Deux pour le prix d’un

6 avril 2018 : Il y a des jours comme ça. Des jours où on n’a pas envie… pas envie de se lever ou d’aller travailler, pas envie de sortir ou de voir des gens… ou pas envie de faire ce qu’on doit faire. Aujourd’hui est presque un jour comme ça. Presque… mais vire rapidement à complètement. La raison est simple : une prospection dont on sait pertinemment que le résultat sera nul, le milieu ne se prêtant pas à l’espèce recherchée.

Je retrouve Matthieu, ami naturaliste et compagnon de suivi, et constate qu’il a le même ressenti que moi… la décision est vite prise de changer nos plans. Pas de suivi pie-grièche pour aujourd’hui, mais une sortie à la Maison de la nature, lieu de mes premières observations et que je délaisse depuis bien trop longtemps. Après tout, nous avons encore plusieurs semaines pour réaliser le suivi en question, attendons que la motivation revienne.

Nous arrivons rapidement à destination. La Maison de la nature est un complexe d’étangs entourés de roselières et de ripisylves, et traversés par des sentiers et des passerelles. Des milieux différents s’y côtoient, et donc par définition, des espèces différentes également. C’est en longeant les roselières que s’effectuent notre premier véritable arrêt. Il y en a bien eu quelques uns auparavant, mais il s’agissait d’espèces que nous qualifierons de classiques. Mais cette fois, c’est différent ! Matthieu a détecté une espèce au chant et nous comptons bien l’observer. Après plusieurs minutes de recherches, nous trouvons l’oiseau tant recherché… au loin… en équilibre sur une tige… l’oiseau masqué, une Rémiz penduline, un peu plus grosse qu’un roitelet et avec un masque noir contrastant avec sa tête grise. En l’observant, nous en apercevons deux autres non loin, mais toujours trop loin pour envisager une photo potable.

Nous reprenons notre chemin, satisfaits de cette première observation. Mais une centaine de mètres plus loin, nous nous stoppons à nouveau. La faute à un chant non identifié… malheureusement, ce n’est pas moi qui pourrai aider Matthieu. S’il y a bien quelque chose qu’il faut que je travaille, c’est bien le chant des oiseaux… et quand on sait que la plupart des contacts se font à l’oreille, il faudrait vraiment que je fasse des efforts… Malgré tout, je parviens à détecter l’oiseau, lui aussi est loin dans la roselière… trop loin pour une photo. J’en prends tout de même une pour tenter une identification et zoome au maximum sur l’écran. Le nuage de pixels devient un amas de carrés d’où ressort pourtant un critère décisif… un large sourcil blanc ! C’est une Lusciniole à moustaches, un oiseau dont la répartition est très restreinte en France puisqu’elle ne se limite qu’à la cote méditerranéenne et à la Corse.

En revenant sur nos pas, nous tombons nez à nez avec un petit lac où pataugent quelques palmipèdes. Du cotés des canards, colverts et milouins se partagent le plan d’eau. Ajoutons-y quelques Grèbes castagneux et huppés et deux ou trois Foulques macroules… mais pour nous, le clou du spectacle sera un canard qui n’a rien de spectaculaire et encore moins de rare. En revanche, il a la particularité de ne figurer sur aucune photo correcte tant pour Matthieu que pour moi… alors quand surgit une opportunité de l’immobiliser on ne se fait pas prier. La Sarcelle d’été se montre à découvert et sous son plus beau jour, à distance relativement proche… en tout cas assez proche pour nous permettre de rajouter une espèce à notre collection !

