Episode 5 : L’oiseau unique

29 novembre 2017 : Réveil tranquille. Je prends mon temps. Les nuits en hamac font se lever tôt, le soleil a eu bien tôt raison de mon sommeil. Il me reste quelques heures avant la visite du jour. Ce sont les marais de Kaw qui vont m’accueillir aujourd’hui. Pas de longue marche à faire, nul besoin de se fatiguer, les observations vont se faire depuis un bateau. J’espère croiser un hoazin, un oiseau particulier et en bien des points unique.

Le rendez-vous est prévu à 8h au dégrad. Nous avons pris un peu d’avance. Dans la voiture, les propos se sont naturellement cristallisés autour d’observations sauvages, de Guyane et de voyages, me faisant même miroiter une destination à laquelle je n’avais jamais songée : l’Arizona ! Arrivé au lieu d’embarquement, le bateau est en cours de préparation, il nous reste quelques minutes pour observer l’avifaune s’éveiller autour de nous. Des sporophiles et des colibris orchestrent le ballet, une femelle Batara rayé se montre furtivement mais le clou du spectacle est un Petit piaye qui laisse le soleil nous dévoiler son plumage roux.

DSC02646Petit piaye

Je ne suis pas mécontent de partir découvrir le marais par ce biais. Au lieu d’une visite rapide sur un bateau comble, je me retrouve sur cette même embarcation mais à quatre, avec la possibilité de nous arrêter où bon nous semble… et comme mes compagnons d’expédition sont des photographes avides de petites boules de plumes, le hasard fait très bien les choses. C’est tout bénef’, d’autant que le prix est inférieur à celui que je comptais mettre à la base !

Le bateau s’engage sur le canal principal et je me familiarise déjà avec un oiseau que j’entendrai toute la journée. Souvent en évidence avec son joli plumage contrasté, voici le Donacobe à miroir. En couple, ils forment un incroyable duo. Posté l’un au dessus de l’autre, tout en se faisant face, ils effectuent une comédie musicale destinée à chasser les intrus, en l’occurrence nous. Le donacobe du dessus fera une sorte de « chrr », alors que l’autre répondra par un « kweea » aigu, tout en gonflant leur poche jaune-orangé située sur la partie inférieure des joues, en balançant la tête et en déployant leur queue en éventail. Quel spectacle !

DSC02659Donacobe à miroir

D’autres presque aussi courants que les donacobes se montrent beaucoup plus discrets, c’est notamment le cas du Petit blongios et de la Talève favorite. Il n’est pas rare que lorsque le bateau s’approche de la rive pour nous permettre d’observer les grands groupes de Sturnelles militaires ou les nids atypiques des Caciques cul jaune qui balancent au grès du vent au bout de leur branche, le petit héron se faufiler dans la végétation. La talève, rapide, elle, décolle pour se poser complètement à couvert au coeur des herbes hautes. Ces deux là seront très difficiles à photographier.

Si le Petit blongios est, comme son nom l’indique, de petite taille, à l’opposé le Héron cocoi est assez imposant. Du haut de son 1m20, il est plus grand que le Héron cendré  que nous croisons régulièrement en Europe et domine les marais.

DSC02736Héron cocoi

Milieux différents, tyrans différents. Ici, les tyrans ne sont plus quiquivi ou de Cayenne, mais plutôt licteur, pirate ou mélancolique. Leur ventre jaune éclatant est visible de loin et ne laisse que très peu de doutes quant à l’identification de la famille. La difficulté réside dans l’identification de l’espèce. Mais les trois espèces citées ont des critères distinctifs assez importants. Ainsi le Tyran licteur ressemble au quiquivi en plus petit et avec un bec plus fin. Le Tyran pirate est l’exception qui confirme la règle, il fait partie des rares tyrans à n’avoir pas ou peu de jaune mais une poitrine mouchetée de gris. Le Tyran mélancolique a lui, une tête gris clair. Il existe bien d’autres espèces qui peuvent poser problème… mais ici, c’est bel et bien un Tyran mélancolique qui nous surveille, l’air curieux, perché sur sa branche.

DSC02751Tyran mélancolique

Il est bon, il est doux de se laisser porter par les flots. Le soleil est de la partie, ne se laissant troubler que l’espace de quelques minutes par une pluie aussi fine que rapide qui n’a pour finalité que de nous rappeler que le début de la saison des pluies arrive à grand pas et qu’il faudra certainement faire avec pour le reste du périple. Pour l’heure, je profite du calme et des paysages qui défilent lentement. En bordure des marais, quelques tortues profitent des rayons du soleil. Tout n’est que quiétude et repos. La dose d’excitation qui flotte dans l’air semble, tel un microclimat, se maintenir sur le bateau. Notre bulle.

