Episode 1 : Le Diable et les détails

25 novembre 2017 : Le réveil n’est pas difficile. Le rendez-vous est à 5h30, cela fait déjà deux heures que mes yeux se sont ouverts. Le décalage horaire y est pour quelque chose, l’excitation sûrement un petit peu aussi. Le programme de ce matin est de gagner un point en altitude, d’où nous aurons une vue dégagée sur la canopée. L’objectif est d’y observer les toucans, ce site étant un des lieux de passage potentiellement habituel de différentes espèces.

La langue de bitume défile sous nos roues jusqu’à nous mener à notre point d’observation. Après quelques minutes d’effort, nous voici parés à toute éventualité ornithologique. Devant nous l’immensité de la forêt tropicale, pas un chemin, pas une route ne se dévoilent… aucune construction humaine ne semble en mesure de rivaliser avec cette nature. Cet enfer vert ! Les arbres, à perte de vue, drapés d’une légère brume blanche commencent à se réveiller doucement, éclairés par une douce lumière. Les oiseaux commencent à chanter mais pour l’heure, pas l’ombre d’un toucan.

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Un arc-en-ciel de plumes commence son ballet. Les Cotingas pompadours sont les premiers à se manifester, superbe oiseau d’un rouge sombre et aux ailes d’un blanc immaculé. Suit un Dacnis bleu, contraste de bleu turquoise brillant et de noir. Et puis vient l’heure des perroquets : les amazones, toujours pas deux, déchirent le ciel et le silence. Un Caïque à tête noire se pose non  loin de notre point d’observation. Des Piones violettes et Piones à tête bleue semblent cohabiter. Malgré quelques cris entendus au loin, les toucans se révèlent discrets. Des martinets tournoient au dessus d’un arbre. Une Buse à face noire vient me souhaiter la bienvenue en terres guyanaises, ma première buse… et pas la plus courante. Un Milan à queue fourchue s’impose dans le ciel, vire et dérive jusqu’à disparaître. Mon oiseau coup de coeur du jour, pas rare mais quelle classe dans les airs ! Un toucan solitaire daigne finalement se montrer mais à une distance telle que seul le reflet de son bec nous permet de l’identifier… un Araçari grigri ! Première rencontre ratée, j’espère le croiser dans de meilleures conditions par la suite.

Milan à queue fourchueMilan à queue fourchue

La matinée est bien entamée, plus la chaleur augmente, moins les oiseaux se montrent. Audric me confie que cette sortie lui a offert trois coches ! C’est l’avantage de la Guyane, la diversité est si importante que l’on peut se rendre sur les mêmes spots et avoir régulièrement des surprises, mais le fait d’être touriste ne permet pas d’apprécier les raretés à leur juste valeur. Bien sûr, si la rencontre avec une Harpie féroce, immense rapace dévoreur de singes, ferait l’unanimité, celle avec une Buse à face noire ne fait pas le même effet… pourtant certains ont attendu une dizaine d’années avant de la voir ! Je ne savoure pas cette obs’ comme il se devrait, et préfère mon Milan à queue fourchue…

Direction les mangroves, où j’espère croiser l’Aigrette tricolore. Déjà vu au loin, dans le ciel d’Antigua, je ne peux pas me contenter de cette fugace entrevue, et aimerais profiter de mon passage ici pour lui tirer le portrait. L’attente ne fut pas longue, et l’échassier se pointe rapidement en compagnie d’Aigrettes bleues et neigeuses. Au moins cette mission, certes pas la plus difficile, est accomplie !

Aigrette tricolore 4Aigrette tricolore

Après-midi libre, j’en profite pour faire le tour des différents lacs de Kourou, à commencer par Bois-Diable (ou Laguna del Diablo comme nommé sur Google maps). Je ne cherche rien de spécial, si ce n’est découverte et nouveauté ! Les premières observations sont de vieilles connaissances, des oiseaux déjà croisés lors de différents périples dans l’écozone tropicale ! Mais il y en a un qui me plait particulièrement et qui éveille en moi ce que je baptiserai le « Snow Bunting Effect » ! Ce drôle de phénomène apparait lorsque vous croisez un petit piaf (dans le cas présent, mais cela peut s’appliquer à tout être vivant) pour la première fois ; sous le charme, vous tentez de l’immortaliser, et y parvenez après quelques efforts… mais la subtilité de la chose réside dans le fait que rapidement, vous vous apercevez que cet animal est courant et que vous le croisez régulièrement. Ce fut le cas au Svalbard avec le Plectrophane des neiges (Snow bunting en anglais), et c’est le cas ici avec le Tangara évêque, un passereau au joli plumage bleu azur !

Tangara évêqueTangara évêque

Sur le retour je suis surpris par un bourdonnement et me fait doubler par une flèche verte ! C’est mon premier colibri guyanais ! Une femelle Emeraude orvert ! Toute petite, elle se nourrit sur place à quelques fleurs avant de se poser sur une branchette. L’histoire retiendra qu’à peine immortalisé, un deuxième colibri me sort de mes pensées pour se poser sur l’arbre suivant ! Il s’agit d’une Ariane vert-doré. Le coin est décidément favorable aux Trochilidae !

Emeraude orvertEmeraude orvert

Ariane vert-doréAriane vert-doré

Ma liste guyanaise s’épaissit au fil des minutes. Il en va ainsi chaque premier jour sur un nouveau territoire. Mais des oiseaux sont particulièrement présents, les Tyrans ! Ils ont des caractéristiques physiques si proches que certaines espèces paraissent identiques. Beaucoup d’entre elles présentent en effet un corps jaune vif, des ailes et un dos marron, et une large tête noire coupée d’un sourcil blanc. Les distinctions  se font essentiellement sur des différences de taille, de nuances de couleur et de forme de bec… mais il n’est pas toujours évident de les identifier lorsque l’on a pas l’habitude de les observer. Le diable se cache dans les détails. Le Tyran quiquivi est le plus courant, on le croise partout. Grand et bavard, il ne passe pas inaperçu. Son bec puissant lui offre la possibilité d’un régime alimentaire très varié : insectes, fruits, petits vertébrés (oisillons, poissons, lézards, serpents, têtards et grenouilles, et parfois même souris). A l’inverse, d’autres sont plus menus, c’est le cas par exemple du Tyran de Cayenne. Notez la petite tâche orangée sur le sommet du crâne, elle n’est visible qu’en cas de parades nuptiales ou défensives. Son bec court et fin ne lui permet de se nourrir que de fruits et insectes.

Tyran quiquiviTyran quiquivi

Tyran de CayenneTyran de Cayenne

Le soleil commence à s’enfuir, la nuit arrive vite. La journée d’observation s’achève ici. En revenant de notre sortie matinale, je me suis fait la réflexion que les photos seront certainement difficiles à prendre, tant la forêt est dense et sombre. Les observations de l’après-midi ont un peu estompé cette drôle d’idée. Quant à la « mission toucan », elle ne s’est pas avérée très fructueuse, peut-être demain aurons-nous plus de chances !

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24 réflexions sur “Episode 1 : Le Diable et les détails

  1. J’ai tellement de retard, que si j’arrive à tout voir ce matin, j’aurais pris un max de folies en pleine figure! Rien que cet épisode un à de quoi me mettre sur le c.. J’imagine l’euphorie de croiser tout ce beau monde. Désolée, je n’en dis pas plus, j’ai la suite à voir 😉

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