Toujours écouter sa mer

3 mars 2018 : Je ne pensais pas qu’elle aurait lieu cette sortie. Première raison : parce que je me suis inscrit ! C’est presque automatique ! Souvent après mon inscription, la sortie est annulée ! Cela c’est encore vérifié au mois de février… Deuxième raison : on vient de passer une semaine difficile au niveau météorologique. De la neige ! Beaucoup de neige ! A un point difficilement imaginable à Montpellier… Nous étions pourtant prévenus. Cela faisait une semaine que le bulletin météo nous l’annonçait… mais de la neige à Montpellier… c’est rien, ça ne représente pas grand chose… tout juste quelques flocons, pas vraiment de quoi perturber notre quotidien… et pourtant, la surprise fut énorme ! Plus de trente centimètres sont tombés à certains endroits, ce mercredi-là et la ville est au ralenti… pour couronner le tout, des tempêtes ont eu lieu au large les jours suivants. Comment imaginer une sortie en mer le samedi dans ces conditions là ?

Surprise ! Vendredi midi, la nouvelle tombe ! Sortie confirmée ! Mauvais pré-sentiment, et appréhension ! J’attends jusqu’au dernier moment l’éventuelle annulation… mais rien ne vient ! J’ai confiance, si la sortie est confirmée, c’est que tout va bien se passer ! Alors, j’y vais !

Sur place, le ciel est gris, le vent souffle un peu mais rien qui ne peut annuler la sortie. On nous promet des oiseaux ! Il n’en faut pas plus pour nous convaincre. Oiseaux ! C’est le mot magique ! Deux syllabes qui font des miracles et le bateau quitte le port. Nous déchantons rapidement, le vent de face dessine des courbures sur les flots, des petites vaguelettes que le bateau percute de plein fouet. Chaque ondulation est un soubresaut de trop. Personne ne bouge, tout le monde reste assis et les oiseaux sont absents ou presque… on a bien vu un Grèbe à cou noir au port, et il y a bien quelques Goélands leucophées autour du bateau… mais c’est maigre. Très maigre. Trop maigre pour des ornithos en balade.

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Goéland leucophée

Le ciel se dégage peu à peu, mais le vent demeure. Je m’essaie à quelques photos, mais suivre un oiseau par le prisme de l’objectif relève du calvaire. L’embarcation tangue et les goélands ne sont pas très coopératifs. Au diable les leucophées, j’en ai déjà des cartons de photos ! Je prends la décision de rester dans mon coin. On a déjà vu des sorties plus vivantes tant sur le bateau que dans les airs. Je ne sortirai de mon comas qu’en présence d’espèces exceptionnelles, rares ou du moins inhabituelles.

Peu de temps après, le haut-parleur s’égosille ! Une Mouette mélanocéphale est annoncée, individu rapidement rejoint par un second. Rien de bien fou-fou, cette espèce est assez fréquente mais je me motive quand même. Je ne suis pas venu sur le bateau pour dormir, il faut bien que je rentabilise la sortie… et puis, peut-être me suis-je habitué aux mouvements du bateau ! Je tente ma chance ! Mais non… je ne suis pas habitué… je suis la mouette, fais quelques clichés mais raccroche rapidement l’appareil.

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Mouette mélanocéphale

Il me semble que le roulis se calme parfois, peut-être n’est-ce qu’une impression. Il paraît que le retour sera plus apaisé, que le vent de dos nous poussera vers le port et que nous surferons sur les sentiers de la plénitude… ou presque. On prend son mal en patience. Le plaisir ne fait même pas partie de la sortie et chaque nouvel oiseau fait se combattre des sentiments antagoniques. La joie, la curiosité s’associent à la motivation pour essayer de résister à l’amertume, à la déception… et au mal de mer. Tout est dans la tête paraît-il, sauf que lorsque les conséquences s’affichent par tâches colorées sur la coque, la tête ne répond plus… Je n’en suis pas encore à ce stade, mais d’autres le sont, jouent les artistes et quelques visages changent de couleur.

Comme un sursaut d’espoir, un Goéland brun se joint aux quelques leucophées. La petite troupe suit le bateau, attirée par les poissons jetés par dessus bord. Le brun n’est pas une espèce rare mais reste beaucoup moins fréquent que le leucophée, alors je prends mon courage à une main et mon appareil de l’autre, tente de trouver un semblant d’équilibre, immortalise l’oiseau à défaut de vouloir faire de même de l’instant… et me rassoie, dos à la mer, et rentre ma tête dans mon cou, tel une tortue.

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Goéland brun

Et puis quelques oiseaux font des rapides passages, comme des éclairs de plumes, des oiseaux plus attendus que les autres. Ce sont en quelque sorte les stars de la mer, ceux qui ne s’affichent qu’à ceux qui bravent les éléments pour les voir, ceux pour lesquels on aime à prendre la mer. Un Grand labbe traverse l’étendue salée parallèlement au bateau… au loin… le temps de se retourner, de le repérer, de prendre l’appareil, l’oiseau n’est plus qu’un point. On observe tout de même ce pirate, pillant une victime en vol, un pauvre goéland qui perdra sa pitance sur le champ.