DSC05081Sarcelle d’été

En continuant notre chemin, nous croisons un groupe de Flamants roses qui ne tarde pas à s’envoler… nous croisons également quelques touristes enchantés d’une telle observation. C’est toujours amusant (et dangereux) de voir leur voiture garée en bord de voie rapide et ces mêmes touristes en train de photographier les grands palmipèdes… j’admire leur propension à s’émerveiller sur quelques oiseaux roses atypiques. J’ai tellement l’habitude de les voir que je ne mesure pas la chance que j’ai. Je crois qu’on la mesure une fois qu’on ne l’a plu… et en me perdant dans mes pensées, je me rends compte que j’ai à peu près la même attitude qu’eux lorsque je suis dans un lieu inconnu. Cette idée me réconforte un peu. Je ne suis pas complètement insensible… juste humain.

DSC05090Flamants roses

Nous arrivons en bout de sentier, il faudra bientôt que nous fassions demi-tour. Cette partie du complexe ne forme pas de boucle et nous sommes dans l’obligation de revenir sur nos pas pour poursuivre la sortie. Le sentier est entouré d’étangs. Sur notre droite s’étend un étang bordé de roselières sur quasiment sa totalité. Sur notre gauche, l’étang présent est beaucoup plus grand et se découvre devant nous, sur l’autre rive, Palavas les flots. Devant nous, les deux étangs se rejoignent par un mince couloir. C’est le coin des laridés et celui qui attire notre attention est le Goéland railleur. Toujours élégant avec son bec long, épais et pointu, d’un rouge si foncé qu’il paraît bien souvent noir. Il arbore également, même si ce n’est pas souvent visible, une poitrine d’une teinte légèrement rose orangée. Un oiseau qui m’est toujours agréable de voir mais qui, bien qu’on le nomme goéland, est génétiquement plus proche de certaines mouettes que des autres goélands. En effet, le genre du Goéland railleur est Chroicocephalus comme celui de la Mouette rieuse (Chroicocephalus ridibundus), alors que les autres goélands sont du genre larus (Goéland leucophée : Larus michahellis, Goéland brun : Larus fuscus, Goéland cendré : Larus canus, Goéland argenté : Larus argentatus,…).

DSC05091Goéland railleur

Le ciel a beau être gris, les oiseaux sont bien présents et la sortie est bien plus fructueuse que ce que nous aurions imaginé au départ. Nous ressassons les espèces vues, entendues et celles remarquables par leur rareté ou leur discrétion. Notre manque de motivation initial aura eu du bon et ce n’est que partie remise pour notre suivi.

Nous sommes de retour devant la Maison de la nature, point obligatoire pour qui veut arpenter un nouveau sentier. Nous nous embarquons donc pour une courte virée en direction de la ripisylve. Nous partons alors dans des délires dont nous seuls avons le secret et je lance solennellement « Allez ! Pic vert, Pic épeichette ! … et Chouette hulotte ! ». Il est clair que pour terminer la sortie, ces trois espèces seraient la cerise sur le gâteau. Elles ne sont clairement pas les plus simples à observer dans cette région… et puis notre enthousiasme atteint un degré supplémentaire. « Comment font les gens pour photographier des Pics verts sur des piquets ? Non, mais tu as déjà vu ça toi aussi ? C’est fou… le pire c’est quand l’identification ne correspond pas… »… s’ensuivent un rire empreint d’un sentiment mêlé de mesquinerie et de jalousie ainsi que d’un « Pic-vert ! »…

… et effectivement, sur notre gauche, le fameux oiseau est perché… mimétique et discret… bien plus facilement repérable par son cri que visuellement. Il reste à découvert un petit moment avant de disparaître dans les hauteurs de l’arbre. A travers les branchages, nous le perdons rapidement… mais nous l’entendons toujours, nous savons qu’il est là.

DSC05097Pic vert

Nous laissons l’arbre en question derrière nous et continuons jusqu’à l’observatoire… ce petit arrêt ne donne rien, le plan d’eau est à bonne distance et les quelques oiseaux ne sont que des points à l’horizon… alors nous rebroussons chemin. Nous entendons le cri du Pic vert. Selon toute vraisemblance, l’oiseau est toujours dans le coin. Un autre cri lui répond… il n’est pas tout seul… et si le deuxième oiseau demeure invisible, en revanche nous retrouvons le premier. Il est toujours sur son arbre ! Nous cherchons un point de vue approprié, le meilleur angle mais nous tombons rapidement dans le piège de la contre-plongée. J’en attendais pas tant et peux déclarer officiellement la fin de la malédiction des pics européens.

