Deux heures

12 mars : Deux heures ! Deux heures de route, voilà ce qui me séparait de l’observation du jour. Deux heures, c’est long et c’est court à la fois, tout dépend du contexte. Pour la plupart des gens, deux heures de route pour aller voir un oiseau c’est beaucoup… et d’ailleurs ils n’y voient pas un grand intérêt. Parfois je suis tenté de penser comme eux. C’est vrai que deux heures, c’est beaucoup. Deux heures, ça peut aussi ne pas être grand chose si on arrive à ses fins. D’autres font parfois bien plus pour un concert ou une expo, pourquoi un oiseau n’aurait pas droit à cette faveur ?  Habituellement, je me fixe une limite d’une heure de route… pour passer outre cette limite, il fallait donc que l’espèce en vaille la peine.

Et en effet, elle en valait la peine. Je ne me serai pas déplacé pour une espèce commune ou si j’avais peu de chance de la voir… même si le risque était quand même bien présent que l’oiseau ne le soit plus. Hasard du calendrier et des migrations aléatoires, un autre oiseau rare se trouve également à deux heures de route mais à l’opposé de mon objectif. Un Bruant à calotte blanche, un nicheur des monts Oural à la Sibérie orientale, un passereau loin d’être commun dans le sud de la France mais d’après les commentaires de ceux qui sont allés le voir, difficile à observer… le plus souvent loin, au sol, et sans longue-vue la mission est presque impossible. Je n’ai pas de longue-vue… et pas vraiment l’envie de rouler deux heures pour voir un point marron fade posé sur de la terre de la même couleur.

Je porte donc assez rapidement mon dévolu sur la deuxième espèce et me rends au pays du nougat. L’oiseau est un Cormoran pygmée ! Un volatile bien plus gros que le bruant mais plus petit que le Grand cormoran que nous pouvons observer facilement un peu partout. Une cinquantaine de centimètres de plumes, c’est bien plus facile à trouver que le bruant… alors je m’élance. Le site est une base de loisir, avec un étang et une rivière bordée d’une ripisylve dont les branches laissent leurs doigts apprécier la température de l’eau. L’endroit est idéal pour ce type d’oiseaux. Le Cormoran pygmée affectionne particulièrement ces zones humides où il peut trouver tout ce qu’il a besoin pour survivre.

A mon arrivée, je vois des groupes de cormorans à la cime des arbres, mais pas la moindre trace de celui qui me vaut ce déplacement. Un Pic-vert s’échappe une fois de plus devant mois. Maudite malédiction ! Rougegorge, fauvettes, mésanges sont le cortège de passereaux qui habitent les lieux. Quelques merles sont là également et sur l’eau, se sont des cygnes et des colverts qui se distinguent essentiellement… mais peu de temps avant que je décide de repartir, un peu frustré, l’oiseau daigne se montrer. Il est là, perché sur une branche à quelques centimètres au dessus de l’eau. Je scrute les alentours et aperçois une percée dans la végétation qui me permet de m’approcher du cours d’eau. Ainsi, je me retrouve en face de lui, nous sommes séparés par un bras de rivière et quelques branches. Je garde mes distances, me pose et l’immortalise. Mission accomplie !

DSC04979Cormoran pygmée

Si le Cormoran pygmée est à ce jour très rare en France, il pourrait en être autrement dans les années à venir. Les zones de répartition des différentes espèces évoluent au grès de facteurs multiples tels que le changement climatique, ou encore des protections mises en place. Alors qu’on observe un dangereux déclin des populations de passereaux, paradoxalement, d’autres espèces voient leur effectif augmenté. Citons par exemple la Cigogne blanche dont il ne subsistait que 9 couples en Alsace en 1974… aujourd’hui, on en compte 2200 ! Le Tadorne de Belon flirtait avec la barre de la centaine et atteint désormais un effectif de 6000 individus, depuis qu’il est protégé intégralement. Le très inspirant « Ré-ensauvageons la France » de Gilbert Cochet et Stéphane Durand, nous confirme que tout n’est pas perdu et que si nous prenons les bonnes décisions, la vie reviendra d’elle même… peut-être plus rapidement que ce que nous le pensons. Il y est par ailleurs souligné que « le Cormoran pygmée, maintenant protégé, devrait finir par s’installer dans nos zones humides comme il l’a fait en Autriche et en Italie ».

Alors, à nous de jouer !

 

 

Publicités

3 réflexions sur “Deux heures

  1. ouiii! oui à nous de jouer, à chacun de jouer, je suis bien d’accord avec toi, jérôme!
    ce cormoran est magnifique et suis contente de le connaître grâce à toi et à tes deux heures de route….merciiiii 😉
    de mon côté, je fais une petite heure de route pour voir mes chères grues 🙂 ….et souvent bien plus d’une heure car, tout comme le petit chaperon rouge, je musarde en chemin et m’arrête pour un champ de fleurs ou telle ou telle autre bestiole…lol!

    pressé étais-tu de rédiger? des mots ont été bouffés dirait-on….
    bordée d’une ripisylve don les branches laissent leurs doigts apprécier la température
    Le Cormoran pygmée affectionne particulièrement ces zones humides où il peut trouver tout ce qu’il besoin pour survivre.
    un effectif de 6000 individus, depuis qu’il protégé intégralement
    peut-être plus rapidement que ce que nous le pensons (que nous ne le pensons?)

    Aimé par 1 personne

  2. il manque un « EST » après « 6000 individus, depuis qu’il EST protégé »
    Concernant la protection des oiseaux et des espèces sauvages de manière générale, depuis quelques temps, j’ai une grosse interrogation. Dans ma région, des espèces dites « invasives », comme la bernache du Canada sont massacrées car elles entrent en concurrence avec d’autres espèces locales en déclin. Compte tenu des changements climatiques, et des déplacements de certaines populations d’animaux, je me demande si cette mesure est pertinente? Quelles sont les mesures de protection les plus efficaces?

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s