Une histoire de suivi

27 juin 2018 : Ultime passage. Je viens d’accomplir ma mission, d’atteindre mon objectif. Travail terminé… on se donne rendez-vous l’année prochaine pour un nouvel engagement. C’était le dernier jour d’un suivi qui se révéla bien plus intéressant que les premières sorties l’avaient laissé penser. Peut-être les premières prospections avaient-elles été effectuées un peu trop tôt ou du moins, avant l’arrivée des oiseaux recherchés. Comme chaque année, je me suis proposé pour participer à un suivi de population. C’est ainsi qu’après les Faucons crécerellettes, les Grives draines et musiciennes, et les Busards cendrés, je me consacre à une nouvelle espèce… enfin deux plutôt : les pies-grièches à tête rousse et méridionales !

L’objectif est simple : « Etablir un réseau de placettes échantillons à l’échelle de la région Languedoc-Roussillon qui permettra d’évaluer la tendance démographique des populations des Pies-grièches à tête rousse, grise et méridionale sur le long terme », ça c’est pour la version officielle. En d’autres termes, il s’agit d’observer sur des zones données les oiseaux ciblés par l’étude et de comparer année après année.

DSC06408Pie-grièche à tête rousse

Pour cela, des mailles de 4 km² sont découpées dans des zones où la présence des pie-grièche est ou avérée, ou susceptible du fait du milieu. Ces mailles sont elles mêmes divisées en 16 carrés. L’observation se fait dans un carré sur deux, soit huit carrés prédéfinis de 500m sur 500m et disposés en quinconce. Deux modèles sont possibles : soit on commence par le premier carré et ainsi on passe au troisième, puis au cinquième et ainsi de suite. Soit on commence au deuxième carré, puis on continue de deux en deux, jusqu’au huitième. Le modèle n’est pas choisi au hasard. On choisira celui qui correspond le mieux au profil du terrain, en essayant d’éviter au maximum les parcelles qui semblent les moins propices à la présence des pie-grièches (habitation, autoroute, zone forestière…)

L’observation dans chaque carré s’effectue en 15 minutes par observation visuelle et point d’écoute. Là-aussi, le point d’observation varie selon le carré. Il faut choisir celui qui sera le plus approprié (milieu favorable, couverture visuelle optimale, bonne accessibilité,…) et réalisé la prospection entre une heure et quatre heures après le lever du jour, moment pendant lequel les oiseaux sont les plus actifs.

DSC06414Pie-grièche à tête rousse

En France, si on excepte les oiseaux de passage (Pie-grièche brune, isabelle, masquée…), on compte cinq espèces de pie-grièche : grise, à poitrine rose, écorcheur, méridionale et à tête rousse. Sur ces cinq, trois font l’objet de l’étude en question et deux sur ces trois sont présents sur les parcelles qui m’ont été attribuées : les Pies-grièches méridionale et à tête rousse. La grise, bien qu’elle fasse partie du suivi, est présente bien plus au nord. L’écorcheur est présente dans l’Hérault mais loin de ma zone, et de toute façon ne figure pas dans la démarche. Quant à la poitrine rose, elle est présente en France uniquement dans les départements de l’Aude et de l’Hérault, et en effectif très réduit. Autant dire que sa présence sur le long terme n’est pas du tout assurée et qu’il faut dors et déjà imaginer, à contre-coeur, un printemps sans cet oiseau, surtout quand on voit la vitesse à laquelle ses populations se réduisent, peinant à dépasser un effectif total d’une dizaine de couples…

Chaque espèce a son protocole. Ainsi, pour la Pie-grièche méridio, deux passages seront nécessaires, espacés d’au moins une semaine et réalisés entre mi-mars et mi-mai. Ceux concernant la tête rousse se feront avec un intervalle équivalent mais de début mai à fin juin. Pour ma part, j’ai hérité de deux maillages, ce qui implique un total de huit passages.

DSC06419Pie-grièche à tête rousse

L’étude ne se résume pas seulement à répertorier les observations faites sur les carrés. Seront également à prendre en compte le milieu, la végétation, la météo (couverture nuageuse, ensoleillement, vent,…), l’heure du contact, le nombre d’oiseaux, ainsi que les autres oiseaux rencontrés… de même que si des pie-grièches sont vues entre les points d’observation, elles seront également à prendre en compte. Il conviendra ensuite de placer sur la carte fournie, l’emplacement des différentes observations.

Les pies-grièches ne sont pas les oiseaux les plus difficiles à repérer. La plupart du temps, elles se perchent en évidence, en hauteur et à découvert. Un arbre mort, un buisson, un piquet, une câble électrique… tout est bon pour servir de perchoir. De ce point de vue privilégié, elles peuvent scruter les alentours, à la recherche d’un insecte inconscient. Le plus souvent, on les trouve dans des zones dégagées, des milieux ouverts, depuis lesquels les proies sont facilement repérées et attrapées.

DSC06433Pie-grièche à tête rousse

Mes deux parcelles à étudier n’étaient pas très éloignées l’une de l’autre et figuraient même le long du même massif « montagneux », mais étaient pourtant bien différents. La première était essentiellement composée de massifs de chênes kermès, un milieu dense et très fermé qui ne facilite pas la chasse des pie-grièche. Zone très accidentée, avec des dénivelés relativement importants, ponctuée de terrains très peu favorables tels que carrière, pinèdes ou encore centre équestre… et effectivement, les observations y furent très limitées, en tout cas en ce qui concerne les pies-grièches. Aucune tête rousse sur les 4 passages réalisés, et une méridio (dont je ne retrouve pas les photos) aperçue sur différents passages et toujours au même endroit. Le milieu se révéla par contre très riche en fauvettes pitchou et mélano, et on peut noter également la présence de circa, Milans noirs, Busards cendrés, guêpiers, geais, huppes, roitelets, faisans…

La deuxième parcelle comportait deux zones bien distinctes. La première était, elle aussi, riche en chênes kermès, mais offrait quelques opportunités de chasse par le biais d’espaces plus ouverts. Exactement ce que recherchent les pies-grièches, et au contraire de la première parcelle, j’ai pu y observer une première tête rousse lors de mon troisième passage (le premier consacré à cet oiseau)… et deux autres lors du second… mais pas de méridio. Observations complétées par de nombreuses fauvettes, mais également Faucons crécerelles, Tariers pâtres, et autres Bruants zizi.

La deuxième partie de cette deuxième parcelle était plus arborée. Si la première était composée de végétation rase, celle-ci comporte des arbres beaucoup plus grands et aussi plus espacés… des perchoirs idéaux ! Cette zone fut la plus fructueuse. Une méridio lors du deuxième passage, ainsi que trois têtes rousses. Les deux derniers passages m’offrirent respectivement trois et quatre PGTR.

DSC06426Pie-grièche à tête rousse

Encore une fois, un suivi très intéressant qui m’a permis d’en apprendre un peu plus sur ces oiseaux forts sympathiques et assez élégants. Je ne sais pas encore pour quel suivi je vais opter l’année prochaine, mais je ne serai vraiment pas contre renouveller l’expérience pie-grièche.

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6 réflexions sur “Une histoire de suivi

  1. grâce à tes photos et explications du milieu je suis quasi sûre d’avoir observé un pie grièche à tête rousse au printemps dernier non loin des ragondins que j’ai photographiés 🙂
    crois-tu qu’on la retrouve au même endroit chaque année?

    et réalisé la prospection entre une heure et quatre heures après le lever du jour

    Aimé par 1 personne

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