Episode 12 : Mission grenouille

6 décembre 2017 : On dit qu’une fois n’est pas coutume, mais ici ça commence à devenir une tradition… tradition, un mot qu’ont inventé les Hommes pour justifier les mauvaises habitudes. Mais aujourd’hui, la tradition n’est pas d’origine anthropique mais plutôt originaire des tropiques… De la pluie ! Pour ne pas changer ! C’est humide ! C’est pluvieux ! La nuit fût très arrosée et ça n’a pas l’air de vouloir s’arranger. Pas vraiment de quoi motiver à une exploration profonde, je me laisse guider par les éléments, attends que l’eau s’arrête, me laisse porter par les vents pour découvrir de nouvelles terres où allumer le feu de mon appareil.

Ce soir, une sortie herpéto est prévue… au moins l’humidité ambiante aura ça de bon, les amphibiens devraient se montrer. D’ailleurs hier soir, Audric a assisté à un spectacle incroyable : une explosive ! Un rassemblement d’anoures au cours duquel toute tentative de communication vocale humaine s’avère rapidement voué à l’échec. J’espère vraiment pouvoir vivre cette expérience à mon tour. J’étais déjà impressionné par la sortie d’il y a quelques jours, les Dendropsophus minutus m’avaient proposé un spectacle inoubliable.

En attendant, je me dirige vers la Pointe des roches. Je sais qu’il y a quelques limicoles et j’ai déjà pu y observer quelques espèces : Pluvier argenté et semiplamé, Bécasseau sanderling, semipalmé, maubêche et minuscule, Tournepierre à collier… la liste est déjà intéressante en soi. J’aime ces petits oiseaux qui courent le long du rivage. Mais surprise ! Une bonne ! Si les espèces sont toujours les mêmes, je suis agréablement étonné par le nombre d’individus présents. En fait les roches ont disparu sous des boules de plumes, ça grouille de Scolopacidae… mais à peine ai-je le temps de me réjouir que la pluie vient me rappeler à ses mauvaises habitudes.

DSC03356Limicoles

Je me suis réfugié, je range mes affaires… je rentre après-demain… je lis, écoute de la musique… tue le temps. J’attends le soleil ou du moins que les nuages s’écartent. Il suffisait de le dire, voilà une petite éclaircie. J’embarque mon sac à dos et embrasse le moment. Je me dirige vers l’étang de Bois-diable, en effet, je me suis aperçu en faisant un premier tri de photos que je n’avais pas de photo exploitable de Jacana noir. Il se trouve qu’il est facilement observable sur ce point d’eau.

DSC03387Jacana noir

A peine arrivé, un sifflement jusqu’alors inconnu me parvient. Je cherche l’oiseau dans les feuilles, et le devine. Malheureusement, trop bien camouflé pour se laisser photographier, l’oiseau se défile. Je le vois sauter de branche en branche, avant de se mettre à découvert et de s’enfuir. Ai-je perdu une bonne occasion d’immortaliser une nouvelle espèce ? Non, le sifflement reprend. Un autre individu, se montre non loin, c’est un Troglodyte familier et, je ne le sais pas encore mais ces chants m’accompagneront jusqu’à la fin de la sortie.

DSC03365Troglodyte familier

L’après-midi défile à vive allure et je slalome entre les gouttes. Je tire le portrait à quelques compagnons ailés avant de finalement rentrer et me préparer pour la sortie nocturne.

Départ donné, il fait déjà presque nuit et nous en avons pour environ deux heures de route. Direction Kaw et sa forêt. Audric a repéré deux ou trois spots qui pourraient se révéler intéressants. C’est lui le guide, nous suivons. Après un bref arrêt au stand pour le ravitaillement, nous revoilà en route. Nous avons déjà bien avancé, il ne nous reste que quelques kilomètres avant le premier arrêt. La voiture s’embarque sur une piste en latérite l’espace de quelques mètres, nous bifurquons sur notre gauche et stoppons le véhicule. Nous sommes arrivés. A priori il n’y a pas grand chose à voir… ça fait un peu de bruit mais rien d’assourdissant, et ça n’a pas l’air de beaucoup bouger. Le point d’eau n’est pas loin, mais n’est pas visible d’où nous sommes, une petite butte nous en sépare. La petite expédition parvient sans mal à son but mais les premières observations sont bien maigres… quelques crapauds et… des guêpes ! Mais soudain une tortue est débusquée, c’est une Platemys platycephala ou Platémyde à tête orange, et après une séance photo mouvementée, nous décidons de la laisser tranquille.

