Outarde et compagnie

13 janvier 2018 : J’ai passé la journée d’hier à errer dans un complexe d’étangs près de Londres. Je n’attendais rien mais m’attendais à tout. J’y ai vu des canards… beaucoup de canards. J’ai aussi vu un pic… un Pic vert… encore un et encore un qui m’échappe. Il était pourtant bien placé, mais une fois de plus je n’ai pas pu prendre de photos. Pourtant toutes les conditions étaient réunies. Pourtant j’avais mon appareil autour du cou… mais il doit être écrit que je dois galérer pour immortaliser cet oiseau. Allez savoir pourquoi. Il était accroché à son arbre, bien planté parallèle au tronc. A bonne distance certes, mais avec un bon zoom, la photo était tout à fait réalisable, et pour une fois, il n’y avait aucun obstacle, aucune branche. Il était complètement à découvert, pile devant moi, mais au moment de saisir mon bridge, je fais tomber le cache de l’objectif. Au ralenti, je vois tomber le cercle de plastique noir se rapprocher du sol et rebondir sur le béton en un doux fracas… je relève la tête et constate les dégâts, le pic s’éloigne en un vol ondulé…

Je n’ai pas vu non plus le Butor étoilé, ce héron discret. Pourtant, il était là lui aussi… enfin ils étaient là plutôt… Sur mon parcours, j’ai croisé un observatoire qui donnait sur un étang bordé de roselières. Endroit parfait. Après une courte attente, je décide de poursuivre ma route… sur le retour, je m’y arrête à nouveau, un butor a été observé. Je m’y arrête de nouveau. Peut-être une heure, peut-être plus… je vois pas mal d’oiseaux mais aucune trace du butor. Je délaisse le poste d’observation, les fourmis dans les jambes, il faut que je marche, décidant d’y retourner une dernière fois avant de quitter définitivement les lieux. Mon dernier passage justement fera état d’une autre observation de butor… un individu différent… décidément ce n’était pas mon jour. Aujourd’hui en est un autre et espérons qu’il soit plus fructueux.

Ce matin, je quitte une dernière fois l’auberge de jeunesse. La même qu’en début de voyage, je suis revenu sur mes pas pour observer une espèce extraordinaire. Je dois me rendre à une heure de route d’ici, mais j’ai six heures pour la faire… autant dire que je vais prendre mon temps. A peine suis-je installer dans la voiture que se pointe devant moi une grive… de quoi compléter ma photothèque de grives. Après la draine et la musicienne, c’est une Grive mauvis qui se présente. Mon expérience m’a appris que les oiseaux sont parfois plus facilement visibles de la voiture qu’à pied, alors je reste sur mon siège et baisse la vitre électrique. Je me positionne, bloque mes coudes afin d’obtenir l’équilibre parfait et attend le moment où le volatile s’immobilise sur une branche à découvert. Clic clac.

DSC04534Grive mauvis

J’entame finalement mon avancée vers le point de rendez-vous et m’enfonce de plus en plus dans la campagne. Je m’arrête dès qu’un coin de nature me paraît prometteur et arpente les chemins. Les milieux étant différents de ceux que j’ai pu visiter au cours de ces derniers jours, les espèces le sont également… il en résulte une liste d’espèces qui ne cesse de s’allonger. Un vol de Bernaches du Canada zèbre le ciel. Un groupe de perdrix détalent dans un champs. Un Milan royal fait confiance aux courants d’air chaud pour prendre de la hauteur. Un couple de Tariers pâtres se fait face sur deux piquets, ne les quittant que le temps d’attraper un insecte au vol.

DSC04544Tarier pâtre

L’heure avançant à pas de géant, je me rapproche du vieux village, point de rendez-vous. Je trouve sans difficulté aucune, le parking qui me permettra de rencontrer l’organisme chargé du programme de réintroduction de l’Outarde barbue. Un drôle d’oiseau pour une drôle de mission… En Angletere, la dernière observation de l’oiseau en question, victime des chasseurs et des collectionneurs d’oeufs, avant ce projet, datait de 1832 ! Ce n’est donc pas une espèce qui venait de disparaitre du paysage et aucun Homme vivant n’en avait donc vu sur ce territoire… mais il reste les écrits et les symboles forts. L’Outarde barbue ou Grande Outarde a marqué l’esprit des britanniques, à tel point qu’elle figure sur les armoiries des conseils régionaux du Wiltshire et du Cambridgeshire ou sur les insignes de la Royal School of Artillery… la revoir fouler les champs de la plaine de Salisbury n’a donc rien de surprenant.

Le véhicule tout terrain de l’association vient d’arriver sur le parking.

