Road trip

6 juin 2018 : La tente est enfin montée ! Il nous aura fallu du temps pour trouver un coin pour dormir non loin du Parc National de la Jacques Cartier. Finalement nous avons porté notre dévolu sur un camping et demain, il nous restera moins d’une heure de route. Deux jours et quelques arrêts auront été nécessaire pour arriver ici, étant partis hier matin de Percé.


Nous partons de Percé, dans le but de gagner Matane avant ce soir, de manière à repérer le parcours jusqu’au port, et ne pas avoir de surprise demain matin. En effet, nous devons prendre le bateau afin de traverser le St Laurent et de continuer notre road-trip sur l’autre rive. Départ de bonne heure et de bonne humeur. On ne change pas une équipe qui gagne : Nathalie, moi, et le décalage horaire. Nous avons repéré quelques potentiels arrêts intéressants à faire sur la route. Le premier n’est qu’à dix minutes de voiture : une cascade ! Le deuxième, guère plus loin : un spot ornithologique réputé ! Mais comme cela peut arriver quelque fois, tout ne se passe pas comme prévu… nous ne trouvons ni la cascade, ni le fameux spot… nous tournons en rond alors qu’il n’y a qu’une seule route… nous devons encore être un peu fatigués, nous sommes forcément passés à proximité d’au moins un des deux sans le voir. Et puis, la recherche infructueuse a raison de moi et je décide de tourner à droite, pour la simple et bonne raison que je vois un panneau indiquant des sentiers de randonnée. Nous allons évacuer cette petite frustration dans la marche… et puis qui sait, on trouvera peut-être autre chose d’intéressant à voir, quelque chose que nous ne soupçonnions pas.

Sur le parking, un panneau nous indique une chute d’eau… nous empruntons ce chemin, Nathalie remplace une cascade par une autre et moi, je trouverai forcément de quoi me ravir en écarquillant un peu les yeux ! Le chemin longe une rivière ! C’est de toute beauté ! Chaque ouverture entre les arbres nous offre un point de vue différent et une opportunité de nous émerveiller que nous ne laissons pas passer. Nous imaginons volontiers surprendre un ours ou un élan sur l’autre rive… malheureusement ça n’arrivera pas… et après quelques kilomètres, nous devinons enfin la cascade à travers les arbres.

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Nous reprenons la route, évitons Gaspé en bifurquant sur la gauche. Nous avons le choix. Soit nous prenons la route de la mer, celle que nous avions pris à l’aller. Soit nous prenons celle qui plonge à l’intérieur des terres. C’est cette dernière que nous choisissons. Les deux ont, à quelques kilomètres près, la même distance et nous rêvons de grandes forêts… le choix est vite fait. Malheureusement, la route n’est pas très intéressante, droite, longue et interminable… aucune distraction, aucun élément qui pourrait nous sortir de cette monotonie… et nous atteignons Murdochville, une ville à l’ambiance spéciale… déserte… ancienne ville minière qui se reconvertit en station de ski l’hiver… elle n’a ni le charme des stations de sports d’hiver des montagnes que nous connaissons, ni celui inexistant des villes minières et industrielles. Inutile de nous éterniser… nous cherchons la poste, mais nous sommes davantage occupés à trouver un point qui pourrait remonter la ville dans notre estime que par ledit édifice… finalement la route décidera pour nous et nous laissons Murdochville disparaître dans le rétroviseur.

