Néologisme

3 juin 2018 : Forillon: adjectif, formidable, incroyable, remarquable, extraordinaire, inimaginable… telle pourrait-être la définition de ce mot si je devais rédiger Le Petit Jérôme illustré. Ce mot est en réalité le nom du Parc National dans lequel nous nous trouvons depuis hier, et je dois dire que nous allons de surprises en surprises, d’observations en observations… ce lieu est tout simplement forillon ! Tout a commencé hier par un changement de programme imprévu et quelques moments fantastiques.

Petit déjeuner englouti, duvet roulé et tente pliée, nous sortons du Parc National du Bic avant même qu’il ouvre ses portes. Nous partons en destination d’un autre parc : le Parc National de la Gaspésie. Nous comptons arriver par le nord du parc, y rester quelques jours puis ressortir par le sud afin d’accéder à la côte et pouvoir gagner Percé… enfin ça reste des idées, mais on commence à y voir plus clair et relier concrètement les points qui nous semblent importants.

Nos yeux grands ouverts, la visibilité reste pourtant limitée. Le ciel ne nous fait pas l’honneur de ses belles couleurs, et un gris terne tire toute la couverture à lui… si ce n’était que ça, ça irait… mais le mercure a du mal à se réveiller et reste désespérément bas. En fait, à mesure que l’on suit la côte, nous avons l’impression que le vent se lève et que la chaleur dort encore. Nous avons déjà bien roulé et comble de malchance, alors que nous guettons notre embranchement, celui qui nous indiquerait la vingtaine de kilomètres qu’il nous reste à faire jusqu’au P.N. de la Gaspésie, un panneau nous sort de notre concentration. La route est bloquée pour cause d’inondation ! Une pause chocolat/thé/muffins s’impose, il faut nous remettre de nos émotions et prévoir un plan B… pour une fois qu’on avait un plan A…

Nous décidons de zapper le P.N. de la Gaspésie pour le moment, et d’entamer la boucle plus ou moins prévue en sens inverse… à savoir P.N. de Forillon, Percé, puis P.N. de la Gaspésie. Caméléons, nous nous adaptons, nous sommes jeunes et aventureux. Et comme nos chats, nous retombons sur nos pattes. Nous ne sortirons pas de la route principale, celle qui fait le tour de la péninsule… il en faut plus pour nous décourager. Le bitume épouse les falaises, à notre droite des parois verticales, à notre gauche l’océan qui prend de plus en plus de place. Souvent sur l’eau flottent des canards par dizaines, voire centaines… Je conduis les observant du coin de l’oeil. Lorsqu’un groupe me plaira particulièrement, je m’arrêterai. Au détour d’un virage, voilà celui que j’attendais, un groupe particulièrement impressionnant de Macreuses à bec jaune. En y jetant un coup d’oeil aux jumelles, je trouve ce que j’espérais trouver : quelques Macreuses à front blanc.

DSC05756Macreuse à bec jaune et à front blanc

DSC05755Macreuse à bec jaune et à front blanc

C’est ainsi que nous nous retrouvons à plus de 400 km de notre point de départ, à découvrir un lieu que nous ne pensions pas visiter avant quelques jours… la suite de l’après-midi nous permettra de voir marmotte, phoque, porc-épic, renard, élan, baleine à bosse et un coucher de soleil incroyable ! Et tout cela en quelques heures ! Niveau oiseaux, la journée a été marquée par l’observation de quatre nouvelles parulines : Paruline bleue, Paruline à poitrine baie, Paruline à gorge orangée et Paruline noir et blanc ! Je le redis, ce parc est forillon !

DSC06199Paruline à gorge orangée

Notre séjour a donc bien commencé. Aujourd’hui, nous allons vadrouiller dans le parc. Aucun sentier ne nous résistera ! Motivés comme jamais ! Les observations d’hier nous confortent dans notre motivation… notre échauffement, une fois n’est pas coutume, se fera en voiture. Histoire de voir si on peut croiser quelques gros mammifères. Il est tôt, meilleur moment pour une rencontre impromptue ! Merci décalage horaire !

Nous entrons dans le Parc National alors qu’il n’est pas encore ouvert. Petite astuce révélée par le gardien hier : si on entre dans le parc avant son ouverture, c’est gratuit ! Alors, on roule… doucement… à l’affut du moindre mouvement, de la moindre silhouette, de la moindre ombre. Chaque frémissement de végétation est scruté. On nous a conseillé une zone où une ourse et ses deux oursons sont visibles. Nous ne les avons pas vu hier, peut-être qu’aujourd’hui nous aurons plus de chance ! Plus de chance ? Difficile d’en avoir plus pourtant, tant les observations se sont succédées.

