Episode 11 : Prenons de la hauteur

5 décembre 2017 : Une fois de plus, le hamac a eu raison de moi. Quelques lignes de mon livre lues et mes yeux se sont fermés. Nuit douce bercée par le tintillement des goutes de pluies qui s’écrasent sur le toit du carbet. C’est officiel, la saison des pluies a commencé.

Mais ce matin, la pluie n’est plus. Le soleil semble sortir vainqueur de sa lutte sans merci. Le ciel est pour l’instant bleu mais l’atmosphère reste lourde, pesante, humide… j’ai bien compris que la pluie peut arriver aussi vite que ce qu’elle part. Pour rajouter une couche dramatique à cette ambiance, des hurlements se font entendre… au loin, un groupe de singes hurleurs vagabondent de branches en branches. Spectacle habituel de la forêt. Jusqu’ici, je les ai entendus tous les jours passés sur le terrain, mais ne les ai toujours pas vus. Ils sont pourtant peu discrets mais leur cri est si puissant qu’il s’entend à une distance considérable, et ce n’est pas parce qu’on discerne nettement ces vocalises que le primate est dans l’arbre d’à coté. La densité de la canopée n’aide pas non plus, le groupe pourrait se déplacer à quelques mètres qu’il pourrait rester complètement invisible.

Autre habitant bruyant, le Caracara à gorge rouge. Celui-là j’ai pu l’observer il y a quelques jours, et conformément à sa réputation, il est toujours responsable d’un vacarme sans pareil. Aujourd’hui, les cris proviennent de l’autre rive du Kourou, d’un arbre dominant les autres. Je sais qu’ils sont là, je les entends parfaitement mais ne parviens toujours pas à les distinguer. J’ai pourtant mis toutes les chances de mon coté, je suis descendu de mon perchoir et suis au bord du fleuve. Il n’y a, si ce n’est le fleuve, aucun obstacle entre l’arbre en question et moi. Et puis, je ne sais pour quelle raison, en un instant, tout le groupe s’envole, franchit sans difficulté le cours d’eau, me passe au-dessus et s’efface rapidement par delà la canopée. Dans quelques minutes je ferai comme eux, je m’envolerai à mon tour en direction de la cime des arbres.

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Le ciel se couvre de ses tristes habits, cela n’augure rien de bon. La brume matinale chargée d’humidité recouvre la végétation. La décision est tout de même prise de partir à l’assaut des hauteurs. Nous enfilons nos baudriers et sommes équipés pour quelques tyroliennes et ascensions. Je m’élance dans le vide, transperce le feuillage, je vole comme ceux que j’affectionne et atterrit sur le sol. Joie de courte durée, ce qui devait arriver arriva… la pluie ! L’invité surprise ne nous aura pas évité et de grosses gouttes commencent à atteindre le sol. Rien d’inquiétant pour le moment, les gouttes sont peut-être grosses, l’averse, elle, reste supportable, filtrée par le voile de chlorophylle au dessus de nos têtes.

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Par un jeu de corde, je réalise mon ascension. Une vingtaine de mètres à gravir et je domine la canopée. Tout autour n’est que verdure à perte de vue. Verdure et gros nuages. La pluie qui s’était évanouie reprend vie ! Doucement dans un premier temps, et si elle ne nous empêche pas de profiter du paysage, elle réduit les observations ornithologiques considérablement. Un Urubu à tête jaune dessine des cercles dans le ciel jusqu’à disparaître au loin… et puis, c’est à peu près tout… il ne subsiste que quelques Caciques verts, un classique !

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Malgré les nuages, la vue est imprenable. Nous sommes au dessus de tout. L’aménagement réalisé ici est tel que nous surplombons la forêt et avons la vue dégagée. Des passerelles nous permettent d’évoluer sur quelques mètres, de quoi se perdre au milieu des lianes et des épiphytes et de se rêver quelques instants en enfant sauvage… quelques instants seulement, la pluie, plus sauvage et violente que la nature qui nous entoure, refait surface et nous enlève à nos songes de jeunesse.

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Cette fois, la pluie semble inarrêtable. Elle fond sur nous avec envie et férocité ! Un appétit sans fin, ni faim, qui signe la fin de l’escapade. Avant que le ciel ne nous tombe sur la tête, la décision est prise de redescendre. Le processus est assez long, nous sommes un petit groupe d’une dizaine de personnes et la descente s’effectue en rappel, deux par deux. Chaque binôme devant attendre que le précédent touche le sol est que les cordes remontent, en priant pour que la pluie ne nous submerge pas.

La chance, si on peut appeler ça comme ça, est avec nous. Nous parvenons, sans encombre à descendre et à faire la dernière tyrolienne, celle qui nous ramène au campement dans un calme relatif. Pieds posés au sec, l’eau s’abat en un rideau continu. Nous sommes à l’abri mais difficile de trouver un habit sec… et de toute façon ça servirait à quoi ? Nous avons bien compris que nous sommes condamnés à un retour difficile vers Kourou. Deux heures de pirogues qui s’annoncent pour le moins humide…

Prémonition vérifiée… la pluie n’a pas baissé en intensité… nous sommes en boule dans la pirogue et quelques têtes courageuses et encapuchées dépassent de l’embarcation. Et puis, aussi inexplicablement que cela puisse paraître ou peut-être tout simplement parce que tout a une fin… et que finalement, plus on s’éloigne du début, plus on se rapproche de la fin… la pluie s’arrête, laissant entrevoir quelques éclaircies et quelques sourires sur les visages. Comme de coutume, j’observe les alentours et comme de coutume également, les éclaircies sont synonymes de réveil. Un vol superbe de Caciques culrouge nous devance ! Je n’avais jusqu’alors pu les observer que de loin sans pouvoir profiter de leur couleur vive…. et ils n’hésitent pas à nous l’exhiber : un magnifique plumage rouge vif qui contraste avec le reste sombre du corps.

L’appareil est rangé et j’avoue ne pas avoir la motivation de le sortir… et c’est le moment qu’ont choisi les toucans pour traverser le cours d’eau. Au dessus de nous, un puis deux, puis trois… nous suivons un toucan du regard et une fois qu’il disparait sur notre gauche, un autre apparaît sur la droite… le défilé ne cesse qu’après six ou sept individus. C’est ainsi que se termine notre expédition en canoë et en canopée, deux mots qui sonnent presque pareil, complètement différents mais qui au final auront été presque aussi humides l’un que l’autre !

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13 réflexions sur “Episode 11 : Prenons de la hauteur

  1. Aïe, pluie et photo ornitho font rarement bon ménage… Pendant du moins, après c’est autre chose, la preuve 🙂 En dépit de cela, je trouve tes photos de cette forêt exubérante très très belle, j’aime cette ambiance ouatée au niveau de la canopée… Bon, je sais, facile à dire au sec devant mon ordi mais c’est sincère 🙂 Merci pour la balade Jérôme 😉
    Seb

    Aimé par 1 personne

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