Quelques kilomètres plus loin, un nouveau panneau nous fait de l’oeil. Il indique, une fois de plus, une cascade. Nous nous arrêtons et tentons l’aventure. La longueur n’est pas importante mais le dénivelé a de quoi faire peur et quelques belvédères d’observation sont annoncés. Le sentier grimpe dans la forêt de résineux, et nous entendons de plus en plus fort le brouhaha du rideau d’eau se fracassant dans la rivière. Nous nous approchons, et devinons entre les aiguilles le colosse liquide ! Elle a l’air impressionnante mais malheureusement, aucun point de vue ne pourra nous offrir celui que nous espérions. Des aiguilles, des branches, des arbres et la rivière sinueuse entourée de falaises… tout est fait en sorte que nous ne puissions voir la cascade dans les meilleures conditions. Nous avons beau chercher, rien n’y fera… et lorsque l’endroit paraît propice, nous ne voyons que des falaises. Dommage, cette cascade aurait certainement trusté la première place de mon TOP 3 des cascades du Québec. Heureusement, pour oublier tout ça, voilà que surgit l’oiseau intéressant de la journée ! Une nouvelle paruline ! La Paruline à gorge noire !

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DSC06257Paruline à gorge noire

Le reste de la journée n’est que route, recherche de motel et repérage pour demain matin.

Après une bonne nuit, nous voilà sur le bateau qui traverse le St Laurent. Deux heures plus tard, nous sommes de retour sur la terre ferme, et continuons notre avancée. La prochaine étape prévue est Pointe aux outardes, un haut lieu de l’observation ornithologique. Des sentiers de randonnées traversent des milieux différents allant des forêts d’épineux aux dunes de sable, en passant par des marécages. Plus les milieux sont différents, plus le nombre d’espèces est susceptible d’être élevé et intéressant. Et ça commence plutôt bien puisqu’à peine sortis de la voiture, nous sommes accueillis par les traditionnels Bruants à gorge blanche, la désormais habituelle Gélinotte huppée (quatrième observation du voyage) et une nouvelle venue : la Grive solitaire ! Voilà qui promet !

DSC05394Bruant à gorge blanche

DSC06263Gélinotte huppée

grive solitaireGrive solitaire

Nous commençons notre randonnée quotidienne sur des sentiers bien délimités même si curieusement, le site paraît à l’abandon. Ce qui n’est pas le cas puisque des ouvriers s’affairent à la réfection de l’entrée principale. Mais l’état du potager et de quelques infrastructures laissent un peu à désirer. Enfin, nous ne sommes pas là pour critiquer mais pour se changer les idées et nous accédons rapidement à une tour d’observation. En haut, la vue est imprenable… mais mis à part un groupe de canard au loin, aucune plume à se mettre dans les jumelles.

Au sol, un cadavre de Paruline à poitrine baie, et un peu plus loin un banc… venu de l’autre coté de la baie naturellement… d’après les explications, une tempête a eu lieu récemment, le vent aurait fait traverser la baie au banc… on a souvent vite fait de sous-estimé la puissance de la nature ! Cet évènement météorologique explique peut-être cette sensation d’abandon. Le chemin serpente entre des zones humides paraissant désertes jusqu’à rejoindre une forêt d’épineux. J’aime cette diversité. En faisant quelques mètres, nous nous retrouvons à passer d’arbres boréaux à une plage et des dunes ! Les milieux variés sont autant d’habitats et de potentielles niches écologiques pour nos amis à plumes, mais le site paraît étrangement vide de vie. Seul un Tamia rayé, petit écureuil rayé et quelques groupes de Tarins des pins particulièrement vifs nous tiennent parfois compagnie. C’est bien maigre. A la décharge de ce site, il faut dire que nous sommes arrivés un peu tard, et que l’heure peut tout changer en terme d’observations. Je le sais bien…

Nous nous retrouvons finalement à notre point de départ… nous tentons l’aventure d’un dernier sentier après avoir hésité longuement du fait de la déception des précédents. Nous aurions peut-être du commencer par celui-ci. En quelques dizaines de mètres, nous voyons déjà deux pics. La forêt est inondée, le jeu est de ne pas se mouiller les pieds. Pas toujours simple. Nous cherchons à éviter les grosses flaques quitte à marcher dans la boue. Nous sautons de racines en planches et de planches en troncs soulagés à chaque fois que se présente une passerelle ou un ponton. Nous faisons parfois fuir un ou deux amphibiens. Nathalie est exaspérée. L’humidité du chemin a raison de sa patience. Les pieds mouillés, elle décide d’accélérer le pas, elle ne regarde plus la nature environnante, son seul but : arriver à la voiture. Avant de lui emboiter le pas, je prends un peu mon temps car j’ai vu un oiseau se poser. Sans avoir vu son atterrissage, je serai certainement passé à coté sans le voir : la petite Moucherolle à ventre jaune prend la pause.

