Episode 9 : Observations matinales

3 décembre 2017 : Rien à déclarer ! Tout va bien ! Une fois dans mon hamac, enveloppé par le sombre voile de la nuit, je n’ai guère lutté. Toute résistance aurait été vaine de toute façon. Parfois, il faut savoir lâcher prise. Je me suis réveillé à mesure que le soleil ôter délicatement la noirceur du ciel. Tout est calme et ces quelques nuits suspendues au dessus du sol ne sont pas pour me déplaire. J’y trouve un sommeil réparateur et, c’est sûrement psychologique, la sensation bizarre que mes douleurs liées à des tendinites aux tendons d’Achille s’évaporent… de là à installer un hamac à mon domicile, il n’y a qu’un pas que je ne pourrai franchir…

Le silence de la torpeur matinale ne dure qu’un temps et rapidement, la nature et ses habitants à plumes donnent de la voix. En ce début de journée, ce ne sont pas les plus calmes qui se manifestent. Un vacarme sans nom s’élève de la forêt. Une cacophonie qui ne semble vouloir disparaître. Ca crie, ça hurle ! Je ne comprends pas ce qu’il se passe, je ne sais pas de quoi il s’agit précisément… j’étais pourtant prévenu. On m’avait bien dit « s’ils sont là, tu le sauras rapidement » et, en effet, difficile de passer inaperçu et de cacher sa présence en faisant un tel raffut ! Je ne les identifierai pourtant que lors de leur passage en zone dégagée. Ce sont des Caracaras à gorge rouge et ils portent bien le nom qu’on leur donne ici : Kankan !

Caracara à gorge rouge

Les petits oiseaux commencent à se montrer… loin, bien trop loin… ce ne sont que des petits points plus ou moins colorés qui s’agitent à la cime des arbres. Quelques Callistes diable-enrhumé descendent peu à peu et traversent le camp à tire d’aile. Un Barbacou noir s’installe à découvert sur une petite branche dépassant de la végétation. Mais ce sont les grands oiseaux que nous sommes impatients de voir ! En effet, ce camp a un sacré potentiel et tous les espoirs y sont possibles ! Toucans, perroquets et rapaces passent souvent à proximité ! Hier, avant notre arrivée, les quelques chanceux présents ont pu assister à un spectacle incroyable : un Aigle noir et blanc et une Harpie féroce dans le même arbre ! Observer une de ces deux espèces est déjà rare en soi… la probabilité de voir les deux dans la même journée n’est pas élevée, et celle de les voir dans le même arbre au même moment doit frôler le néant. De nouveaux cris me tirent de mes pensées. Les premiers visiteurs attendus viennent d’arriver ! Des Papegeais maillés se sont posés… à contre-jour.

Papegeai mailléPapegeai maillé

Observation aussi attendue que rapide… aussi vite arrivés, aussi vite partis… les perroquets ne nous ont pas fait l’honneur de leur présence très longtemps. Mais tout cela est vite oublié, pas le temps de se morfondre sur une déception, la nature nous offre un autre cadeau ! Une belle Buse blanche vient de se poser sur l’arbre en face de nous… pas de contre-jour, bien à découvert… parfait ! Mais une fois de plus, le rapace décolle rapidement… mais cette fois, la nature a pitié de nous, l’oiseau s’arrête sur un arbre un peu plus proche et sur un fond de ciel bleu ! Que demander de plus ?

DSC03219Buse blanche

DSC03223Buse blanche

Les petits passereaux se mettent une nouvelle fois en évidence. Les matinées guyanaises sont décidément riches et ça vaut vraiment la peine de se lever tôt. Le calliste se montre une nouvelle fois, avec sa tête bleue et sa proie au bec ! Une Oriole à épaulettes nous rend visite à son tour, un oiseau avec une tâche jaune sur chaque aile contrastant admirablement avec la noirceur de son plumage. Puis les courants et omniprésents Tangaras des palmiers participent au spectacle proposé.

Calliste diable enrhuméCalliste diable enrhumé

Oriole à épaulettes 2Oriole à épaulettes

Tangara des palmiers 2Tangara des palmiers

A mesure que le jour avance, les observations se raréfient. La majeure partie des acteurs ont disparu. Si je veux voir un peu plus de plumes, il me faut parcourir la lisière des forêts, les oiseaux s’y montrent un peu plus longtemps. Alors j’emprunte un chemin, mais qui se faufile derrière le camp. Je ne suis pas dans la forêt en elle même, mais de chaque coté je peux en voir une partie et au fur et à mesure que j’avance, elle semble avaler le sentier. La végétation se resserre, des branches transpercent le chemin de part en part obligeant à des mouvements de contorsion… je fais finalement demi-tour, bredouille… et me console avec des Anis à bec lisse qui sèchent leurs ailes au soleil.

Ani à bec lisse 4Ani à bec lisse

Je retourne au camp. Ma soif de photos est trop grande et je suis décidé à trouver un autre sujet. Je sais pertinemment que ce n’est pas le bon moment, et que la plupart des oiseaux se sont cachés. Ils ressortiront en fin d’après-midi… oui, mais nous ne serons plus là… si je veux immortaliser un dernier animal, c’est maintenant ! Alors, je fais le tour des carbets et observe les branches à découvert… et là, devant moi, une femelle de Colibri topaze reste figée sur son perchoir pendant de longues minutes. Merci madame !

DSC03235Colibri topaze

C’est l’heure du départ, nous ramassons toutes nos affaires et embarquons ! Mais à peine avons-nous démarré qu’un magnifique Jacamar à longue queue se pointe. Il est en hauteur sur une branche qui traverse la piste et observe le cortège des véhicules qui s’échappe. J’avais déjà vu et photographié cet oiseau lors de mon séjour à Kaw, mais l’oiseau, peu coopératif, s’était monté à contre-jour dans la faible lumière de la matinée. Je suis d’autant plus content d’avoir une deuxième chance.

Jacamar à longue queue 2Jacamar à longue queue

Jacamar passé, nous roulons en scrutant les alentours. Nous savons que le coin est riche, il n’est pas impossible de surprendre une harpie sous la canopée, de se faire survoler par des toucans ou de voir traverser devant nous un petit ou un gros mammifère… mais ce sera un serpent qui nous fera nous arrêter. Personnellement, je ne l’avais pas vu… ou alors pris pour une branche… mais Audric, lui, a l’habitude et l’oeil aguerri. Le serpent était sur la piste et aurait pu se faire écraser facilement. Nous stoppons la voiture après l’avoir dépassé. Audric l’attrape et le pose sur un arbuste. Le mimétisme est saisissant. La courte manipulation a eu l’effet de l’animer, et le voilà bien actif sur son nouveau perchoir. C’est un Liane à gueule noir, et lorsqu’il nous exprime son mécontentement on s’aperçoit rapidement que son nom n’est pas usurpé : effilé comme une liane et la gueule noir brillant.

OLYMPUS DIGITAL CAMERALiane à gueule noire

OLYMPUS DIGITAL CAMERALiane à gueule noire

Nous arrivons sans encombre à destination. C’est la fin d’une aventure… mais demain je pars pour une autre !

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