Episode 4 : Jour J

28 novembre 2017 : C’est aujourd’hui ! C’est le Grand Jour ! Avec un J majuscule ! Le Jour J ! Celui où je vais tenter ma première approche du Coq de roche orange ! J’ai prévu large. Si je n’y arrive pas aujourd’hui, j’y retournerai demain. Si je n’y arrive pas demain, j’irai le surlendemain. Et si malgré tout ça, je n’y arrive pas, je reviendrai la semaine prochaine. Tout est prévu ! Pas question de connaître une quelconque désillusion cette fois-ci. Cet oiseau fabuleux fait partie de la liste de ceux qu’il faut que je vois un jour, au même titre que le Manchot royal ou que le Bec en sabot du Nil… et tant d’autres (Quetzal resplendissant, Condor des Andes, Toucan toco, Casoar à casque, Picatharte de Guinée,…). Je me lève doucement, pas besoin de se presser, les coqs de roche ne se montrent généralement qu’à partir de 10-11h.

Petit déjeuner au calme, cette première nuit en hamac fut délicieuse. Je suis en pleine forme et commence déjà le défilé des nouvelles espèces… Une femelle Guit guit céruléen se pose devant moi, sur une branchette complètement à découvert… je n’ai pas pris mon appareil ! Le temps de le chercher, l’oiseau n’est plus là… mais quelques minutes plus tard Tyran pirate, Cacique cul rouge, Jacamar à longue queue et Toucan vitellin exposent leur plumage dans la brume matinale… et un agouti traverse la route.

Toucan ariel 2Toucan vitellin

L’heure avance… je rassemble mes affaires et c’est parti ! La route n’est pas bien longue, tout juste quelques kilomètres. Après la scierie, il y a un petit renfoncement sur le coté, de quoi garer deux voitures, et de là, part un sentier dans la forêt. Les renseignements sont pris, je m’envole. Effectivement, la scierie est là, le parking aussi et le sentier… une dizaine de mètres de marche, et un panneau me confirme que je suis sur le bon chemin.

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Vingt minutes de marche environ sont nécessaires pour arriver au point d’observation. Je n’ai pas à escalader de falaises abruptes, ni à traverser de cours d’eau en crue ou de marcher dans le désert pendant des jours… non, l’observation se fait tout simplement depuis un observatoire. Pas de grosse expédition prévue pour aujourd’hui. Caché, il ne reste plus qu’à attendre que l’oiseau tant recherché se montre sous son plus beau jour. Et ça peut prendre du temps. En effet, pendant la période d’accouplement, il se met sur des zones ensoleillées faisant miroiter son beau plumage pour plaire aux demoiselles, puis se cache dans les sous-bois où il devient presque invisible… en dehors de cette période, il y a très peu d’observations.

C’est la bonne période, je suis à l’observatoire et j’attends. Pour le moment, je ne vois rien. Je commence à me dire en voyant toutes ces branches dans tous les sens que ça va peut-être être compliqué et qu’il va falloir se montrer patient. Et puis je distingue un point orange dans la pénombre, figé… mais bien trop loin pour les photos. Le point orange gigote, va sur une tâche de soleil, la raison pour laquelle il ne sort qu’à partir de 10h, lorsque le soleil commence à être assez haut dans le ciel pour percé l’épaisseur de la canopée, et puis s’efface. Parfois, ça s’agite au fond, et puis deux individus se séparent pour finalement se poser hors de portée. Je me baisse pour en trouver un sous le bon angle, essaie toutes les positions, me décale de quelques centimètres pour éviter une feuille et me retrouve finalement avec une branche en plein champs de vision. La tâche est ardue. En fait, c’est l’oiseau qui décide à quel moment sortir, se mettre à découvert, en évidence… l’observateur, lui, n’a qu’à patienter et prier pour qu’il se pose au bon endroit, au bon moment… j’ai eu beau prier, et au bout de trois heures d’attente, mes prières n’ont toujours pas été écoutées. Je l’ai vu, bien vu même, se posant parfois brièvement devant l’observatoire, mais la meilleure photo est celle d’un beau mâle dissimulé derrière quelques tiges. Le reste de mes images est un florilège de mauvais réglages : sous-exposées, floues… je ne peux pas me contenter de ça. Je reviendrai demain !

Coq de roche orangeCoq de roche orange

Non loin d’ici, proche du dégrad, part un autre sentier. Je me décide à l’emprunter, histoire de patienter jusqu’à la fin de l’après-midi. Lorsque je redescendrai il sera l’heure pour les oiseaux de se montrer dans les herbes hautes de l’embarcadère. Je ne pense pas faire de bonnes observations, le but de cette courte promenade est de gagner une roche gravée de l’époque pré-colombienne… et c’est déjà une bonne source de motivation. Le sentier s’engouffre dans une forêt complètement différente de celle que je viens de quitter. Ici, point de pénombre, à ma grande surprise, le soleil pénètre facilement. Si les oiseaux ne se montrent pas pour l’instant, les lézards ne rechignent pas à un peu de chaleur. Certains sont impressionnant par leur taille, d’autres par leur mimétisme et lorsqu’ils se figent sur un tronc, il est difficile de les différencier de l’écorce.

