Episode 2 : Bec de banane

26 novembre 2017 : Départ à 6h30, c’est presque une grasse mat’. Aujourd’hui nous partons explorer une route… une route un peu particulière réputée pour son intérêt ornithologique. Elle traverse un ensemble de milieux ouverts constitués de savanes, prairies, points d’eau, non loin de forêt et débouche sur un dégrad ! Pour rajouter à son intérêt, quand vient le soir, les piquets des clôtures deviennent des perchoirs de premier choix pour les rapaces nocturnes (Grand-duc d’Amérique, Effraie des clochers,…). Mais si nous y allons si tôt ce n’est pas pour les hiboux. En effet, plusieurs données faisant état de Toucan toco, photo à l’appui, y ont recensées. Le Toucan toco, c’est le toucan tel qu’on l’imagine, le plus connu, le plus charismatique aussi. La mascotte officielle des publiciataires guyanais. Le bec de banane par excellence. Grand, au plumage sombre, à la gorge blanche, au cercle bleu autour de l’oeil et au bec jaune orangé démesuré.

Nous accédons enfin à cette fameuse route. Les toucans ont toujours été observés aux alentours de 7h30 alors nous gardons l’oeil ouvert ! Nous sommes aux aguets, à l’affut. La route est une voie secondaire, et rares sont les véhicules qui s’y aventurent. Cela nous permet de rouler au ralenti, de nous arrêter à n’importe quel moment, et, il faut bien l’avouer, parfois un peu n’importe comment aussi. Le toco est ici dans sa limite septentrionale de répartition, et, de par le fait, n’est pas commun. A tel point qu’il constituerait une grande première pour chacun de nous. C’est un peu le graal des ornithos du coin, ou du moins il figure en très bonne position dans leur classement. Pour l’heure pas de toucan, et comme je suis un bleu, on s’arrête devant un Caracara à tête jaune.

Caracara à tête jauneCaracara à tête jaune

L’heure tourne. Les oiseaux aussi. Certains dans le ciel, comme les Urubus noirs qui, comme tous les cathartidae (famille des vautours américains), assez curieusement, sont plus proches des cigognes que des vautours de l’Ancien Monde. Et d’autres dans nos jumelles. Nos yeux circulent d’Ani à bec lisse à Cacique huppé, de Pic de Cayenne à Petit piaye, de Tyran gris à Sturnelle militaire… les observations se succèdent, mais nous avons une fois de plus tirer un trait sur le fameux toucan et arrivons au dégrad. La marée y est haute et là-bas, loin, au fond de la mangrove, des confettis écarlates laissent deviner des Ibis rouges. Comme pour nous le confirmer, si tant est que nous en ayons besoin, l’un d’eux passe devant nous à tire d’aile jusqu’à rejoindre ses congénères. A marée basse, les observations sont plus simples et il n’est pas rare de les voir à distance raisonnable se nourrir dans la vase. Nous faisons demi-tour mais sommes vite arrêtés. Devant nous perché sur un arbre, une Buse buson surveille les environs.

Buse busonBuse buson

A peine quelques mètres plus loin, un autre rapace nous stoppe. Rousse, magnifique avec sa tête blanche qui lui donne son nom : Buse à tête blanche. Malheureusement à contre-jour, nous descendons et décidons d’emprunter le chemin qui semble se rapprocher de son perchoir. La végétation prend rapidement le pas sur le milieu ouvert. Un ruisseau s’écoule sur notre gauche, un martin-pêcheur décolle. Et derrière, le perchoir avec son rapace… mais toujours à contre-jour. L’oiseau ne décolle pas mais laisse sortir un cri. A notre grande surprise, un écho en réponse ! Nous cherchons l’origine de ce deuxième cri et sur notre droite, de l’autre coté du chemin, un autre individu est posté ! La lumière est cette fois convenable ! Quel bel oiseau !

