Episode 13 : Dernier bout de terre

7 décembre 2017 : Aujourd’hui, je quitte cette terre et embarque sur les eaux de l’Océan Atlantique. Je ne rentre pas en bateau et mon avion ne décolle que demain. Non, si je prends la mer, c’est pour partir à la découverte des îles du Salut.

De bonne heure, je me rends au port. Un peu en avance, j’en profite pour faire un petit tour. Le marché de poisson non loin de là, ainsi que la présence des pêcheurs attirent les Urubus noirs, le plus commun des quatre présents en territoire guyanais. Il s’agit d’une sorte de vautour de l’Ancien Monde curieusement plus proche génétiquement des cigognes que des vautours que l’on peut croiser au détour d’une randonnée en Lozère. Ils ne sont pas les seuls présents et de bon matin, cela s’agite un peu partout… mais ils sont si imposants et peu discrets que ce sont eux que l’on retient le plus. Que ce soit au sol sur le parking, au pied des pontons menant à l’embarcadère ou au sommet des lampadaires, rien ne semble pouvoir résister à cet étrange volatile.

Urubu noir 2Urubu noir

Petit tour terminé, le guichet est ouvert. Il ne me reste plus qu’à récupéré mon ticket et à attendre patiemment le départ du bateau. Comme dans toutes les situations, toutes les civilisations et toutes les époques, il y a des retardataires… ce jour ne déroge pas à la règle.

Une fois tout le monde et toutes les marchandises à bord, nous voilà partis pour une heure de traversée. La mer n’est pas particulièrement agitée, les vagues pas non plus imposantes. Je me cale en tentant d’identifier ce que je peux observer. Quelques tournepierres s’envolent, je cherche en vain un éclair écarlate qui me signalerait la présence d’Ibis rouge… ça ne sera pas pour cette fois. Kourou se dessine sur notre gauche puis s’efface presque instantanément sous les plumes des bécasseaux et autres pluviers dessinant des reflets argentés au dessus de l’eau… et puis, c’est à peu près tout. Je distingue néanmoins quelques sternes au loin. Par chance, le bateau frôle les bouées, des Sternes caugeks (bec noir) et des Sternes de Cayenne (bec jaune) sont posées dessus et regardent passer les bateaux comme les vaches le font avec les trains.

DSC03548Sternes caugek et Sternes de Cayenne

L’embarcation suit son chemin et devant nous grossit à vue d’oeil l’île tant désirée. Les détails se font de plus en plus précis, de plus en plus réels. Les points verts sont désormais des palmiers de plus en plus accueillants. J’ai l’impression que l’eau s’éclaircit également. Dans ce petit coin de paradis, le tanin recraché par les mangroves n’affectent pas la couleur de l’eau…. petit coin de paradis, aujourd’hui. Je doute que les anciens occupants soient d’accord avec ce point de vue. Il fut un temps où les Îles du Salut accueillaient un bagne, dans lequel séjourna notamment Alfred Dreyfus. Les cellules ne sont plus, les gardiens ont disparu laissant place à des iguanes qui se prélassent au soleil et souhaitent la bienvenue aux nouveaux visiteurs.

DSC03575Iguane vert

Sitôt le premier pied posé au sol, je m’envole à la découverte de ce bout de terre. A l’affût du moindre petit bruit et je commence mes observations. Les Troglodytes familiers et  les Sporophiles à ailes blanches pullulent et se montrent volontiers à découvert. Des colibris filent comme des flèches. Les Merles leucomèles chantent de tout coté. Pigeon vineux et Tourterelle oreillarde s’envolent dans la végétation. Tournepierres à collier et Chevaliers grivelés se laissent observer de loin… en effet, le sentier longe la cote mais la surplombe également. Des falaises peu profondes mais glissantes et dangereuses se jettent dans la mer. En bas, des rochers dépassent des flots, c’est ici que les limicoles ont décidés de se percher.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAMerle leucomèle

Niveau mammifère, c’est assez intéressant également. Un peu partout des boules de poils se mettent en évidence. Chassés sur le continent, où ils se révèlent très discrets et essentiellement visibles en début de matinée, les agoutis trouvent ici un lieu paisible de quiétude et de tranquillité. Ce sont de gros rongeurs à l’allure amusante et aux beaux reflets roux. Ils restent sans trop de crainte à se nourrir sur les pelouses, ne s’échappant que lorsqu’ils jugent la distance les séparant de l’envahisseur un peu trop courte… s’échapper est un bien grand mot, l’animal ne détale pas mais ne s’éloigne que de quelques mètres.

Alors que j’avance sur un sentier, un bruit attire mon attention. Sur ma droite, j’entends une sorte de tapement. Je lève la tête et tente d’apercevoir quelque chose à travers la végétation. Perchés sur une branche deux Capucins bruns s’excitent sur une noix de coco. Celui qui a l’air le plus jeune, le plus petit en tout cas, scrute avec intérêt les gestes de son ainé qui tellement occupé par sa noix ne se rend pas compte de ma présence. Et puis, en un éclair, je suis remarqué et n’ai plus personne à observer.

DSC03598Agouti

Les aiguilles courent ! Le temps file à la vitesse d’un colibri… il me faut déjà regagner l’embarcadère. Fin de visite et dernière observation. Je détecte un oiseau qui se faufile dans un bosquet isolé. Je m’avance doucement, la boule de plume n’est pas bien grosse et se tient posé sur une branchette, fière, une brindille dans le bec. Je comprends rapidement qu’il est en train de faire son nid. Je reste à distance et observe son va et vient. L’oiseau en question, peu farouche, est un Todirostre tacheté.

DSC03686Todirostre tacheté

Et puis, mon regard est attiré vers la mer… j’ai cru voir quelque chose plonger… alors j’observe, je scrute… ai-je rêvé ? Non ! Quelques secondes plus tard, une tortue remonte à la surface pour prendre sa respiration… quelques secondes de plus, et là voila disparue.

DSC03663

Fugace mais réjouissante observation. Je monte sur le bateau. Le bateau fend l’eau. L’eau nous porte jusqu’à Kourou. Kourou, demain je te quitte. Demain, je quitte la Guyane ! Je la quitte mais ce n’est pas définitif ! Ce n’est qu’un au revoir, je reviendrai ! Je le sais, je le sens ! Cette terre dont je rêvais depuis longtemps a tenu ses promesses. Alors au revoir, mais à bientôt !

 

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10 réflexions sur “Episode 13 : Dernier bout de terre

  1. contente de retrouver la suite de tes aventures, jérôme! j’espère qu’entre ce billet et le précédent, il ne s’est rien trouvé de fâcheux pour ta douce et toi….
    fidèle à l’attention portée à tes textes, voici les deux phrases où il manque juste un petit accent et un e 🙂
    en effet, le sentier longe la cote mais la surplombe également
    Je m’avance doucement, la boule de plume n’est pas bien grosse et se tient posé sur une branchette, fière, une brindille dans le bec

    Aimé par 1 personne

    • Merci !
      Non, tout va bien, je te rassure. Mais c’est vrai que j’aurai pu mettre un petit message…
      Juste un petit manque de motivation, on va essayer de tenir la rythme, mais ce n’est pas toujours facile de se tenir à jour. En tout cas, merci pour ta fidélité ! 🙂

      Aimé par 1 personne

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