Nous n’avons pas beaucoup de choix dans l’itinéraire, nous nous sommes concentrés sur la partie du sud du parc. Une seule route va du guichet d’entrée au départ du sentier menant au phare, elle longe la baie de Gaspé et de cette route partent plusieurs sentiers de rando. Les voitures sont rares, mais quelques curieux font pareil que nous. Chacun garde un oeil sur ce que fait l’autre. Si on ne voit rien, peut-être eux auront plus de chance. Chaque voiture arrêtée sur le bas-coté devient un indice potentiel de présence… mais rien en vue… nous avons atteint le bout de la route bredouille. Nous faisons demi-tour pour rejoindre le sentier que nous nous étions fixé. Mais la chance tourne ! La route monte puis descend et au sommet d’une butte, l’animal semble attendre. Gigantesque ! Fier, dressé sur des pattes interminables, le cervidé se défile soudain. Léger, la démarche chaloupée, il s’enfonce en quelques secondes dans la végétation. La rencontre est brève mais forte. Nous ne pourrions rien voir de plus de la journée, ça n’aurait pas d’importance !

DSC05851Elan

La forêt nous accueille. Tellement différente de la guyanaise, mais la même attraction ! Envie irrépressible de s’y enfoncer ! Nous nous contentons de suivre le sentier, parfois nous marchons dans de la neige ! Les décors se succèdent, tantôt un marécage, tantôt des falaises. Le soleil n’a pas de panne de réveil ce matin, mais la température ne monte pas… le vent fait son oeuvre… les oiseaux chantent mais les observations se font rares et les écureuils nous crient dessus ! Aucune autre âme qui vive dans les alentours, nous atteignons le sommet le plus haut du parc, le Mont Saint-Alban. Devant nous s’étend l’océan. Au loin nous devinons Percé et l’Île Bonaventure, notre prochaine escale ! Une heure de route nous en sépare, certainement l’étape la plus courte du voyage !

La nuit portant conseil, les images ayant peut-être plus de portée que les mots, ma soeur me fait enfin part de son envie d’une sortie baleine ! Ce n’est pas faute d’avoir essayé de la convaincre, pourtant jusqu’à hier soir elle ne semblait pas particulièrement motivée. Peut-être la peur de ne rien voir, après tout dans ces sorties, la nature décide du hasard des rencontres. Mais sous le soleil descendant, les Baleines à bosse m’ont donné le coup de main dont j’avais besoin. C’est décidé, demain matin, nous prendrons un bateau dans l’espoir de nous approcher du puissant cétacé !

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Retour à la voiture, la matinée est déjà bien avancée. Il est trop tard pour croiser un quelconque animal maintenant, mis à part un porc-épic. D’ailleurs, on ne les compte plus. Toujours heureux d’en voir, mais déjà plus la même excitation. Petit coup de coeur pour cet animal, gros rongeur à l’allure pataude. Je lui trouve quelques similitudes avec mon chat : balourd, maladroit, queue courte relevée et passant son temps à manger. Il relève la tête parfois, histoire de se rassurer que les intrus ne sont pas trop près de lui puis replonge le nez dans son repas. S’il juge la présence d’un visiteur envahissante, il s’en va en gonflant ses piquants, aucune agressivité. Contrairement à ce que beaucoup pensent, il ne jette pas ses piquants sur ses agresseurs mais les perd en cas de stress excessif.

Nous laissons le porc-épic sur le bord de la route, et avançons vers le port pour réserver notre sortie whale-watching de demain… à quelques dizaines de mètres devant la voiture, une forme noire se détache et traverse la route. La confusion est courte, nous nous rendons rapidement compte que ce n’est pas un nouveau porc-épic… c’est bel et bien un ours ! Un Ours noir ! Un jeune solitaire de l’année dernière ! La voiture ralentit, nous nous approchons doucement en marquant quelques arrêts afin de ne pas l’effrayer. Il a l’air plus absorbé par l’herbe qu’il est en train de manger que par notre présence. Malheureusement la photo n’est pas possible et le plantigrade s’efface de notre champ de vision.

