Episode 8 : Anoure, mon amour !

2 décembre : Je ne dois pas être encore complètement tropicalisé. Paraît-il que la nuit a été froide, ou tout du moins humide… et que cette humidité latente a été pour certains source d’une fraîcheur que je n’avais pas soupçonnée jusqu’à mon réveil. Il faut dire que nous sommes au mois de décembre et que je suis habitué aux températures qui sévissent en cette saison en métropôle… On s’accoutume rapidement à la chaleur, j’en avais fait l’expérience lorsque je vivais en Gwada : le soir venu, la température chutait de quelques degrés, il m’arrivait alors de sortir les manches longues. Bien sûr, il faisait encore très bon, et il est très rare que le mercure descende sous les 20°C… mais comme quoi, le chaud a rapidement fait de nous embarquer avec lui.

Pour l’heure, c’est la forêt qui nous embarque et nous profitons des premières heures justement, pour apprécier le lever du soleil. Ensuite, nous nous engouffrons entre les arbres et je découvre ce que j’ai raté hier. Nous sommes tellement monté vite que je n’avais pas vu ces arbres infinis, ces rochers gigantesques, cette végétation luxuriante et tous ses habitants pourtant nombreux. C’est d’ailleurs sur ce point, et comme à notre habitude, que nous allons nous attarder. Une dendrobate réside en ces lieux, et il faut plus précisément la chercher dans l’humidité et à proximité des chablis, ces arbres tombés qui lui offrent l’opportunité d’une cachette inespérée. Mais apparemment, il est de plus en plus difficile de la trouver. Audric me fait part d’une de ses nombreuses remarques personnelles intéressantes, celle-ci est inquiétante : plus il vient, moins il en voit ! Ce jour, j’en trouverai une ! Magnifique ! J’ai déjà eu la chance d’en voir au Costa Rica, mais celle-ci est remarquable par sa taille ! Je suis impressionné ! Je ne l’imaginais pas si imposante… même si elle doit faire, en tout et pour tout, aux environs d’une demi-douzaine de centimètres… et sa livrée est somptueuse également, d’un sombre brillant agrémenté de quelques volutes jaune vif ! Si flashy et pourtant si discrète dans les feuilles mortes… si rapide aussi, si fugace qu’elle échappe rapidement à notre surveillance. Cela fait partie du jeu, et rajoute également un peu de piment à ces rencontres.

Nous plions le camp, il est l’heure pour nous de déménager. Ce soir nous dormirons ailleurs : un ancien camp d’orpaillage qu’un ami d’Audric souhaiterait reconvertir en éco-lodge. Nous y serons à l’abri, nul besoin de tendre de bâche, le hamac et la moustiquaire suffiront ! Mais avant, une séance photo s’impose, et c’est un magnifique, et néanmoins courant, serpent rouleau qui servira de modèle.

OLYMPUS DIGITAL CAMERASerpent rouleau

Je retourne aux sources, ça fait du bien… avec toutes ces plumes, j’en oubliais presque que c’est la nature en elle même et toutes ses beautés qui m’ont orienté progressivement vers l’observation d’oiseaux ! Je retrouve progressivement mes yeux d’enfants, ceux remplis d’innocence qui s’émerveillent sur tout et n’importe quoi ! « Une transformation s’effectue, une croissance douloureuse : je suis comme un serpent,…, traînant les lambeaux desséchés d’une vie antérieure, presque aveuglé par les écailles mortes sur ses yeux neufs. J’ai du mal à m’adapter car je ne sais qui s’adapte ; je ne suis plus cet ancien personnage, pas encore le nouveau. » (P. Matthiessen : Le léopard des neiges)

Mais à peine ai-je mis les pieds dans notre nouveau camp, que mes vieux démons refont surface… les oiseaux ne me laisseront jamais tranquille ! C’est de bonne guerre ! Perchée sur un palmier wasaï, une discrète Pénélope marail se délecte. Elle disparaîtra quelques minutes plus tard pour y revenir une fois l’après-midi bien avancé.

Pénélope marailPénélope marail

Si la pluie était omniprésente hier, ici la chaleur domine. Le soleil réchauffe les coeurs et nous en profitons pour faire sécher les bâches et nos quelques affaires humides. Voila notre occupation du moment, les visiteurs sont rares et nous le savons, il faudra attendre que l’astre solaire baisse en intensité pour revoir apparaître nos amis ailés.

L’heure avance et les observations commencent doucement à se faire plus régulière. Je me perds dans un coin particulièrement fourni en passereaux. Je vois du bleu, du jaune et du bariolé, du Guit-guit céruléen, du Sucrier à ventre jaune et du Calliste diable-enrhumé ! Un furtif Myrmidon du Surinam et les habituels Anis à bec lisse ! Des Caciques vert et des Caciques cul-jaune, des classiques toujours classieux !

