Porc-épic et pics…

30 mai 2018 : Jetlag ! Décalage horaire ! Nous sommes levés avant le soleil ! Nous voyons peu à peu ses rayons se glisser à travers les rideaux de la chambre. Notre sac devrait arriver dans la journée, si tel est le cas, demain nous quitterons Québec… mais aujourd’hui, nous tentons une approche du Parc National de la Jacques Cartier ou de la Réserve naturelle des Marais-du-Nord. Le plan de route est tellement improvisé que jusqu’au dernier moment, nous ne savons pas où aller. Par chance, nos deux potentiels objectifs sont dans le même coin. Il est tôt et notre dévolu se portera tout simplement sur celui qui ouvrira le premier. Monsieur Lonely Planet décide pour nous… ça sera les Marais du Nord !

Nous sommes en avance, nous en profitons pour marcher un peu, découvrir les alentours et notamment le lac voisin. Petit échauffement, nous évoluons sous le couvert végétal et les muscles ont du mal à se mettre en jambe. Les oiseaux chantent déjà mais impossible de les voir, la canopée est trop dense. Et puis la forêt s’ouvre. Le sentier passe entre deux plans d’eau. Sur notre gauche, le lac en question avec ces Carouges à épaulettes qui s’égosillent. Sur notre droite, ce qui ressemble davantage à ce que nous verrons certainement par la suite, des marais. Un lieu qui nous semble propice à accueillir la présence d’un élan… mais aucun mammifère ne daigne troubler la quiétude du lieu. Seul, perché sur sa branche, un Balbuzard pêcheur surveille les environs.

DSC05434Balbuzard pêcheur

L’heure avance, nous décidons de nous rapprocher de la réserve. Bonne idée. Nous sommes en avance et on nous laisse entrer. Nous commençons donc à arpenter les sentiers et c’est un festival d’oiseaux qui commencent : Grive à dos olive, Mésange à tête noire, Geai bleu, Bruant chanteur, à gorge blanche, Moucherolle phébi … ça s’annonce plutôt bien. Les écureuils sont partout, on nous parle de loutres et de castors, alors on se prend à rêver.

Le sentier débouche sur une passerelle surplombant une petite rivière, c’est là que le spectacle commence ! Le spectacle des parulines ! La Paruline à croupion jaune est omniprésente, déjà croisée hier. Une nouvelle espèce fait son apparition, la Paruline à calotte noire, ventre jaune brillant et dos verdâtre, avec un chapeau noir, mais l’observation est bien trop fugace, bien trop rapide. L’oiseau ne me laisse pas le temps de shooter. Qu’à cela ne tienne, je prendrai ma revanche. Et c’est une Paruline à flancs marrons qui s’expose aux rafales photographiques. Celle-là, je ne la rate pas, et c’est une nouvelle espèce pour moi !

DSC05466Paruline à flancs marrons

Ces petits oiseaux sont magnifiques, et s’ils ne sont en aucun cas ici grâce à ma présence, la réciproque n’est pas vérifiée. Et je dois bien avouer que leur potentielle arrivée printanière au Québec a été un facteur peut-être pas déterminant, mais en tout cas important quant à notre décision de venir faire un tour en Amérique du Nord. Il y avait quelques critères de sélection à prendre en compte. Pour moi l’équation était simple, il suffit qu’on puisse trouver des oiseaux, et de manière générale, des animaux que je n’ai jamais vu. Pour ma soeur, par contre les critères étaient un peu plus élaborés : falaises, cascades, cervidés et… temps pourri, mais ça c’est juste en option.

Initialement, je voulais aller en Alaska, puis ma soeur est venue se greffer au projet. Pour des raisons de budget, nous avons décidé de changer de plan. Tant pis l’Alaska sera peut-être pour l’année prochaine. D’autres destinations ont alors fait irruption : Norvège, Finlande, Islande… et enfin le Québec… l’idée était tellement simple qu’elle ne nous avait même pas effleuré l’esprit. Mais sitôt le nom prononcé, c’est devenu une évidence. Ce printemps, ça sera Canada !

Mais laissons les parulines de coté… nous changeons de chemin, sillonnons entre les arbres… un étrange oiseau fouille le sol à la recherche d’insectes… toujours une brindille pour gâcher la vie vue, le Pic flamboyant s’envole et slalome dans la forêt. Les autres habitants sont essentiellement des Mésanges à tête noire ainsi que des Sittelles à poitrine rousse. Si j’avais pu observer les mésanges l’année dernière à Central Park, en revanche j’avais du me « contenter » de la Sittelle à poitrine blanche, cousine de l’oiseau qui se pose juste devant moi.

DSC06213Sittelle à poitrine rousse

Et puis la forêt s’arrête… devant nous s’étendent des plans d’eau, lacs et marais. Sublime ! Des passerelles serpentent et permettent d’accéder à l’autre rive ou de longer les rives marécageuses. L’atmosphère est irréelle et un orchestre s’est mis en place. Les sifflements des oiseaux résonnent, accompagnés par le concert des Grenouilles vertes… des grenouilles assez particulières qui émettent un chant rappelant le son du pincement d’une corde de banjo. C’est à s’y méprendre !

