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28 septembre 2017 : Le programme était alléchant, très alléchant même. Trois jours complets en Haute-Savoie : deux pour faire l’ascension du Mont Blanc, un pour me remettre de mes émotions, physiquement comme mentalement. Un dernier jour que je compte bien utiliser à la découverte de l’avifaune de ce magnifique département.

C’est ce qui était prévu… à la base. Mais tout ne se passe pas toujours comme prévu… La faute à un train en réparation qui nous fait reporter l’ascension à l’année prochaine. De toute façon, je n’aurai certainement pas été à la hauteur du géant. Des tendinites aux tendons d’Achille me clouent un peu sur place, j’ai certes, l’autorisation du kiné pour reprendre la marche, mais je ne suis pas serein. Cela ne va pas, je le sais, je le sens. Comme pour me confirmer mon manque de physique et pour me dissuader totalement de tenter l’expédition, un meuble, chez moi, a décidé de se jeter sur mon orteil. Bilan de la collision : entorse du petit orteil qui arbore une jolie couleur violette. Les pieds en vrac, je décide de partir profiter tout de même de ces quelques jours.

Si je ne le gravis pas, au moins je veux le voir. Destination l’Aiguille du Midi. J’ai la ferme intention de découvrir ce nouveau monde pour moi. Un monde qui m’attire inéluctablement. Le téléphérique monte doucement, je quitte le plancher des vaches et gagne peu à peu le monde des oiseaux. Je vole au-dessus de la vallée. Premier arrêt et seule escale : Plan de l’Aiguille. Le stop n’est pas long mais suffit à mon bonheur. Une nouvelle espèce vient se greffer à toutes celles que j’ai pu  observer. Il n’est pourtant pas rare, mais à force de courir le monde, je ne prends pas toujours le temps d’explorer mon propre pays. Je garde ça pour plus tard, il arrivera peut-être un jour où je ne pourrai plus voyager. Un accident, un problème de santé est si vite arrivé. Nul ne sait de quoi sera fait demain, ce que l’avenir nous réserve, alors, je profite.

Pour l’heure le téléphérique reprend son ascension et quelques minutes plus tard j’accède à mon point culminant, à près de 3800m au dessus du niveau de chez moi ! Le décor est grandiose et devant mes yeux ébahis se dresse l’immensité des Alpes. Je ne crois pas ce que je vois, la vue est à couper le souffle… le souffle justement… quelle drôle de sensation. Je respire normalement mais je sens que je me fatigue beaucoup plus vite.

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Je suis tout excité, je parcours tous les chemins, tous les escaliers, toutes les terrasses de la gare et soudain m’arrête, estomaqué ! Il est là devant moi, se dresse fièrement, entouré de part et d’autre par ses sujets. Aussi haut soit-il, il ne me parait pas si impressionnant que ça. Il n’est même pas pointu, tout juste arrondi. Il semble paisible, à se demander comment peut-il être aussi meurtrier. Il trône sur le toit de l’Europe… de l’Europe ? Vraiment ? Certainement un raccourci pour dire Europe occidentale. Je me rappelle pourtant très bien avoir appris à l’école qu’il est le plus haut sommet d’Europe, et avoir appris également que l’Europe s’étend jusqu’à la chaîne de l’Oural marquant la frontière avec l’Asie… hors, il se trouve que dans le Caucase, le Mont Elbrouz culmine à 5642m et domine largement notre belle montagne française.

Bref, j’oublie tout ça rapidement, et un oiseau me tire de mes pensées… une fois de plus… le même qu’au Plan de l’Aiguille : le Chocard à bec jaune. J’y redescendrai d’ailleurs pour manger et je compte bien photographier ce petit cousin du corbeau.

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Je continue ma visite, subjugué par tant de beauté. Je ne sais si l’altitude commence à faire son oeuvre, ou s’il s’agit juste de la fatigue, mais je sens ma vue devenir floue. Je vois des couleurs qui n’existent pas. Peut-être ne suis-je pas fait pour la montagne. Peut-être suis-je monter trop vite. Peut-être est-ce un mélange de plusieurs facteurs. Je décide de regagner le téléphérique et de redescendre doucement à une altitude plus raisonnable.

Plan de l’Aiguille, tout le monde descend. Je décide de m’aventurer un peu plus loin, envie et besoin de m’écarter de la foule, de profiter égoïstement des merveilles qui m’entourent. Les oiseaux noirs sont partout, ils restent non loin des touristes. J’ai déjà vécu des missions photo bien plus difficile. Les modèles défilent sans se soucier réellement des bipèdes qui les entourent, se montrant parfois même très familiers. Je prends quelques photos et m’éclipsent.

DSC01020Chocard à bec jaune

Je commence ma petite mise jambe, ma mise en appétit. Je cherche le petit coin tranquille qui m’accueillera pour manger. Le choix n’est pas facile, tout est beau. J’aime vraiment ce coin, ce département, ces montagnes. Je me verrai bien vivre ici quelques temps, pouvoir explorer plus en profondeur ces forêts, ces décors si variés, cette nature, tout simplement… et au détour d’un sentier, une marmotte se montre. Peu farouche ? En réalité, je pense qu’elle ne m’a pas vu. Un groupe de randonneurs me précède de quelques dizaines de mètres, passant à coté de la cachette sans la voir. Les intrus plus loin, le rongeur se montre à découvert… devant moi. Je m’arrête net, et au bout de quelques photos, elle retourne se cacher.

