Le calme après la tempête

5 mars 2017 : Cela fait quelques jours que j’y pense. Je ne sais pas vraiment d’où cette envie est partie. Peut-être du fait que je voyais cette grande étendue sableuse depuis le bateau de la dernière sortie en mer… je ne sais pas… toujours est-il qu’une envie irrépressible me pousse à aller à la plage. La plage ! Moi ! Voila de quoi surprendre pour qui me connait un peu. Un lieu que je déserte dès que je le peux, même en y habitant à une dizaine de minutes. Je n’aime pas la plage… ou peut-être est-ce l’idée que je m’en fais que je n’aime pas : un lieu bondé de touristes et d’enfants qui crient et qui courent dans tous les sens, avec du sable qui vole et se réfugie dans les recoins les plus secrets de notre anatomie, et que dire de la difficulté à trouver une place pour se garer… oui mais ça, c’est pour l’été ! Et nous sommes au mois de mars, après quelques jours de neige et de tempête ! Je me motive, rassemble mes affaires et prends la route.

Arrivé sur place, je constate qu’il faudra que je trouve un autre sujet que le parking pour me plaindre… il est désert. Tout juste une voiture ou deux, mais rien de bien gênant. Je poursuis mon avancée à pied et au bout du chemin : la plage ! La mer ! Cette grande étendue sauvage que nul ne peut dompter ! Tout autour de moi : du sable ! A perte de vue, des kilomètres de grains de sable ! J’ôte chaussures et chaussettes ! Le sable glisse entre mes orteils, il est froid mais quel plaisir. Il épouse les formes de ma voute plantaire, amortit mes pas, et me fait oublier mes problèmes de pieds. Quel bonheur ! C’est comme si j’étais connecté à la Terre, que je captais son énergie… et devant moi se dessine un paysage fou ! La tempête a fait monter la mer qui en se rétractant à former des piscines naturelles.

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Je me rapproche d’un des points d’eau. La vie reprend son cours après la tempête et foisonne. Les plus en évidence sont des oiseaux, mais je ne doute pas une seule seconde que des créatures microscopiques, des insectes et autres crustacés pullulent sous la surface, tant celle du sable que celle du plan d’eau. D’ailleurs, si tant de volatiles squattent les environs, c’est bien qu’il profite du lieu et du potentiel festin. Des dizaines de Goélands leucophées profitent de l’aubaine et restent à proximité, s’envolant comme un seul organisme géant à l’approche d’un étranger et se reposant de la même façon quelques secondes plus tard. Le long des rives de ces piscines ou des petits ruisseaux qui en relient certaines à la mer, courent en tout sens de petits oiseaux, de petites boules de plumes qui bougent sans cesse. Ce sont des Bécasseaux sanderling… et au milieu d’eux, un intrus : un Bécasseau variable. Si les sanderling, à cette période de l’année, arborent une belle parure blanche, le Bécasseau variable la complète d’un collier gris tacheté.

DSC04808Bécasseau sanderling

DSC04828Bécasseau variable

Le calme succède à la tempête. Rien ne vient troubler le silence, seul le doux fracas des vagues vient perturber la quiétude du lieu. Les conséquences de la violence météorologique des jours précédents est encore visible. Disséminés un peu partout, du bois flotté jonche le sol, et, plus intrigant, des dizaines d’étoiles de mer également. Je n’avais jamais assisté à tel spectacle. J’avais déjà vu des étoiles mais dans l’eau, par transparence, et bien souvent en nombre très réduit. Une voire deux, peut-être trois… mais là, chaque pas dévoile sa nouvelle étoile… il y en a partout le long du rivage et de toutes tailles.

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Je longe la mer, pieds nus et glacés. Au loin, des oiseaux m’imitent. Trop peureux et farouches, ils ne permettent pas la proximité qu’offrent les bécasseaux, et s’éloignent rapidement. Pourtant rien ne vient en apparence les déranger à moins de plusieurs dizaines de mètres, ils étaient relativement paisibles, mais visiblement il ne suffit parfois de pas grand chose pour modifier le comportement de ces Huîtriers pies. Comme un symbole de la fragilité de la nature, voilà un paramètre que l’Homme devrait prendre en compte. Si un tel espace de liberté provoque déjà un changement d’attitude pour ces limicoles, je n’ose imaginer ou plutôt, je ne le sais que trop bien, ce que provoque les activités anthropiques sur des écosystèmes et des espèces plus sensibles…

Je me rapproche, perdu dans mes pensées, de la digue du port et de la civilisation. Sur ma gauche s’étend toujours la mer et sur ma droite, un plan d’eau de taille assez imposante. Au milieu de ce plan d’eau, paisibles et hors de danger, trois huîtriers. Je les observe à bonne distance, satisfait qu’ils aient trouver le calme auxquels ils aspirent.