DSC02763Podocnemide de Cayenne

DSC02767

De notre position, nous bénéficions d’un point de vue de premier choix sur la vie environnante. Un Grébifoulque d’Amérique ouvre la voie au bateau pendant quelques secondes, le temps de regagner la végétation dense de la rive pour se dissimuler. Quelques minutes plus tard, un Cormoran vigua fera de même mais lui, préfère s’enfuir en décollant, prenant son élan en courant péniblement sur l’eau. Les Talèves favorites et Petits blongios sont toujours présents, bien plus nombreux que je ne l’aurais imaginé, mais toujours trop discrets et rapides pour nos réflexes et nos réflex.

Les martins-pêcheurs ne sont pas en reste. Trois espèces sont présentes ici et toutes, nous offrent le même spectacle : dès que le bateau arrive à quelques dizaines de mètres, ils décollent et s’éloignent pour se reposer plus loin, répétant cette danse presque à l’infini. Le Martin-pêcheur à ventre roux est le plus gros, facilement repérable. Le Martin-pêcheur vert et celui d’Amazonie se ressemble beaucoup, une différence de taille importante permet toutefois de les dissocier. Le Martin-pêcheur vert étant plus petit d’une dizaine de centimètres.

DSC02783Martin-pêcheur vert

Toujours aussi discrète et farouche, une Talève favorite se laisse prendre à son propre piège est pensant être complètement dissimulée dans les hautes herbes, laisse sortir sa tête. Il ne nous en faudra pas plus pour l’immortaliser. De loin, notre meilleure observation de cette espèce pour la journée… les blongios ne nous donneront pas cette opportunité.

DSC02784Talève favorite

Le temps passe et nous ne voyons toujours pas l’hoazin… paraît-il que l’oiseau n’est pas beaucoup présent en ce moment et particulièrement farouche. A tel point qu’hier, comme il nous l’a confié, le guide en a vu qu’un seul en vol, une observation si fugace qu’il n’a même pas eu le temps de la transmettre à ses clients. A chaque coin potentiel, nous vissons nos jumelles sur nos yeux, mais bien souvent nous ne distinguons que des feuilles. Quelques fois, nous sommes piégés par un nid ou un autre oiseau mais pas l’ombre d’une plume d’hoazin.

Et puis, lorsque l’espoir commençait à s’effacer, lors de notre dernière chance. Trois Hoazins huppés étaient postés au sommet d’un massif ligneux… malheureusement il n’aura fallu que quelques secondes et une photo pour qu’ils disparaissent. Oiseau aussi étrange, charismatique et fabuleux qu’unique ! En effet, on peut noter au minimum deux points importants qui les distinguent des autres oiseaux et qui leur vaut d’être les seuls représentant de la famille des Opisthocomidés : les poussins de ces oiseaux présentent deux griffes sur chaque aile, qu’ils garderont jusqu’à l’apparition de leur plumage complet (trois ou quatre semaines) et qui leur permettent de grimper dans les branches. Deuxième fait atypique : l’hoazin a un système digestif unique dans l’avifaune. Le jabot est utilisé pour fermenter les feuilles et les bourgeons que l’oiseau consomme grâce à des bactéries et convertit la cellulose en sucs, un peu comme le font les vaches.

DSC02790Hoazin huppé

Nous restons à proximité, espérant se faire accepter progressivement et revoir les oiseaux sortir… malheureusement, nous ne les reverrons plus… mais c’est le moment qu’à choisi un superbe Busard de Buffon pour survoler notre embarcation. Sa silhouette, sa façon de voler, autant d’indices qui le différencient des urubus que nous voyons à longueur de journée.

Le Balbuzard pêcheur se reconnait facilement également avec son envergure démesurée en comparaison avec la largeur de ses ailes. Ce visiteur nous rendra visite plusieurs fois lors de la sortie.

Un magnifique Caracara du Nord fend le ciel. J’adore ce rapace, très proche cousin du Caracara huppé que j’ai eu la chance d’observer aux îles Malouines. Celui du nord ne nous laissera le loisir de l’observer que lors d’un bref passage.

Quelques Buses à face blanche, toujours aussi élégantes, nous gratifient de leur présence, mais la star de cette fin de parcours sera une Buse urubu, posée dans un champs.

DSC02810Buse urubu

DSC02828

Fin de périple, la journée est bien entamée et bien remplie. Sortie fructueuse ponctuée de quelques observations mémorables. Nous rentrons au camp heureux de ce court périple et de s’être rencontrer. Je reste encore une nuit ici, eux s’en vont dès ce soir.  Demain je tente une deuxième approche du Coq de roche !

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22 réflexions sur “Episode 5 : L’oiseau unique

  1. J’avais déjà entendu grand bien de cet endroit et on ne m’avait pas menti ! Là encore, je radote, mais quelle diversité ! C’est vraiment magique… Le martin-pêcheur vert est sublime (outs les martins me font craquer mais cette couleur !), le tyran mélancolique également. Et gros bravo pour la talée et l’hoazin, collector aussi celui-là 😉

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