Un Fou de Bassan se joint à la petite troupe, nous gratifie de quelques plongeons dont il a le secret puis s’éloigne… si les photos sont difficiles à prendre, les observations ne sont pas évidentes non plus. Un Puffin yelkouan fait lui aussi une apparition fugace… ils sont pourtant habituellement en nombre et affectionnent les eaux agitées sur lesquelles ils dansent, frôlant la surface des vagues du bout des ailes. C’est toujours un spectacle incroyable… mais pas aujourd’hui… un seul individu se montre et s’en va aussi rapidement que ce qu’il est venu.

L’illumination viendra d’une autre espèce. Au loin, on distingue quelques Mouettes pygmées qui s’agitent. C’est souvent l’occasion de voir des Pingouins torda. Ces deux espèces sont souvent aperçues ensemble, et lorsque l’on voit la première, la seconde est généralement pas loin… du moins en cette saison. Aujourd’hui ne déroge pas à la règle, un petit groupe de pingouins est là, certainement les derniers de l’hiver. Ils ne vont pas tarder à rejoindre leur quartier d’été dans le nord de l’Europe. On tente de profiter, cela bouge moins… les appareils photos sont moins nombreux qu’à l’accoutumée et les places libres plus accessibles. Les alcidés sont loin mais je m’aventure tout de même à quelques images.

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Pingouins torda

Nous entamons notre retour, « enfin » diront certains et on ne peut pas leur en vouloir. L’expédition a été mouvementée et les oiseaux peu nombreux. Néanmoins, les espèces aperçues n’étaient pas pour nous déplaire même si les conditions furent difficiles. C’était par exemple la première fois que je voyais un Grand labbe sous ces latitudes ! Peu d’espèces au final mais la qualité était présente, pas celle des observations par contre… je me perds dans mes pensées lorsque surgit un dernier Fou de Bassan en guise de conclusion. Le jour descend peu à peu à l’horizon et le port se rapproche à la même vitesse, lentement, se laissant désirer. Le fou tourne et décroche, change de trajectoire et s’enfuit… nous ne le reverrons plus.

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Fou de Bassan

Le bateau rentre presque en douceur au port, et même si nous avons vu quelques oiseaux, même si l’ambiance à bord était plutôt bonne, même si on aime toujours les sorties en mer et que je reviendrai certainement, je suis bien content de poser mon pied sur la terre ferme, celle qu’on ne sent pas bouger sous nos pas. Ce fut la sortie la plus éprouvante et la moins bonne auxquelles j’ai participé, je prie pour ne pas en revivre d’autres comme celle-ci. La carte SD peut en témoigner, elle affiche péniblement une trentaine de photos… Cette sortie restera longtemps dans ma mémoire et dans les annales, malheureusement pas pour les bonnes raisons. Je me dis que je suis tout de même « chanceux », je n’ai pas été malade, d’autres ont plus souffert que moi, soulevés par des tsunamis intérieurs. Je m’assoie dans ma voiture, content de constater que le siège ne bouge pas… je démarre et avance, tel un cow-boy solitaire sur sa fidèle monture au soleil couchant, vers de nouvelles aventures.

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9 réflexions sur “Toujours écouter sa mer

  1. Cette sortie me rappelle notre balade en mer en septembre dernier, pour aller voir les îles Skellig en Irlande… Une mer agitée, la nausée qui arrive, et à peine la for ce de sortir l’appareil photo pour immortaliser ce pour quoi on venait d’endurer tout cela. Tes photos sont très belles en tout cas, on ne soupçonnerait pas le côté instable du bateau si tu ne l’avais pas mentionné. J’aime notamment beaucoup la posture du goéland, sur la première photo.

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  2. étonnant que tu sois déçu par cette sortie car je trouve tes photos extrêmement belles! la première, notamment, me laisse béate d’admiration, tant le regard du goéland est ‘parlant’! j’aime bien la petite mouette aussi: elle passe ‘mine de rien’…..et j’adore! de plus la netteté te des clichés est remarquable!
    mais cependant je comprends la frustration et le mal de mer 😉

    antagoniques (heu, je ne connais pas ce mot, tu m’expliques?)
    On observe tout de même ce pirate, pillait une victime en vol (pillant?)

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  3. Peu de photos, mais de très bonne qualité. Et pour une prochaine sortie en mer, contre le mal de mer, du thé au gingembre frais, il paraît que c’est radical. D’ailleurs, des patchs et pastilles contre le mal des transports contiennent du gingembre. Mais effectuer un test du thé au gingembre, peu être utile, pas toujours bien supporté par les estomacs délicats.

    Aimé par 1 personne

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