DSC04852Huîtriers pies

En m’approchant de la digue, je constate avec bonheur que celle-ci est habitée. Commence alors une partie de cache-cache dont seule la nature a le secret, dans le respect de celle-ci et dont l’objectif est l’observation sans le dérangement. C’est en rajoutant des contraintes que l’on devient plus créatif. J’aperçois un goéland posé au loin, oiseau des plus communs et pas franchement des plus farouches. Je tente une approche discrète, cette espèce me servira à peaufiner ma technique et m’échauffer. Il ne bouge pas et ne présente aucune opposition. La mission est remplie facilement passons au niveau 2.

DSC04857Goéland leucophée

En m’approchant du goél’, je découvre de l’autre coté de la digue, camouflé derrière les rochers un Huîtrier pie. L’écart entre le niveau 1 et le niveau 2, si le limicole se montre aussi peureux que ces congénères, est assez important. C’est une autre paire de manches. Discrètement, je recule et descends pour tenter un contournement. Lorsque la distance me paraît bonne, je décide de remonter sur la digue, j’ai bon espoir qu’il soit toujours là, je ne l’ai pas vu s’envoler. Le seul point que je redoute un peu est d’avoir mal apprécier la distance et de me retrouver face à face avec lui, ce qui engendrerait un envol précipité. J’enjambe un rocher, grimpe doucement sur un autre, essaie de trouver un angle de vue idéal… et là… je trouve l’oiseau. L’huîtrier est toujours là, je l’immortalise et fait le chemin en sens inverse. Objectif accompli, il ne s’est pas envolé.

DSC04854Huîtrier pie

Alors que je repars en arrière, s’envolent un petit groupe de tournepierres que je n’avais pas vu. Je ne sais pas où ils étaient, mais probablement non loin de l’huîtrier… je prends de la hauteur, je suis sur la crête de la digue et observe à l’aide de mes jumelles les rochers au bord de l’eau. S’il y a un oiseau, il y a de fortes chances pour qu’il se trouve en ce lieu. Mes recherches sont récompensées, un retardataire ne s’est pas envolé. Il reste un Tournepierre à collier dans les environs. Je réitère la technique qui a porté ses fruits pour le niveau 2… mais alors que je m’approche doucement, je détecte un autre oiseau, un Bécasseau sanderling. Il va falloir la jouer fine, ne faire peur à aucun des deux et si je peux immortaliser les deux sur le même cliché, on pourra dire que le niveau 3 aura été relevé ! …et il l’a été ! Contre toute attente, je parviens à me rapprocher sans encombre, le zoom de mon bridge fera le reste.

DSC04870Bécasseau sanderling et Tournepierre à collier

En bonus, et en guise de difficulté supplémentaire, je m’engage à remplir le défi qui comporte à faire un portrait de ce même tournepierre. Quelques pas de plus et un zoom plus efficace, et le défi est dors et déjà de l’histoire ancienne.

DSC04877Tournepierre à collier

Je rebrousse chemin, descends de la digue, regagne la plage, traverse toute l’étendue sableuse à la recherche de mon chemin initial. Moi qui n’aimais pas particulièrement la plage, je me vois déjà à prendre rendez-vous avec elle l’année prochaine… il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis !

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6 réflexions sur “Le calme après la tempête

  1. Tous les éco-systèmes sont intéressants. Le problème, c’est l’usage qui en est fait par l’homme, en particulier les jours de beaux temps. Les étoiles de mer sont détachées des fonds marins par les tempêtes et rejetées sur les rives par les fortes vagues. Et il peut y en avoir beaucoup lorsqu’elles se regroupent ponctuellement sur un site. J’ignore si c’est la recherche de nourriture ou la reproduction qui les poussent à se regrouper, mais on peut trouver des dizaines d’étoiles ou d’oursins qui se regroupent sur le même fond marin, pendant quelques jours.

    Aimé par 1 personne

  2. tout pareil que toi, la plage ne me plaît que lorsqu’elle est déserte 😉
    mais grand bien t’a pris d’y faire un saut pour nous offrir de si beaux clichés! et le dernier portrait est tout bonnement magnifique!
    et puis tu as eu un bon massage des pieds en prime 😉

    oui mais c’est ça, c’est pour l’été !
    Si un tel espèce de liberté provoque déjà un changement

    Aimé par 1 personne

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