DSC04614

Connaissance faite de mes camarades de découvertes, nous partons à bord de notre furie à quatre roues motrices vers un camp militaire. C’est boueux, très boueux… et ma petite voiture de location n’aurait pas tenu la route. Les ornières sont impressionnantes donnant l’impression que le véhicule peut se retourner à tout moment. Aux abords de ce que j’apparenterais à une ferme, des milliers d’Etourneaux sansonnets décollent. Ils tapissaient le sol et forment désormais dans le ciel un large voile noir. Un peu plus loin, en masse mais nettement moins nombreux que les étourneaux, volent des Grives litornes, reconnaissables entre mille avec leur croupion gris clair contrastant avec le brun du dos et le noir de la queue. Impossible par contre de prendre cette espèce en photo et de compléter ma nouvelle « grivothèque ».

Notre premier arrêt ne donne rien… nous nous installons dans un observatoire, vissons des jumelles devant nos yeux… mais rien ne bouge… les Grandes outardes ne sont pourtant pas loin… enfin j’espère. Les jeunes effectuent tout de même des déplacements d’une vingtaine de kilomètres et des individus ont même été observés à plus de 225 km d’ici… d’autres se sont même posés quelques jours en France. Pourtant avec son allure un peu pataude et son poids pouvant atteindre 18 kg (avec un record à 21), on a du mal à imaginer l’oiseau parcourir de telles distances… mais il ne faut pas se fier aux apparences, et l’oiseau figure sur le podium des oiseaux les plus lourds à pouvoir voler, en concurrence avec les plus gros Cygnes tuberculés et d’autres outardes : les Outardes kori.

DSC04613

La voiture s’engage sur une piste très boueuse, puis soudain s’immobilise sur le coté. Les longues-vues sont sorties, dirigées vers la colline d’en face. Tout le monde passe à tour de rôle, les jumelles sont braquées sur les champs… mais rien… toujours rien… l’oiseau est discret. On commence à douter d’une observation, rien ne semble bouger… et puis soudain, on distingue une toute petite tache légèrement différente du reste du paysage… l’outarde est là… loin, très loin… si loin qu’il est impossible de dissocier les différentes parties de l’animal. D’où nous sommes, l’oiseau n’est qu’une tâche plus brune que le champ vert qui l’entoure. Les pensées se mêlent, les sentiments aussi… à la fois heureux de le voir et un peu déçu aussi. Mais le principal est ailleurs, l’oiseau et son groupe, car nous remarquons la présence d’autres individus non loin, sont tranquilles. Cette idée me réjouit et, un sourire au coin des lèvres, remplace la déception.

Nous reprenons la route… enfin la piste de boue plutôt… en sens inverse. Une route de gravier longe le champs en contrebas, le but est de l’atteindre et d’essayer d’apercevoir les oiseaux qui se promènent au-dessus. Peine perdue, les regards tournés vers la droite, nous avons beau scruter le sommet de la colline… nous ne voyons rien. Dépité, je tourne la tête sur ma gauche… et derrière ma vitre… à quelques mètres et à découvert, paisible, une Outarde barbue déambule. Le temps de prendre une photo perturbée par les vibrations du véhicule, le 4×4 redémarre… direction le local et la boutique de l’association…

DSC04619Outarde barbue

Quelques minutes plus tard, nous sommes à nouveau dans la voiture, et nous reprenons la route du parking. Je repère la route à prendre… et une fois les « au-revoir » effectués, je reprends la route. Un peu frustré par cette observation rapide, je vais tenter de voir le groupe d’outardes à distance… le sens devait être le bon cette fois, et je vois les oiseaux qui dépassent de la végétation. La lumière descend rapidement, je cherche le meilleur point de vue, mais ce n’est pas facile et la distance est relativement importante. J’immortalise une dernière fois la scène et reprends la route.

DSC04634Outardes barbues

Salisbury s’éloigne, Londres se rapproche… demain, je reprends l’avion et je suis bien content d’avoir laisser sa chance à l’Angleterre. Ce pays m’a surpris, je suis prêt à y retourner et à l’explorer plus en profondeur… mais pas tout de suite… tout vient à point à qui sait attendre et se profilent déjà devant moi de nouvelles aventures !

 

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9 réflexions sur “Outarde et compagnie

  1. pour les pics, j’ai plus de chance que toi, Jérôme, le vert mis à part justement!!! je ne suis toujours pas satisfaite du peu de photos que j’en ai alors que j’en vois régulièrement et j’ai beaucoup d’affection pour lui! quant au noir, alors là, aucune photo mais des rencontres stupéfiantes où je l’ai vu de très très près 🙂
    contente que tu aies pu te régaler à Londres…..et nous aussi grâce à toi! 😉

    ma petite voiture de location n’aurait pas tenue la route
    tout vient à point à qui s’est attendre

    Aimé par 1 personne

  2. J’imagine ton cache tomber au ralenti et je souris. Je sais ce n’est pas très gentil, mais tu l’auras ton pic vert et souvent, une fois que tu as eu celui qui t’échappait sans cesse, tu le l’as plein de fois ensuite, comme s’il te narguait 😉
    Ton article est un espoir après celui des espèces disparues.

    Aimé par 1 personne

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