DSC03443Platémyde à tête orange

Mais la tortue, bien que rencontre très sympathique, ne constitue pas la principale observation du site. Une magnifique grenouille arboricole est trouvée, peut-être la plus belle espèce de rainette du monde selon certains, et je ne suis pas loin de le penser également. C’est une Phyllomedusa tomopterna ou Phylloméduse tigrine, verte avec des grands yeux et des flancs orangés tigrés ! De toute beauté ! Je vais rester devant elle un bon moment à l’admirer et la photographier sous toutes les coutures. Il faut dire que la bête est coopérative, elle ne bouge pas beaucoup, se déplace au ralenti mais avec précision et dextérité.

DSC03454Phylloméduse tigrine

DSC03498Phylloméduse tigrine

DSC03485Phylloméduse tigrine

Départ annoncé pour le deuxième arrêt, nous nous garons à l’entrée d’un sentier… que nous ne prenons pas. Non, notre itinéraire emprunte un layon presque invisible de l’autre coté de la route. Une fois de plus, heureusement qu’Audric est là, notre guide en forêt, on voit qu’il connait ce petit monde comme sa poche et arrive à se repérer grâce à des indices qui demeurent pour moi invisibles et toujours un mystère. Comme il y a quelques jours, les minutus sont légion… mais beaucoup moins présente qu’hier apparemment. Audric est déçu, il espère pouvoir nous faire partager son expérience vécue. De mon coté, je suis déjà satisfait. La phylloméduse m’a embarquée dans son monde et je n’en suis toujours pas revenu. Quelle magnifique créature !

DSC03505Dendropsophus minutus

Les Dendropsophus minutus ne sont pas les seuls amphibiens sur les lieux et nous partons rapidement à la recherche des autres espèces du site. Nous gardons l’espoir de surprendre un crapaud cornu. Drôle de crapaud très discret et qu’on observe principalement à cette période de l’année. Mais point de crapaud… les rainettes sont elles bien présentes en revanche. Sur une feuille, une Scinax à taches oranges exhibe sa livrée sombre.

DSC03525Scinax à taches oranges

Un peu plus loin, une Rainette marbrée noire. Mais nos faveurs iront vers d’autres petites rainettes : des Rainettes à bandeau, de charmantes petites grenouilles toute en élégance. Discrètes, leur couleur se confond avec celle des minutus, alors lorsqu’une est repérée, nous nous retrouvons tous au même endroit. L’appel est lancé, nous voilà tous à observer un couple sur une branche. Elles ne semblent pas vraiment dérangées par notre présence, mais nous décidons de les laisser tranquille.

DSC03506Rainette marbrée noire

DSC03517Rainettes à bandeau

Nous rebroussons chemin, et encore une fois, j’ai beau regarder autour de moi, impossible de savoir par quel endroit nous sommes arrivés. Tout est pareil. Tout se ressemble. Et le layon que nous empruntons me parait encore plus invisible qu’à l’aller. Il est vraiment facile de se perdre dans ces forêts.

Audric nous dirige vers le dernier spot à explorer. Celui-là est encore plus caché. L’entrée est proprement invisible… et après quelques dizaines de mètres, les arbres s’écartent. Une nouvelle mare fais son apparition sous nos yeux, au milieu de rien… mais ce qui nous choque… c’est le silence… pas un bruit… ou si peu… les grenouilles ne sont pas là… pour ce genre d’évènement, il faut avoir la chance d’être là le bon jour… à une nuit près, tout peut changer du tout au tout… et ce soir, ce n’est pas notre soir. Tant pis pour les explosives, ce n’est que partie remise… je ne suis pas déçu, je rentre avec une belle collection de photos d’amphibiens, des êtres auxquels je ne prête pas assez d’attention. J’essaierai d’y remédier par le futur. Je rentre aussi avec le bonheur d’avoir croisé les yeux gris de la Phylloméduse tigrine… et ça, c’est déjà quelque chose !

Publicités

38 réflexions sur “Episode 12 : Mission grenouille

  1. Un régal une fois de plus et tes photos de la phylloméduse sont superbes (bon les autres aussi), mais je craque devant leur beauté. Quelle richesse tout au long de cette série. C’est fou de ne plus voir le sol tellement il y a de limicoles.
    Bon c’est quand le prochain voyage ? 😉
    Merci vraiment pour ces partages.
    Belle fin de journée à toi

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s