Que pourrait-on espérer voir de plus ? Nous sommes comblés et peu difficiles ! Le parc regorge de vie et au moment où nous pensions ne plus rien voir, un ours débarque ! Grosse matinée ! Nous nous improvisons une dernière petite rando matinale. Le but est de rejoindre l’extrémité de la pointe, et de manger au pied du phare. Sur le bord du chemin, un nouveau porc-épic aperçu au dernier moment, et des parulines ! Nouvelle espèce ! L’espèce du jour ! La Paruline tigrée fait des aller-retour, et n’est pas très coopérative. Vive, elle ne tient pas en place, mais j’appuie sur le déclencheur au bon moment !

Paruline tigréeParuline tigrée

Un repas et un fou rire inoubliable plus tard, nous voilà sur le retour. Nous avons croisé un nouveau porc-épic… un porc-épic patient vu le nombre de touristes autour de lui et pas toujours très bien éduqués. J’ai beau être de nature calme, à sa place j’aurai sans doute eu une réaction.

Nous empruntons un sentier différent. En effet, les points de départ et d’arrivée sont les mêmes, mais deux sentiers distincts, se chevauchant à quelques endroits, permettent de joindre l’un à l’autre. Nous avons bien fait, le sentier monte dans la forêt et descend assez violemment, à tel point que nous nous disons que dans l’autre sens, la boucle aurait été bien plus difficile. Nous ne sommes pas de petits joueurs pour autant, notre moyenne quotidienne, malgré les jours de voiture, frôle les 18km de marche ! Je crois que je n’ai jamais autant marché de ma vie… et alors que nous avançons d’un pas décidé, je ne sais par quelle magie ou quel miracle je distingue un oiseau pour le moins mimétique. C’est la troisième Gélinotte huppée du voyage ! J’avais vu la première aux Marais du Nord slalomant entre les arbres de la forêt et la deuxième, plus récemment, hier soir, était passée juste devant la voiture. Je ne m’attendais pas à en voir une de cette façon, pas stressée le moins du monde, elle marche calmement dans le sous-bois et se laisse prendre en photo ! Discrète et superbe !

DSC05889Gélinotte huppée

Journée bien remplie mais pas terminée ! Nous avons un rendez-vous ! On nous a promis des castors, raison pour laquelle nous ne les cherchons pas. A notre arrivée à l’auberge de jeunesse, on nous a fait part d’une sortie gratuite qui aura lieu en fin d’après-midi. Nous ne pouvions pas rater cette occasion. Le propriétaire de l’auberge est un fin connaisseur de la nature qui l’entoure et de ses habitants. Cela fait une trentaine d’années qu’il observe les castors, connait parfaitement leurs moeurs et leurs habitudes, et organise de temps en temps des sorties pour mieux faire connaitre le rongeur. Nous avons la chance, encore une fois, d’être sur place le bon jour.

Notre petit groupe avance dans la forêt. La marche n’est pas bien longue, nous nous retrouvons rapidement face à un lac bordé de troncs rongés. Et puis se livrent à nous une hutte puis un barrage… tous les éléments sont réunis, il ne manque plus que les hôtes ! Nul besoin d’être silencieux, nul besoin de se cacher, moi qui pensais l’animal farouche, je suis surpris. D’après notre guide, l’animal est presque sourd et aveugle… et quelques minutes plus tard, semblant attendre la fin des explications pour se montrer, le fameux Castor d’Amérique fait son apparition.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAHutte de castor

OLYMPUS DIGITAL CAMERABarrage de castor

DSC05921Castor d’Amérique

DSC05904Castor d’Amérique

Journée extraordinaire qui se terminera par l’observation de deux élans supplémentaires ! Elan, porc-épic, ours, castor, paruline et gélinotte ! Un jour forillon pour un parc forillon ! Il ne manque plus que les baleines mais il faut bien qu’on en garde un peu pour plus tard ! Alors nous rentrons la tête pleine d’images, et tombons de fatigue ! Demain sera un grand jour à n’en pas douter !

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4 réflexions sur “Néologisme

  1. fan-tas-ti-queeeee!!!!! quelle journée et quelles rencontres!!! j’adore toutes ces différentes parulines, si mignonnes 🙂 merciiiiiiiiiiiiii du partage!
    et bonne nouvelle, je n’ai relevé qu’une phrase (rigolote, la phrase dans ce contexte! lol):
    si ce n’était que ça, ça irai

    Aimé par 1 personne

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