Buse à tête blancheBuse à tête blanche

Le chemin ne s’arrête pas là et comme poussés par un souffle d’aventure, nous continuons sur notre lancée. La lumière s’assombrit brusquement, mais ce n’est pas uniquement du au fait que nous avançons à couvert. Les arbres nous protègent des quelques gouttes qui s’écoulent du ciel. L’esprit ouvert, nous sommes attentifs à toutes les beautés de la nature, même lorsqu’il ne s’agit pas d’oiseaux, ni même d’animaux de manière plus générale… et au détour de quelques racines, nous nous arrêtons devant des champignons à l’allure un peu particulière… Il s’agit de la Satyre voilée, un champignon assez courant mais relativement discret, puisqu’il apparaît pour quelques dizaines d’heures seulement.

DSC01889Satyre voilée

DSC01888Satyre voilée

La pluie redouble soudain d’intensité. Nos parapluies naturels ne sont plus pour nous d’une grande utilité. Nous tournons les talons, rebroussons chemin, accélérons le pas, protégeons appareils photo et jumelles… dernier coup d’oeil à la Buse à tête blanche qui ne semble pas incommodée le moins du monde par la colère des cieux. Arrivés à la voiture, à l’abri… la pluie diminue, le nuage est passé. Qu’importe, à l’heure qu’il est nous ne verrons plus grand chose, nous rentrons. Dans ma tête, le projet d’un futur proche se développe. Je reviendrai en fin d’après-midi, marrée basse et soleil couchant peuvent m’offrir l’éventualité d’une rencontre avec des ibis et des nocturnes.


Chose promise, chose due ! Je tiens parole à moi-même et me revoilà, accompagné d’Audric sur la route de Guatemala. Direction le dégrad ! La marée est basse certes, mais pas autant que ce que nous l’espérions et hormis un courlis, rien à se mettre sous l’objectif. Un choix s’offre à moi : explorer la mangrove en espérant tomber sur un Ibis rouge perdu ou faire un affût pour voir les Aras macavouanne à quelques minutes d’ici. J’opte pour la deuxième solution. Mais après quelques centaines de mètres, à contre-jour encore une fois… un oiseau sur le câble électrique… un Araçari vert !

DSC01953Araçari vert

Nous restons à l’observer un long moment jusqu’à ce qu’il décolle pour se poser dans la végétation voisine. Mais alors que nous guettions une éventuelle sortie, un deuxième individu nous survole pour se poser sur l’arbre derrière nous. Incroyable ! Et puis le premier vient le rejoindre… et bien vite nous comprenons. Deux autres toucans se manifestent. Ils sont quatre en tout à faire des aller-retour ! Nous supposons que le nid ne doit pas être loin.

Araçari vertAraçari vert

Nous prenons alors un peu de distance, histoire de ne pas les déranger. Nous en profitons pour contacter un Pic de Cassin, un Pic Ouentou, deux Caracaras à tête jaune, mais surtout un régiment d’amazones qui nous survolent pour atteindre un dortoir. Le flot des perroquets ne semble plus finir. Par deux ou en petits groupes, des ombres de perroquets zèbrent le ciel. Et Audric m’appelle ! « Jérôme ! J’ai trouvé le nid ! ». Le nid était bel et bien sous nos yeux, mais nous étions si prêts que les toucans n’osaient le rejoindre. Il s’agit de la termitière posée entre les deux branches principales de l’arbre, et en attendant quelques minutes, une tête en sort.

Araçari vert 10Araçari vert

Incroyable ! Quelle observation ! Nous oublions tous nos projets ! Ce n’est pas tous les jours que nous pouvons partager un moment pareil avec quatre toucans ! Alors certes ce n’est pas le toco, mais qui s’en plaindra ? Je tente tout de même une petite chasse photographique aux rapaces nocturnes sur le retour qui ne donnera rien si ce n’est l’observation fugace d’un Pian, appellation guyanaise de l’Opossum commun.

 

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