DSC01038Marmotte commune

Un peu plus loin, rappelé à l’ordre par mon estomac, mon manque de souffle et surtout mes pieds qui me font de plus en plus souffrir, je me pose et mange. Devant moi, la vallée de Chamonix s’étend, dans le ciel des oiseaux noirs planent. Je garde toujours un oeil ouvert et l’espoir de croiser un Gypaète barbu mais pour l’instant ce sont des oiseaux bien plus petits qui s’agitent ! Des Niverolles alpines ! Encore une première observation pour moi ! Pas de photo cette fois, mais cette rencontre me réconcilie momentanément avec mes pieds. Merci à eux de m’avoir porté jusqu’ici…

Je compte passer l’après-midi ailleurs alors je descends. On m’a parlé d’un coin propice à l’observation du grand vautour, il ne me fallait pas plus que ces quelques mots pour susciter mon attention. J’irai donc chercher cette montagne.

A force de rouler, j’avoue, je me suis un peu perdu. Je laisse se dérouler sous mes roues la langue de bitume sans vraiment prendre conscience qu’elle est en train de m’avaler. Et puis, un signe du destin, le hasard, un panneau surgit de nulle part et m’indique la direction à prendre. Sans le savoir, je m’étais approché du spot convoité et je me retrouve à quelques minutes du début du sentier. Voilà qui donne le encore plus le sourire. Et effectivement, environ un quart d’heure plus tard, je pose le pied à terre et lève la tête en l’air. Rien ne se montre mais je suis au bon endroit, en atteste des panneaux explicatifs.

Des petits oiseaux vadrouillent de cailloux en cailloux ce sont des Rougequeues noirs… mais je distingue autre chose. Des jeunes Monticoles de roche ! Ils n’ont certes pas encore le magnifique plumage du mâle adulte, avec sa tête gris-bleu et son corps d’un orange vif, mais l’observation est largement compensée par la proximité de l’observation.

DSC01093Monticole de roche

Je continue mon avancée, mais comprends rapidement l’évidence… je n’irai pas beaucoup plus loin, si mes tendinites sont anesthésiées par l’effort, ce n’est pas le cas de l’entorse et chaque pas devient progressivement un supplice. Un Grand corbeau me surveille du haut de son promontoire, il me suit des yeux, me voit m’arrêter et faire demi-tour. Je n’aurai progressé que d’un quart d’heure, j’ai comme un petit goût d’inachevé dans la bouche mais c’est vite oublié. Je redescends en direction du parking recroisant mes copains à plumes.

DSC01100Grand corbeau

Le parking commence à se dégager, il ne me reste que quelques virages pour y accéder. Je prends mon temps, descends doucement… il me faut partir mais je ne veux pas quitter cet endroit. Machinalement, je me retourne et jette un dernier regard derrière moi, en direction des montagnes. L’oeil avisé, celui qui a l’habitude de chercher des oiseaux, détecte parfois des choses avant que j’en prenne moi même conscience… une fois de plus, c’est ce qu’il se passe. Un point dans le ciel. Je sors mes jumelles à la hâte. Aucun doute possible, c’est un gypa ! La silhouette est caractéristique, sa forme cunéiforme donne à l’oiseau cette forme de croix. Je ne grimace plus, je souris à nouveau. La nature pense peut-être que j’ai été assez courageux pour mériter cette observation… je ne suis pas aussi catégorique.

Je reprends ma route, rejoint par un couple de québécois. Ils me voient jumelles en main et me demande si j’ai vu le charognard. Je réponds par l’affirmative, ils me confient qu’ils ne l’ont pas vu alors qu’ils sont là depuis ce matin. Je revisse mes jumelles sur mes yeux… surprise… il y a maintenant deux gypaètes ! Je m’empresse de le leur dire… le sourire est sur toutes les lèvres !

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La journée se termine, je rentre de cette riche sortie avec des images et des souvenirs plein la tête… mais je reviendrai. J’en suis convaincu ! Il me reste tant à voir !

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15 réflexions sur “4809

  1. mais qu’est-ce que c’est que ce titre, jérôme??? pas étonnant que je sois passée à côté de cet article, j’ai dû croire à une erreur 😉
    c’est donc un retour en arrière avec ce billet, si je comprends bien?
    et puisque tu l’as demandé, voici la moisson du jour:
    Je suis tout excité, je parcoure tous les chemins
    Je compte passé l’après-midi ailleurs alors je descends
    je reprends ma route, rejoins par un couple de québécois
    pour ma part, en ce moment je suis subjuguée par mes écrans et tente (quand j’y pense) de capturer les débuts de vie des cigogneaux noirs qui à peine nés bouffent déjà des grenouilles presque aussi grosses qu’eux!!!

    Aimé par 1 personne

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