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Je contourne des bambous, enjambe un petit ruisseau, lève les yeux au sommet des arbres. Parfois, des bruits me surprennent. La vie est partout. Ca fourmille, ça grouille, ça s’égosille, mais tout ça en toute discrétion, on ne voit pas grand chose. Des Pics à cou rouge s’acharnent sur un arbre, puis s’envolent vers un nouveau support. Là-aussi, prendre des photos des rares oiseaux qui daignent se montrer ne se révèle pas simple. Un grimpar non identifié traverse le sentier, je tente machinalement mais sans trop y croire de l’immortaliser. Le bougre est rapide. Un éclair bleu passe entre nous. Cela n’a pas duré longtemps mais assez pour que je puisse l’identifier. Un trogon ! Je me retourne en une fraction de seconde ! Il est là, posé ! Le temps d’une photo, il s’envole de nouveau et disparait ! Je crois que je tiens un nouveau chouchou : le Trogon à queue blanche !

Trogon à queue blancheTrogon à queue blanche

La forêt est fabuleuse. Chaque arbre est différent, chaque virage m’offre un autre point de vue sur la jungle, il est difficile de s’en lasser. Le temps file et on apprend en permanence. Je contemple des graines, des fleurs et des feuilles, des lianes et des racines. L’infiniment petit paraît encore plus petit encore, et les colonies de fourmis coupeuses de feuilles ne semblent plus finir. Des papillons traversent la forêt, semblant flotter sur une mer invisible. Le plus grand d’entre eux est aussi le plus surprenant ! Le morpho ! Les ailes fermées, il ne laisse rien transparaître de sa beauté. Le dessous des ailes est un semblant d’écorce dominé par un faux oeil, mais le dessus n’a rien à voir et scintille d’un bleu électrique qui luit même dans la pénombre des sous-bois.

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La pluie se montre enfin… comme tous les jours. Fine et brève, elle traverse difficilement l’épaisseur de feuilles, néanmoins la forêt reste d’une humidité extrême. Je parviens au sommet de la petite montagne, au bout du chemin, là où se dresse la fameuse roche gravée. Je suis debout devant plus de 500 ans d’histoire, à une époque où l’Homme faisait encore partie de la nature… ça remet l’esprit en place. Je reprends ma route vers le dégrad, et descends la colline.

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Arrivé à l’embarcadère, je m’efforce de trouver une solution pour visiter les marais. Un bateau débarque quelques touristes, je me renseigne mais la réponse et la même que le message reçu hier sur mon téléphone. Tout est plein. Je m’y suis pris trop tard. Je tente de joindre un autre prestataire, mais le répondeur m’informe qu’aucune visite n’est prévue pour cause de vacances. Tant pis, en l’absence de meilleure solution, je pense porter mon dévolu sur un « taxi-pirogue » qui m’amènerait au village situé sur le marais… bien sûr, je ne pourrai pas explorer tous les recoins comme lors d’une visite traditionnelle mais ça permettrait déjà d’avoir un petit avant-goût.

Perdu dans mes projets, je me laisse surprendre par les oiseaux qui commencent à faire leur apparition. Sporophile à ailes blanches, Moucherolle à tête blanche, Ariane de Linné, Donacobe à miroirs, Synalaxe à gorge jaune, Tyran licteur, Sturnelle militaire… la liste commence à être assez impressionnante.

Synalaxe à gorge jauneSynalaxe à gorge jaune

Le soleil n’est désormais plus là, je décide de rentrer au camp en réfléchissant à ma journée de demain : Coq de roche et pirogue. Le programme semble plutôt satisfaisant… mais arrivé au camp tout se bouscule. Je rencontre trois photographes qui vont visiter le marais le lendemain… et s’il n’y avait plus de place sur le bateau, c’est parce qu’ils l’ont privatiser ! Ils me proposent de me joindre à eux ! C’était écrit ! Si aucune possibilité ne s’offrait à moi, c’est peut-être parce que quelque chose de mieux s’annonçait.

La journée se termine ainsi… et quelle journée : toucan, coq de roche, trogon et une promesse pour demain !

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14 réflexions sur “Episode 4 : Jour J

  1. Je te rassure, dès la première journée, la liste des espèces rencontrées était déjà impressionnante :)) Là, c’est juste dingue, je vois défiler à chaque article des nom d’oiseaux jamais entendus ni lus… c’est bluffant. Et l’originalité des noms n’a d’égale que leur beauté ! Le trognon est vraiment splendide… Coup de coeur pour moi aussi ! Enfin, le coq de roche ne finira pas en bec-en-sabot ougandais, et ça, c’est déjà énorme non ?
    Seb

    Aimé par 1 personne

  2. wahhh toujours aussi palpitant! je reprends ma lecture où je l’avais laissée avant les vacances de noël (qui furent un peu mouvementée d’un point de vue santé….mais ceci est une autre histoire…lol)
    je disais donc ‘wahhhhou!’ car c’est vraiment un régal de te suivre dans cette forêt et les oiseaux sont magnifiques! bravo et merci pour tout ce que tu nous rapportes et partages!
    et pour le fun, qqs trucs sans grande importance (relol!):
    prendre des photos des rares oiseaux qui daignent se montrer ne se révèlent pas simples
    Cela n’a pas durer
    mais la réponse et la même que le message reçu hier sur mon téléphone
    c’est parce qu’ils l’ont privatiser !
    😉

    Aimé par 1 personne

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