout voulu !

C’est lorsque j’arrive à cette conclusion, que se produit quelque chose d’extraordinaire. Me double sur ma droite, dans un bruissement de feuilles, puis se pose un oiseau incroyable que je n’aurai jamais imaginé apercevoir dans ces conditions. Je n’en crois pas mes yeux et lui, me fixe de ces yeux ronds et jaunes. Regards croisés et quelques secondes suffisent à cette Chevêchette à collier et elle s’envole vers l’arbre suivant. Dans ma surprise, j’ai tout de même eu la présence d’esprit et la vivacité d’immortaliser l’instant. Assurément, quelques unes des meilleures secondes de mon séjour asiatique.

L’arbre suivant est lui aussi le long du sentier, et j’aperçois de loin la petite chouette. Le temps de me rapprocher un peu, elle a déjà pris la poudre d’escampette dans les sous-bois, ne laissant qu’une branche vide et un souvenir impérissable !

dsc07758Chevêchette à collier

Je touche le panneau et je fais demi-tour ! J’ai atteint le point à ne pas dépasser, je respecte les règles et rebrousse chemin. L’heure a déjà bien avancé, il faut que je pense à repartir… mais pour l’instant mes pensées sont toujours occupées par cette dernière chouette rencontre ! Il ne pourrait en être autrement et mon sourire frôle mes oreilles à chaque fois que je regarde l’écran de mon appareil. Non, je n’ai pas rêvé ! Incroyable ! L’espèce n’est pourtant pas rare, mais les rencontres avec des oiseaux nocturnes ou assimilés ont toujours ce pouvoir magique ! On ne s’en lasse jamais.

Un Arrenga de Taïwan semble me donner une nouvelle chance photographique. C’est en tout cas, comme cela que je le perçois. Je ne l’ai pas encore sur ma carte SD comme tant d’autres, mais si il se montre ainsi, c’est peut-être qu’il y a une raison… alors pourquoi pas celle qui amène une image ? Ce n’est pas le cas, comme les autres fois, l’oiseau disparaît dans une obscurité encore plus sombre que ce qu’il ne l’est. Pas de rochers cette fois, pas de petits bonds, pas d’escalade, il a choisi la voie directe, la plus simple, celle des airs. En quelques battements d’ailes le voici au sommet de son arbre.

Je ne baisse pas les bras et lève la tête, à la recherche d’un angle adéquat, d’un point de vue opportun, d’une nouvelle photo… et puis je ne sais ce qu’il se passe. Des feuilles bougent ! Des oiseaux se mélangent ! Je perds tout ce petit monde et retrouve ma cible… à moins que… non… ce n’est pas lui mais c’est encore mieux ! Le barbu de Formose, mon numéro 1000 ! Vu plusieurs fois mais jamais photographié convenablement. Il se trouve en hauteur, dans l’ombre de la canopée. Encore une fois, la photo ne sera pas exploitable. Ce n’est pas bien grave. Mes anciens problèmes d’appareil photo m’ont réappris à relativiser et reconsidérer l’importance de l’observation. Je le vois, c’est le principal !

Le principal pour moi ! L’oiseau en juge autrement ! Alors qu’il m’exposait son dos, il se retourne puis pour une raison inexpliquée descend de quelques centimètres sur sa branche. Quelques centimètres salutaires puisque révélateurs de toute la palette de couleurs du barbu ! L’oiseau a sa tête au soleil, mes pieds ne touchent plus terre !

dsc07782Barbu de Formose

Je ne pouvais décidément pas espérer mieux ! Du soleil ! Une chouette ! Un barbu ! Superbe matinée ! Je lève les yeux une dernière fois en direction de la canopée avant de quitter le parc ! Yushan N.P. fait partie des rares endroits qui en le quittant me donne l’envie d’y revenir ! Pas d’une idée en l’air, mais d’une conviction réelle ! Un de ces lieux uniques et magnifiques, dans lequel on se sent bien ! Et puis, de n’avoir, à deux reprises, que toucher du bout des doigts tout le potentiel du parc, suscite irrémédiablement l’envie d’en découvrir un peu plus. La météo affreuse que j’ai du affronter lors de ma première visite et qui m’a privé de l’observation du Mont Jade rajoute encore une pincée de curiosité à cette envie !

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Je retrouve la voiture et la voie du nord ! Cette journée était la dernière de réelle exploration à Taïwan, ou plutôt de sa nature… enfin si je suis le programme que je me suis fixé, et rien n’est moins sûr…

 

10 réflexions sur “Yushan N.P., acte II

  1. le barbu, la p’tite chevêche et l’araignée….wahhhh j’adore! quelles rencontres!!!
    De temps à autre, un Arrenga de Taïwan d’un bleu sombre se sépare du chemin sur laquelle il passait pourtant inaperçue
    C’est lorsque j’arrive à cette conclusion, que ce produit quelque chose d’extraordinaire
    L’arbre suivant et lui aussi le long du sentier
    La météo affreuse que j’ai du affronter lors de ma première visite et qui m’a privée de l’observation du Mont Jade

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