Le pays des oiseaux noirs

9 janvier 2018 : Il y a des pays qui ne font pas vraiment rêver sur le plan ornithologique. Des pays auxquels on ne pense pas… l’Angleterre en fait clairement partie. A choisir un pays d’Europe du Nord, je prendrai la Finlande ou la Norvège. L’Angleterre ne me viendrait certainement pas à l’esprit et c’est pourtant là-bas que je vais. Il faut dire que l’intérêt de ce séjour n’est pas ornithologique mais je vais tout de même lui laisser une chance de me surprendre. Et, qui sait, peut-être aurais-je la possibilité de croiser une nouvelle espèce ?

Si sur un plan ornithologique, l’Angleterre ne me fait pas rêver, en revanche il y existe bien un endroit que je souhaite voir depuis longtemps. Je ne sais pas, cet endroit m’attire comme si une énergie particulière en émanait et parvenait à se frayer un chemin à travers les ondes télévisuelles. Je ne peux pas rater l’occasion, et je roule (à gauche) en direction de Stonehenge. Bien sûr, un mélange d’excitation et de soif de découverte s’est emparé de moi, et j’arrive bien avant l’ouverture du site. Profitons-en pour voir ce qu’on peut voir. A première vue, les corvidés sont légion, Corneilles noires et Corbeaux freux en première ligne. On ne voit qu’eux le long du parcours. En ce qui concerne les passereaux de plus petite taille, on notera rougegorges, grives et moineaux. Rien de transcendant… mais je sais que je peux voir la Bergeronnette de Yarrell alors je garde l’oeil ouvert ! Il s’agit d’un oiseau longtemps considéré comme une sous-espèce de la Bergeronnette grise et qui aujourd’hui pose la question d’être élevé au rang d’espèce. Extérieurement, il n’ y a pas de grosse différence avec les bergeronnettes que nous voyons en France, si ce n’est son dos beaucoup plus sombre. L’attente ne fût pas bien longue puisque sur le parking du site, me voilà tout simplement accueilli par sa majesté Madame de Yarrell. Finalement, peut-être que l’Angleterre a du potentiel et que je vais revoir mon jugement.

DSC04588Bergeronnette de Yarell

Le site ouvre enfin ses portes, je visite le musée et me lance à l’assaut du premier bus déposant au pied du monument. Le trajet doit durer en tout et pour tout cinq minutes… et je n’en reviens toujours pas du nombre d’oiseaux noirs ! Ma surprise est d’autant plus grande qu’une fois sur place, les corvidés sont toujours là et pas le moins du monde farouches. Chez moi, à titre de comparaison, les seuls corvidés courants sont les pies et les choucas, il arrive toutefois de croiser quelques freux ou quelques corneilles mais rien à voir en quantité avec ce que j’ai sous les yeux… et puis lorsqu’on les aperçoit, c’est en général à bonne distance. Ici, ils restent postés sur des piquets ou vagabondent sur les pelouses… Ils doivent certainement trouver auprès des visiteurs et des gardiens une source d’alimentation non négligeable qui expliquerait cette proximité. Je ne vais pas faire la fine bouche et immortalise un freux sur son perchoir. A défaut de nouvelle espèce, je refais ma photothèque !

DSC03945Corbeau freux

Stonehenge se dévoile doucement. Le ciel bas et gris, les oiseaux noirs, l’humidité ambiante et la brume matinale rajoutent au site une ambiance mystique et mystérieuse… magique ! L’avantage d’être dans le premier bus, c’est qu’il n’y a personne sur mes photos… le site est désert… ou presque… nous sommes en territoire corbeaux et les volatiles ont même élu domicile sur les célèbres rochers. Je profite de la solitude du lieu et de l’instant. Un sentier fait le tour de l’édifice offrant un point de vue différent tous les dix mètres : tantôt je suis en contrebas, tantôt à contre jour… ce lieu qui m’attirait depuis un bon moment déjà, me fascine encore plus, sans pouvoir toutefois l’expliquer, poser des mots dessus.

DSC03905DSC03931DSC03920

Néanmoins, le tour est vite fait, le site pas bien grand… et je retombe vite dans mes travers, obsédé par toutes ces plumes noires. Les Corbeaux freux bien sûr, mais également de grands groupes d’Etourneaux sansonnets qui envahissent le ciel en décrivant des formes mouvantes plus complexes les unes que les autres, effectuant un ballet sans faille. Tout est orchestré à la perfection, mené à la baguette par une remarquable synchronisation collective. Les Choucas des tours sont présents également, plus discrets dans leur comportement, attendant je ne sais quoi sagement installés sur leur piquet.