J’avais une petite appréhension. Celle d’avoir la mauvaise surprise de découvrir que je vivais avec des clichés sur ce beau pays, que les images de nature sauvage que j’avais dans la tête n’avaient été que véhiculées par les médias pour nous vanter un paradis perdu… mais me voici rassuré, après quelques kilomètres de route en dehors des villes, on se retrouve rapidement au milieu de nulle part. Bien sûr, je ne suis pas si naïf, je sais très bien que l’Homme impose un minimum sa loi ici, que tout n’est pas aussi naturel qu’il n’y parait mais le résultat est bluffant.

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DSC05489

Nathalie rencontre quelques soucis d’appareil photo, je la laisse un peu en galère et prends de l’avance. La dernière passerelle franchie, je m’enfonce dans la forêt. Doucement, lentement, silencieusement… comme pour ne pas troubler le silence, comme pour surprendre un habitant des lieux distrait et affairé à autre chose. Mais mis à part les écureuils, rien ne bouge…

Je retourne en arrière et retrouve ma soeur qui me confirme qu’elle galère… nous repartons de l’avant d’un pas décidé. J’ouvre la marche de notre toute petite troupe… et soudain, je m’immobilise. A quelques dizaines de mètres du chemin sur la gauche, un arbre est penché… et en haut de cet arbre, sur une branche parallèle au sol, l’animal fait la sieste. Le porc-épic, car c’est bien de lui dont il s’agit, dort paisiblement du sommeil du juste, sans se soucier de notre présence… et pour une fois, il n’y a aucune branche pour nous empêcher d’apprécier le moment.

DSC05497Porc-épic

A mesure que nous avançons, l’heure en fait autant… et la fatigue avec elle. Notre tour terminé, nous ne poussons pas davantage la curiosité. Nous rentrons au motel prématurément… le sac nous y attend.

Deux heures et une sieste plus tard, nous décidons de repartir à l’aventure. Cette fois notre cible est à très exactement sept minutes de route. Difficile de faire plus près. Il s’agit d’une base de loisirs avec un plan d’eau… et qui recèle la présence d’un oiseau que j’aimerai beaucoup voir : l’Oriole de Baltimore ! J’ai repéré ce spot sur internet en voyant quelques photos de cet oiseau circuler sur les réseaux sociaux. Il ne m’en fallait pas plus pour tenter une nouvelle expédition.

Le sentier nous attire entre les arbres. La forêt est complètement différente de celles que nous avons vues ce matin. Pas de résineux, pas d’épineux… ici, il n’y a que du feuillu. Et alors que nous avançons, nous sommes surpris par de petits cris aigus dont il nous est impossible de découvrir l’origine… et puis en passant, j’aperçois un Pic chevelu proie en bec… une fois passé, l’oiseau se précipite vers un trou. Tout s’explique ! Les cris étaient ceux des bébés qui attendaient impatiemment leurs pitances. Nous ne les dérangeons pas plus longtemps, et reprenons la quête de l’oiseau orange.

Devant nous les arbres s’éloignent les uns des autres, si nous devons voir l’oriole, ça sera ici ! Mais pour l’instant, ce sont des bruants, des parulines, des mésanges et une femelle de Pic flamboyant dans sa cachette qui occupent nos observations.

DSC05534Pic flamboyant

Soudain, une flèche orange nous tire de nos pensées. L’oiseau est là, mais il n’a fait que passer. Il est parti aussi vite que ce qu’il est arrivé. J’essaie de le voir à travers les branches, mais il est déjà loin… Je l’aperçois à distance accompagné d’une femelle. Au moins, je l’aurai vu, c’est ce que je me dis. La photo aurait été un bonus. Dernière section de chemin avant notre retour en direction du parking… je ne pense même plus à l’oriole. Je suis déjà content de l’avoir vu… mais visiblement, lui, en veut plus… et voilà qu’il se pose à quelques mètres devant nous. L’observation n’est pas beaucoup plus longue mais je parviens, je ne sais par quel miracle, à réaliser une photo tout à fait exploitable.

Pour boucler la boucle et passer définitivement à autre chose, et alors que le mâle est déjà parti, la femelle, plus terne, reste le temps d’une photo supplémentaire, à découvert sur une branche.

DSC05537Oriole de Baltimore, mâle

DSC05538Oriole de Baltimore, femelle

Quel oiseau fantastique ! Ce orange ! Une nouvelle case cochée sur ma liste ! Nous rentrons pour notre dernière nuit au motel et demain… demain ! Il nous tarde déjà d’être à demain ! Le road-trip commencera ! Nous comptons bien découvrir et nous enfoncer dans la nature profonde de la Gaspésie.

 

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