Cacique cul jaune 2Cacique cul-jaune

La nuit arrivant, nous préparons à nouveau nos affaires… mais cette fois, nous partons pour une aventure nocturne, une exploration herpétologique qui s’annonce une fois de plus passionnante ! A quelques kilomètres du camp, dans une clairière au milieu de la forêt, se trouve une mare temporaire, lieu de réunion de milliers d’anoures à la saison des amours ! Frontale vissée sur la tête, nous nous rapprochons du point d’eau en question guidé non par une petite voix intérieure mais par un vacarme assourdissant bien réel ! Les arbres s’écartent peu à peu, et sous la clarté de la pleine lune et de nos lampes s’étire sous nos yeux la mare en question ! Je n’en crois ni mes yeux, ni mes oreilles ! Ce que je vois est incroyable ! Ce que j’entends tapageur ! Atmosphère unique ! A chaque pas des dizaines de petites grenouilles jaunes sautent comme pour échapper aux pas d’un géant indélicat. Et tout autour de nous, c’est la même chose. Dans chaque recoin que balaye le faisceau de nos frontales, des dizaines, des centaines de petites créatures s’agitent.

Je ne me doutais pas en sortant de la voiture, quelques minutes plus tôt que j’allais vivre une expérience aussi forte. Ce n’est pas par vanité, mais j’ai déjà eu la chance de vivre quelques moments sauvages intenses, à l’instar d’une charge de Gorille de montagne au Rwanda, le repas d’un Ours polaire et son petit sur un malheureux phoque au Svalbard ou encore la danse des Puffins fuligineux frôlant délicatement des vagues déchainées aux Malouines… mais nul doute que ce spectacle de Dendropsophus minutus figure dors et déjà à une bonne place dans mon classement des instants inoubliables !

DSC03189Dendropsophus minutus

L’émotion passée, nous recherchons d’autres espèces. Bien sûr, il y a quelques règles à respecter et nous nous devons de montrer l’exemple. Nous suivons un seul et même chemin, ne nous éparpillons pas, évitons de traverser au milieu de la clairière et de mettre les pieds dans la mare. L’enjeu est de taille, il s’agit de ne pas écraser les oeufs préalablement pondus par des amphibiens un peu en avance. Nous ne sommes pas là pour déranger et avons entièrement conscience que notre présence peut-être perturbatrice. Aussi nous mettons nous à l’écart et profitons de la représentation proposée. Nous délaissons quelques instants les minutus pour nous focaliser sur une Rainette coriace .

DSC03194Rainette coriace

Nos regards suivent ceux des lampes frontales et se perdent un peu partout… il faut dire que tous les amphibiens ne vivent pas dans des biotopes similaires. Certains sont arboricoles comme la Phyllomedusa tomopterna, une superbe créature verte aux flancs oranges tigrés, que nous cherchons en vain. D’autres sont aquatiques. D’autres encore restent au sol. Nous observons dans la mare une « grenouille » qui ne ressemble à rien de ce que nous avons vu auparavant. Un curieux spécimen du genre Chiasmocleis qui restera non identifié. Nous en trouverons un autre un peu plus tard sur de la mousse.

DSC03210Chiasmocleis sp

Le temps de rentrer au camp est venu. Heureusement que je ne suis pas seul, j’aurai été incapable de retrouver mon chemin. Après quelques pas en sol dégagé, j’avais déjà perdu le chemin par lequel nous étions arrivés. Tout se ressemble, et encore plus dans la pénombre. Je pensais pourtant avoir le sens de l’orientation. Nous avions pris la précaution de marquer notre chemin en courbant des branches, mais je dois bien avouer que cela ne m’aurait pas servi à grand chose.

Alors que nous avançons, je suis surpris par une colonie de fourmis légionnaires… ça grouille de partout… et je comprends mieux maintenant les articles que j’ai lu sur ces hyménoptères. Un des phénomènes dont on ne peut apprécier la puissance tant qu’on ne l’a pas vu de ses propres yeux. Réellement impressionnant. En fait, la branche sur laquelle les fourmis évoluaient était invisible, entièrement recouverte par une forêt de pattes et de mandibules ! Plus loin, un papillon  dort du sommeil du juste, posé sur une brindille dont il marque l’extrémité avec une élégance sans pareil.

DSC03213

Une nouvelle incursion dans un monde qui m’était inconnu il y a quelques jours… et dire que ce n’est pas fini !

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11 réflexions sur “Episode 8 : Anoure, mon amour !

  1. Salut Jérôme,
    Dis-donc, rien qu’à lire les noms d’oiseaux dans cet article, on voyage ! 🙂 La palme au calliste diable-enrhumé, j’aurais bien aimé une photo de celui-là histoire de voir ce qu’il a de diabolique et d’enrhumé :))

    Sinon, côté herpéto ça a l’air d’être fou aussi la Guyane, quelle diversité ! Et chapeau pour les photos car de nuit c’est pas évident 😦 Vous éclairez à la frontale ou au flash ? En tout cas, ça rend bigrement bien !

    Allez hop, la suite 😉

    Aimé par 1 personne

    • Le nom est rigolo, quand j’ai entendu son nom, j’ai cru à une blague… l’oiseau est assez chouette par contre ! 🙂

      En herpéto, il y a du potentiel aussi, mais il faut avoir un guide qui sait où chercher ! … et moi, j’en avais un ! Les photos sont à la frontale et au flash 🙂

      Aimé par 1 personne

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