DSC06269Moucherolle à ventre jaune

Nathalie soulagée d’avoir fini, nous repartons. La route défile, nous nous arrêtons dans le village d’Essipit, réserve autochtone innue, où des attrape-rêves sont accrochés aux lampadaires. C’est ici que nous achèterons nos souvenirs.

Nous approchons du fjord du Saguenay, nous y faisons quelques arrêts afin de contempler la vue, mais pas de grosse rando en vue. L’heure passe et dans l’idéal nous souhaiterions gagner la ville de Saguenay avant la nuit. Cela nous rapprocherait considérablement du Parc National de la Jacques Cartier. La lumière descendante de la fin d’après-midi nous ouvre à des nouveaux espoirs. Nous traversons des forêts et des panneaux nous indiquent régulièrement la présence de grands mammifères, alors nous croisons les doigts. Nous avons déjà été très chanceux, mais nous n’en avons jamais assez, nous en voulons toujours plus, d’autant que la route longe régulièrement des plans d’eau et des rivières, et que la vue y est quelque fois dégagée. Alors que nous passons une nouvelle rivière, il me semble voir une forme marron, je me dépêche de me mettre sur le bas-coté et fait demi-tour. Nathalie me confirme qu’elle a cru voir quelque chose également. Tout est passé si vite que nous n’avons pas vraiment eu le temps de nous concerter, nous nous sommes compris sans un mot, juste avec des gestes et des regards, en quelques fractions de secondes, nous sommes connectés. Bien nous a pris de retourner en arrière, je me gare et sors de la voiture. A quelques dizaines de mètres, un jeune élan s’essaye à une traversée. C’est fabuleux. J’en ai la chair de poule et rate toutes mes photos… heureusement, je peux compter sur ma soeur qui me sauve ce souvenir avec une vidéo de quelques secondes. Je n’en reviens pas de cette rencontre !

La tête ailleurs, rêveur, je ne suis plus vraiment sur Terre après ça. Je n’ose à peine y croire. Nous restons d’autant plus attentifs à ce qui pourrait arriver sur cette fin de parcours… mais rien de plus… nous arrivons et traversons Saguenay… nous ne nous y arrêtons pas. Je ne me sens pas à l’aise… peut-être que la transition est trop brutale… nous venons de passer une dizaine de jours au milieu de rien ou presque, en pleine nature, et toute cette agitation, ces immeubles, ces magasins de partout me dérangent un peu, m’oppressent. Il faut sortir de là… Nous suivons les panneaux Québec qui nous indiquent la route à suivre en direction du parc… dès que nous trouverons un camping, nous nous arrêterons.

La tente est enfin montée, nous partageons un repas de fortune, à base des quelques aliments qu’il nous reste et partons nous coucher… demain, en une heure nous devrions arriver au parc… et puis nous abandonnerons la voiture pour la remplacer par des bonnes chaussures de randonnée ! That’s the plan !

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8 réflexions sur “Road trip

  1. encore une fabuleuse vidéo! merci nathalie! 😉
    grâce à ton récit, on voit bien que rien n’est gagné d’avance et que tes photos sont le résultat de la persévérance, du courage, de l’optimisme et aussi de la *chance* (genre *on est bénis des dieux!* lesquels, ma foi j’en sais rien mais on les remercie! lol)
    encore une fois merci pour tout *ça*!

    Pointe aux outarde (sans ‘s’?)
    La forêt est inondé
    enclencher le pas (emboîter?)
    Nathalie soulagée d’avoir finie, nous repartons

    Aimé par 1 personne

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