Une bonne nouvelle n’arrive jamais seule

14 décembre 2017 : Cela fait deux ou trois jours qu’un oiseau pour le moins inhabituel a été repéré à quelques kilomètres de chez moi. Un oiseau venu du froid ! Du nord de l’Europe ! Un rapace ! Une buse pour être précis. Une buse un peu particulière par rapport à celles que nous avons l’habitude de voir dans nos contrées. C’est d’ailleurs la première fois que cette espèce est observée dans l’Hérault. Ce qui la rend si différente n’est pas si spectaculaire au premier abord, mais lorsqu’on l’a sous les yeux, on ne peut s’empêcher de lâcher quelques « Ouaaaah ! », « Magnifique! »… probablement inconsciemment accentué par la rareté de l’oiseau dans le sud de la France. Car avouons-le, rien ne ressemble plus à une buse qu’une autre buse, et ce n’est clairement pas devant une classique Buse variable que nous nous extasions de la sorte !

Il ne m’en fallait pas plus pour aller voir de mes propres yeux ce qu’il en retourne. Je contacte alors ma collègue du suivi Busard. L’a-t-elle déjà vu ? Oui ! Est-elle toujours là ? Personne n’est allé voir aujourd’hui, mais il n’y a pas de raison ! La Buse pattue, puisque c’est d’elle qui s’agit a eu la bonne idée de prendre ses quartiers non loin du centre de soin de la faune sauvage, ce qui explique le fait qu’elle a été rapidement repérée. OK ! Je prépare mes affaires, et je décolle.

Je rejoins ma collègue et son collègue, et partons à la recherche du rapace. Sur place, il y a bien des buses, mais pour l’instant aucune trace de celle que l’on recherche. Le premier critère que l’on doit prendre en compte et certainement celui qui nous sautera aux yeux, est sa coloration claire. Alors bien sûr, il existe des Buses variables claires, voire même blanches, mais elles ne sont pas légions par ici, et d’ailleurs ça constituerait également une observation sympathique et pour éviter la confusion, il faudra chercher d’autres points de divergence. Nous suivons une piste, longeons la décharge, hotspot de biodiversité insoupçonné ( goélands, mouettes, cigognes, étourneaux, buses, milans…) et nous enfonçons au milieux des vignes. Nous suivons des jumelles chaque silhouette qui s’envole et traverse le ciel, chaque rapace perché, mais pour l’instant aucune trace de l’oiseau désiré.

DSC03726Buse variable

Nous croisons une voiture… s’il y a voiture ici, c’est qu’il y a ornitho. Effectivement, le conducteur est également venu voir notre buse… et il l’a vu, mais il l’a aussi vu partir il y a quelques heures et plus revu depuis… A-t-elle plié bagage ? Nous ne perdons pas espoir, ce n’est pas dans notre nature. Nous sommes plutôt positifs, et nous savons pertinemment que même en cas d’échec, nous serons heureux. Le grand air nous fait du bien, et je profite de la présence de quelques Rougegorges familiers, très familiers, pour prendre quelques photos.

DSC03728Rougegorge familier

Et puis soudain, alors que nous sommes tout trois dans la voiture, nous nous exclamons d’une même voix : « LA ! ». Un rapace survole le véhicule, il est clair, c’est bon signe ! Procédons à l’identification ! Ailes plus larges, corps plus massif, plus grosse tête et queue plus courte, en comparaison avec les Buses variables présentes sur le site : nous sommes sur la bonne voie ! Mais les critères les plus faciles ne sont pas ceux-là, et lorsque l’oiseau tourne et nous expose son meilleur profil, cela ne fait plus aucun doute. Nous sommes bien face à la Buse pattue… et la magie agit. « Ouahhh ! », « Magnifique ! ». Ce qui nous confirme son identification est sa queue caractéristique : longue, blanche et dotée d’une large bande terminale foncée ; mais ce qui monopolise notre attention, ce sont ces pattes ! En effet, elles ont une caractéristique propre aux oiseaux du nord, elles sont emplumées jusqu’aux serres !

DSC03704Buse pattue

L’oiseau nous gratifie de quelques cercles, et d’une autre particularité, la Buse pattue pratique le vol stationnaire, laissant pendre ses pattes. Je comprends alors que le spectacle que j’ai sous les yeux, il y a très peu de chance que je le vive une deuxième fois dans le sud de la France ! Alors, je savoure. Je profite du moment et du spectacle.

DSC03710Buse pattue

Le soleil et la lumière déclinent doucement, et une autre bonne nouvelle vient se greffer à cette journée bien remplie. Difficile pourtant de faire mieux qu’une première observation lorsqu’on s’intéresse aux oiseaux, surtout lorsqu’il s’agit d’une espèce venue d’une contrée lointaine, mais c’était sans compter sur ma collègue. Elle me propose de l’accompagner lors de son prochain suivi d’espèce, et quelle espèce ! Le Grand-duc d’Europe !

DSC03721

Ah, le Grand-duc et moi, c’est une grande histoire d’amour… ou presque ! Je ne compte pas les heures passées à le chercher. Le chercher lui, ou ses indices de présences. Je n’ai à ce jour, pu le voir que de très loin… alors je me fais mes petites histoires dans la tête, je commence à rêver, à me faire des scénarios plus improbables les uns que les autres… je sais très bien que dans des suivis comme celui-ci, nous devrons nous contenter d’une observation fugace ou lointaine, peut-être même les deux, et encore, c’est si nous sommes chanceux ! Nous ne le verrons peut-être pas, peut-être l’entendrons-nous, peut-être n’y en aura t’il pas du tout… c’est ce qui fait le charme et le piment des prospections naturalistes. On espère, on cherche, on est concentré et attentif à tout ce qui nous entoure… et on peut rentrer bredouille ! On peut aussi vivre des moments uniques et privilégiés. C’est au bon vouloir de la nature, c’est elle qui décide à quel moment la rencontre interviendra… et parfois, c’est lorsque tout espoir est perdu, lorsque nous nous apprêtons à partir enveloppés dans un léger voile de frustration que l’animal surgit ! A cet instant précis, plus rien n’a d’importance, et plus l’attente a été longue, plus le chemin périlleux, plus la recherche difficile… plus la satisfaction est grande ! C’est proportionnel, et ce sont ces moments que je préfère… bien plus qu’une observation facile.

Mais pour l’instant, laissons arriver ce qui doit arriver !

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9 réflexions sur “Une bonne nouvelle n’arrive jamais seule

  1. La patience nécessaire à l’observation est bien rendue. Et là, je reste frustrée par la photo d’une buse lointaine 😉 Dans le monde sous-marin, il faut aussi être patient, mais la distance avec l’animal observé est beaucoup plus courte, ne fusse que pas la visibilité limitée. Bel article

    Aimé par 1 personne

      • Oui, il y a une vingtaine d’années. Ce n’est pas le plus beau spot de plongée de mer Rouge. Les récifs du sud de la Mer Rouge laissent la place à des fonds de sable, sur lesquels sont posés quelques rochers qui concentrent poissons et un peu de corail. De plus ces quelques kilomètres de mer subissent de nombreuses pressions anthropiques. La Jordanie m’a beaucoup plus émerveillé sur terre: sa géologie, son histoire., sa culture. Par contre, pour un baptême de plongée, les sites sont faciles d’accès, l’eau chaude et claire, des courants pas trop forts et le tout avec la possibilité d’admirer quelques poissons exotiques, sans maîtrise de la plongée.

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