Et ce ciel toujours gris et bas, mais pas l’once d’une goutte d’eau… mieux, le soleil s’autorise même quelques promptes apparitions. Monde à l’envers et pays qui ne font pas honneur à leur réputation… pour mon plus grand bonheur. La météo du sud de la France vire au déluge, j’ai quitté l’Hérault l’espace d’une semaine pour la douceur actuelle, somme toute relative, du climat anglais.

DSC03935Choucas des tours

La boucle est bouclée, sentier terminé. De retour au point de départ, j’ai fini le tour du monument. Malgré la taille réduite du site, je ne suis pas déçu… cette surface jugée petite est peut-être due aussi au fait que j’ai aimé, et que quand on aime, on en veut toujours plus, faire durer le plaisir au maximum. Alors je traîne, je ne veux pas regretter de ne pas avoir assez profité. Une fois n’est pas coutume et fait assez rare, je me laisse embarqué par une oeuvre humaine. Je me laisse absorbé par l’atmosphère, hypnotisé, transporté, je capte l’énergie qui se dégage et la présence de corneilles visitant les alentours.

DSC03947Corneille noire

Après quelques hésitations, je remonte dans le bus et laisse Stonehenge disparaître dans le rétroviseur.

Je me lance dans une exploration de la campagne anglaise improvisée et ne reste pas insensible à son charme. Je ne m’attendais pas vraiment à ces petits villages, à cette nature presque omniprésente, ces plans d’eau et ces forêts… et si l’Angleterre était une bonne surprise ? Je repère un petit lac sur mon GPS non loin de l’endroit où je me trouve. Ni une, ni deux, je me lance à sa découverte. Avant même de m’approcher de la berge, je distingue quelques boules de plumes et beaucoup de mangeoires. Les anglais ont l’air d’affectionner particulièrement cette pratique, au point qu’il est presque difficile de trouver un jardin dépourvu de ce petit attribut en bois.

La dernière maison, celle qui précède l’entrée du chemin, accueille bon nombre d’espèces, il faut dire que le milieu est favorable, proche d’un petit bois et du lac. A mon arrivée, tout ce petit monde s’envole. Je me cale un peu plus loin et attends de voir ce qui est dans le coin… et la liste s’allonge très rapidement : Mésanges bleues, charbonnières et noires, Chardonnerets élégants, Accenteurs mouchets, Moineaux domestiques, Pics épeiches… voilà qui commence bien. A cette liste s’ajoutent Canards colverts, Cygnes tuberculés, Harles bièvres, Hérons cendrés, Bernaches du Canada, Oies cendrées, Aigrettes garzettes à l’approche du plan d’eau… et lorsque je tente une échappée dans le bois me voilà rattrapé par de nouvelles espèces : Geais des chênes, Grives musiciennes, mauvis, et draines, Roitelets triple bandeau et huppés, Merles noirs, Sittelles torchepots et autre Bouvreuils pivoines que je n’avais pas vu depuis bien longtemps !

DSC03974Merle noir

Dernière exploration express avant de rejoindre l’auberge et que le soleil disparaisse complètement. J’aborde le Parc National New Forest pour quelques minutes, cette partie du parc n’est pas forestière et la végétation est même plutôt rase, mais la surprise est là tout de même. Outre le paysage intrigant et magnifique, la surprise est animalière, mais pour une fois n’a pas de plumes, et ce sont trois biches qui détalent de l’autre coté du vallon. Belle entrée en matière ! Demain, j’irai me perdre dans ce Parc National qui promet nombre de surprises, mais je m’attarderai d’avantage sur son coté forestier, ce coté qui, j’imagine, lui a valu son nom.

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8 réflexions sur “Le pays des oiseaux noirs

  1. comme toi je suis fascinée par le site de Stonehenge et du coup je pensais bien que tu allais en parler dès que j’ai commencé à lire ton billet 😉
    étonnant ces corbeaux et corneilles peu sauvages….car ici comme chez toi, on ne les voit que de loin, surtout les freux très présents mais très farouches dans ma campagne champenoise
    à bientôt pour la suite forestière 🙂

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  2. autant d’oiseaux noirs, cela me plongerait dans un film d’ Hitchcock. Belle ténacité d’écrire avec un long décalage entre le jour de la visite et la publication. Je n’y arrive pas, si ce n’est pas rédigé dans les semaines qui suivent, les idées se perdent. Et toujours un plaisir à lire.

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  3. Bienvenu à l’Angleterre. As you saw, Stonehenge is fenced off so that the public are kept well away from the precious stones and can only walk round at a respectful distance (and can’t carve their initials on them!). When I was young we bicycled to Stonehenge, leant our bicycles against the stones (carefully), and had picnics inside the stone ring. Simple pleasures of an earlier era! RH

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