Rodéo en Camargue

28 décembre 2017 : Je sors de mon rendez-vous. L’heure a déjà bien tourné, il est presque 11h30. Je divague de médecin en médecin pour une sombre histoire de pieds. Chacun a du mal à savoir ce que j’ai et moi, je sais que j’ai mal… je prends sur moi, mon mal en patience, et mon élan. Je ne sais plus sur quel pied danser. Je me dépêche, je dois retrouver Samuel. Un rendez-vous certainement plus réjouissant que celui duquel je sors.

Samuel, cela fait plus de 3 ans que je suis ses aventures. J’étais alors en Guadeloupe, un océan nous séparait. Lui vivait au Danemark puis en Finlande… qui sait dans quel coin du monde l’avenir le guidera… peut-être en Nouvelle-Zélande. 3 ans déjà… le temps passe vite. Et puis il y a quelques jours, je reçois un message. Samuel m’informe de son passage dans le sud de la France. L’occasion était trop belle… alors me voilà en route pour la Camargue !

La Camargue, lieu de tant de promesses, d’observations, de virées ornithologiques… et ça fait un petit moment que je n’y suis pas retourné… d’ailleurs, nous n’allons pas nous retrouver en Camargue à proprement parler… mais en Camargue gardoise, la petite Camargue, celle qui donne un avant-goût de la grande mais qui en a déjà un doux et léger parfum. Nous sommes fin décembre… je me rends compte que je n’ai pas vu passer l’année… et ce n’est pas la météo actuelle qui me persuadera que nous sommes entre deux fêtes, et pourtant… Il ne fait pas vraiment froid, un léger vent souffle et mis à part la présence des Grues cendrées, rien n’indique que nous sommes en hiver.

Samuel est là, il m’attend sur le parking. Nous préparons nos quelques affaires : appareil photo, jumelles… et empruntons le sentier qui traverse le Centre de Découverte du Scamandre. L’attente ne sera pas longue. Le premier oiseau marquant de notre virée se montre ! Un Aigle botté de toute beauté ! La sortie commence bien, et si on ne voyait rien d’autres, je ne serai presque pas déçu ! Il fait un passage éclair, fendant le ciel pour mieux disparaître. L’observation ne dure que quelques secondes…

DSC03828Aigle botté

Nous continuons sur le sentier. La nature se réveille à mesure de nos pas. Des canards s’envolent, des bruits de plongeons et des craquements dans les fourrés se font entendre. Des herbes se couchent, des ombres bougent, et puis nous survolent des oiseaux sombres. Nous levons la tête simultanément, ce sont des Ibis falcinelles, et c’est toujours un plaisir de les voir. Ils font partie de ces oiseaux qui nous rappellent où nous sommes. Bien que cette espèce soit visible un peu partout en France, les quantités n’ont rien à voir avec celles recensées en Camargue. Et puis, voir cette espèce en groupe à cette période de l’année est toujours une observation sympathique.

Nous nous dirigeons vers l’observatoire… nous ne nous attendons à rien de particulier mais pensons voir quelques canards. Les colverts et les Sarcelles d’hiver sont bien là, mais la surprise viendra d’un Râle d’eau. L’oiseau, peut-être pris de panique à l’arrivée de deux bipèdes, traverse la passerelle juste devant nos pieds, avant de s’évanouir dans la nature. Bien sûr, le bougre est rapide, nous n’avons pas eu le réflexe de saisir les appareils photo. Décidément, la sortie commence sur les chapeaux de roue : Aigle botté, Ibis falcinelle, Râle d’eau… on a déjà vu des sorties bien pire… Arrivés à l’observatoire, les canards sont absents… au loin, quelques cygnes, quelques Flamants roses… et des groupes de foulques assez importants.

DSC03835Foulques macroules

Demi-tour. Nous n’avons pas beaucoup de temps devant nous, tout juste l’après-midi… alors pour en voir le plus possible, les étapes seront courtes. Enfin, tout dépendra de ce que nous verrons, on peut encore se laisser surprendre et rester longtemps sur un même spot. Nous n’avons pas de programme fixe, juste la contrainte de ne pas trop s’éloigner et puis de toute façon, la nuit risque de vite tomber.