DSC05103Pic vert

Enchantés par cette dernière observation, nous retournons en arrière… la sortie s’arrête là… jusqu’à ce que nous double un nouvel oiseau… il se pose sur un arbre mort devant nous, en bordure de chemin et en tapote le tronc… je m’écrie alors « Epeichette ! »… incroyable ! Moi qui ne vois pas souvent de pics, mais surtout ne les photographie jamais me retrouve avec deux espèces dans la même sortie… le sort est rompu, la malédiction n’est plus ! Vive les pics et vivent les pics !

DSC05118Pic épeichette

Nos chemins se séparent là. Nous n’avons pas vu de Chouette hulotte, mais sommes peut-être passés à proximité sans nous en apercevoir. Quoiqu’il en soit nous sommes heureux de notre sortie : rémiz, lusciniole, railleurs, pics… Le manque de motivation initial aura finalement eu du bon !

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12 réflexions sur “Deux pour le prix d’un

  1. Super sortie finalement ! Top. Toujours un vrai plaisir de te lire. Désolée pour mon absence et mes commentaires fantômes… Je fais moins (plus du tout) de sortie ornitho et cela me manque. Je devrais programmer une sortie hebdo, un week-end ha! ha! ou un soir après formation. J’entends souvent un pic vert près de chez moi et à trois reprises je l’ai vu de près. Hélas, je ne sors plus avec mon APN… alors maintenant que j’ai une voiture, c’est encore une autre habitude que je dois retrouver : sortir à pieds et me balader tranquillement.

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    • Je ne sors plus beaucoup, en fait c’est par période… Les mois de mars-avril étaient très riches en sortie, d’où les prochains articles et depuis très peu… en + mon collègue de sortie était parti travailler loin (il est revenu cette semaine, ça va peut-être me motiver).

      Organise toi une sortie par mois ou tous les 15 jours déjà, ça te permettra d’y reprendre goût sans pour autant délaisser tes autres activités. 😉

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  2. Ah ben mince alors, j’en étais resté à la Mésange rémiz et c’est là que je me rends compte qu’il serait temps que je revienne un peu plus souvent en France hexagonale. Autre remarque que je me suis fait en te lisant, « quelques palmipèdes pataugent » et moi, je suis comme un fou ici quand c’est le cas. Bon d’accord, on a les Toucans et autres Coqs de roche, mais je verse une petite larme quand je vois une photo de palmipède. C’était juste un petit clin d’œil de Guyane…

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    • Mésange rémiz est l’ancien nom.

      Effectivement, ça m’avait étonné de ne pas voir de canards en Guyane ! C’est bien le seul endroit où je suis allé pour l’instant où je n’en ai pas vu ! Moi je verse ma petite larme en voyant une photo quand je vois un toucan ou un Coq de roche… il serait peut-être temps que je revienne faire un petit tour en Guyane ! 🙂

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  3. Yess trop cool pour les pics 🙂
    ça fait bien plaisir quand même, c’est un peu comme la harpie et le koulik ici, il faut commencer la série et après ça enchaine 😉
    des observations sympa à l’automne ? les animaux sont bien actifs normalement, ça peut donner lieu à de chouettes sorties !

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    • Pas trop de sorties cet automne, je me suis plus focalisé sur le baguage. J’ai fait quelques observations sympas du coup, des oiseaux plutôt discrets, voire très discrets, essentiellement inféodés aux roselière, que je n’aurais certainement jamais vus dans d’autres conditions ou pas aussi bien en tout cas. 😉

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