Nous traversons la route et explorons des sentiers contournant terrains vagues et champs, longeons des petits ruisseaux. De la découverte pour Samuel comme pour moi. Si je connais assez bien le Scamandre et les étangs qui le bordent, lieux de multiples observations, je n’ai jamais eu l’occasion, ou plutôt n’ai jamais pris le temps, de m’aventurer sur ces terres. Les observations sont bien maigres, quelques passereaux par-ci par-là mais rien de bien fou. Nous noterons quelques moineaux, chardonnerets, pinsons… quelques cigognes également, un ou deux hérons… sans s’en rendre vraiment compte le nombre d’espèces observées augmente. Et puis quelques vols de Grues cendrées qui semblent toutes se diriger vers le même point.

DSC03841Grues cendrées

Nous nous dirigeons vers ce lieu stratégique. A chaque passage de tracteurs, on devine un groupe de volatiles s’envoler puis se reposer un champs plus loin… d’ailleurs ce champs a l’air de regrouper pas mal d’individus si on en croit nos déductions. Il semblerait que chaque groupe rejoint le précédent au même endroit… mais nous n’avons pas vraiment le temps et le loisir d’atteindre ce lieu. Les oiseaux décollent comme un seul et, effectivement, ils sont nombreux. A vue d’oeil, nous évaluons la marée de grues entre 300 et 400 individus, soit bien plus que ce que j’ai pu en voir en une seule fois jusqu’à présent !

Bien sûr, nous sommes bien loin des densités sévissant aux alentours du lac du Der, site de tous les records français. En 2014 par exemple, le matin du 11 novembre plus exactement, 206 582 Grues cendrées se sont envolées, ce qui constitue le record européen d’oiseaux stationnant sur un site pendant une très courte période. Devant mes centaines de grues, je trouve déjà le spectacle incroyable ! Je n’ose même pas imaginer ce que l’on ressent devant un spectacle réunissant des milliers d’oiseaux ! Et puis l’ambiance doit rajouter de la magie à ce moment : le soleil levant, le froid et la brume flottant à la surface du lac… peut-être n’est ce qu’un ramassis de clichés, mais voilà l’image que j’en ai… et devant nos yeux le flot de Grues cendrées semblent ne plus finir.

DSC03863Grues cendrées

DSC03865Grues cendrées

DSC03868Grues cendrées

DSC03872Grues cendrées

DSC03879Grues cendrées

Il est déjà temps de rentrer. Je suis enchanté par cette sortie qui en dépasse bon nombre par sa qualité : Aigle botté, Râle d’eau, Ibis falcinelles et Grues cendrées… nous marchons sur la route en direction de la voiture, sur notre droite, juste après le ruisseau, s’étendent des prés avec des taureaux. Ce ne sont pas les bovins qui ont mon attention mais bien les limicoles qui squattent les points d’eau. Il ne manquait que des limicoles pour que la sortie soit parfaite, ou presque, et ce sont des Vanneaux huppés qui nous font l’honneur de leur présence.

21640917_1549925268378880_4087635649925259475_oVanneau huppé

La sortie s’achève déjà, il faut dire que les journées sont courtes. Le soleil se couchent tôt en cette fin d’année, et mon rendez-vous matinal nous a privé d’explorations plus poussées. Mais je ne vais pas me plaindre, cette sortie a été très sympathique et puis faire de nouvelles rencontres est toujours un plaisir. Je ne sais pas quand je reverrai Samuel, ni où, mais nous ne pouvions laisser passer l’occasion de nous retrouver en étant si proches… et puis de toute façon, pour savoir ce qu’il fait, je n’ai qu’à aller sur son blog !

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7 réflexions sur “Rodéo en Camargue

  1. C’est marrant, le titre de cet article me semble assez familier… 😉
    Super article, c’est cool de voir cette sortie d’un autre point de vue. Merci encore, j’ai adoré ! L’aigle botté était vraiment une super obs’ en plus.
    A bientôt (et effectivement, je suis maintenant en Nouvelle-Zélande :p) !

    Aimé par 1 personne

  2. wahhhh tes photos de grues en vol sont magnifiques! j’ai beau prendre les miennes au lac de Der, elles n’ont pas la qualité des tiennes 😉
    ta façon de penser à ce lac et aux grues qui le peuplent est tout à fait réaliste! ce n’est pas un cliché car c’est ainsi que ça se passe et c’est GRANDIOSE!
    c’est aussi pour cette raison que le festival de la photo animalière de montier en der a lieu mi-novembre car à proximité du lac (https://www.photo-montier.org/) 😉
    ici aussi les vanneaux ne sont jamais loin des grues: on les voit se côtoyer par grands bans dans les champs aux alentours du lac
    cet hommage à ma région me fait grand plaisir, merci Jérôme 🙂

    les quantités n’ont rien à voir avec celle recensé en Camargue

    Aimé par 1 personne

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