Busard and co : Petit à petit, l’oiseau quitte son nid (1/2)

J’aime la nature et son imprévisibilité.  C’est elle qui décide de ce qu’on verra et de ce qu’on ne verra pas. On peut chercher à observer un oiseau dans de bonnes conditions et finalement ne rien voir. On peut aussi le chercher et le trouver directement. On peut également, et c’est ce cas que je préfère, le chercher et le trouver à la fin du périple, lorsque l’espoir est en train de s’évanouir peu à peu. La satisfaction est d’autant plus grande que la quête fut rude. Et il y a aussi les surprises. Parfois bonnes. Quelques fois moins. Mais il y a toujours des surprises.

Ce jour là, les surprises ne furent pas très bonnes. Notre mission est désormais de contrôler les nids de Busards cendrés que nous avons trouvés. Histoire de voir où en est l’évolution des nichées, voir si les oeufs ont éclos, et surveiller l’envol des jeunes. Nous sommes dans le secteur des nids présentés plus tôt. Le premier, celui qui comptait trois oeufs, est le premier de la prospection. Mais surprise, arrivés sur place, nous avons la désagréable surprise de constater qu’il n’y a rien… plus rien… ni oeuf, ni coquille vide, ni plumes… ce sont de choses qui arrivent. Et si la nature est imprévisible, elle peut-être également cruelle. Pas de poils non plus, pas de traces dans la végétation alentour, le danger est sans doute venu du ciel. Ces jeunes n’auront pas eu le temps de voir la lumière du jour. Nous sommes devant un cas de prédation et il faut voir le bon coté des choses, une autre espèce en aura bénéficié.

Devant cet échec, nous décidons de faire un détour par le deuxième nid. Ce n’était pas prévu au programme, d’après nos calculs les jeunes devraient être prêts à l’envol la semaine suivante… mais nous avons besoin, assez égoïstement, de nous remonter le moral. Deuxième surprise ! Le nid est vide également… là non plus, pas de traces suspectes, mais en regardant un peu mieux, on distingue de petits layons à la base de la végétation, et du duvet accroché par-ci par-là. L’espoir renaît, les jeunes doivent être en phase d’exploration quelque part dans les alentours, non loin de là, dans un rayon d’une dizaine de mètres certainement. Nous quittons les lieux, et tombons nez à nez avec une plumée qui pourrait être celle d’un jeune busard… nous ne savons quoi penser… nous partons sans voir le moindre jeune.

Quelques jours plus tard, je reçois un mail me disant qu’une femelle a été aperçu sur le secteur. Ouf ! Si elle traîne encore dans les parages, il y a de fortes chances pour que les jeunes aient survécu ! Rien ne confirmera malheureusement cette hypothèse, et les prospections suivantes s’avèreront infructueuses également… du moins sur le plan des busards… moins en ce qui concerne les tiques. Une sur le pantalon, deux sur le tee-shirt…

Heureusement, tous les jours ne sont pas comme ceux-ci ! Nouveau jour, nouveau secteur, nouveaux nids à contrôler et nous l’espérons, nouvelles surprises… mais bonnes cette fois-ci ! Problèmes de GPS, nous devons nous contenter du marquage visuel pour retrouver les nids. Nous avançons doucement dans les chênes kermès lorsqu’un peu plus loin sur notre gauche s’envole une femelle adulte. Bon signe ! Elle nous survole en alarmant, visiblement pas très réjouie par notre visite.

DSC_2199Busard cendré

Nous nous dirigeons vers le lieu du décollage. L’accès est toujours délicat. Les Chênes kermès piquent toujours autant, difficile de se frayer un chemin dans cette végétation. Néanmoins, au bout de quelques minutes, le nid est là, devant nous, et deux poussins l’occupent. Ils sont bien jeunes, et en retard par rapport au développement des autres nids… mais eux au moins, contrairement à ceux visiter quelques jours plus tôt, sont bien vivants ! Nous ne restons pas longtemps sur les lieux, la femelle surveillant du ciel sa nichée.

OLYMPUS DIGITAL CAMERABusard cendré

La femelle en alarmant, en fait s’envoler une autre. Celle du deuxième nid que nous devons contrôler, situé à quelques centaines de mètres de là. Plutôt encourageant, si la femelle est là, le nid doit être encore occupé ! Nous nous dirigeons alors vers ce fameux deuxième nid. De petits cris s’échappent de la végétation. Les poussins devraient être un peu plus gros que ceux que nous venons de voir. Effectivement, nous arrivons sur la petite zone dégagée, quatre gros poussins sont là, leur duvet blanc faisant peu à peu place à des plumes.

OLYMPUS DIGITAL CAMERABusard cendré

Ici non plus, nous ne resterons pas longtemps, juste le temps de prendre les quelques informations nécessaires au suivi. Outre les informations habituelles, à savoir le nombre de jeunes (aucune perte dans ce nid) et le stade de développement, nous noterons que tous les oeufs ont bien éclos. Une première pour moi, et chose que j’ignorais, nous pouvons sexer les poussins, ce qui n’était pas encore réalisable sur des oiseaux plus jeunes. Pas de manipulation pour cela, il suffit de regarder les yeux. Les mâles ont ainsi les yeux gris, alors que ceux des femelles sont marrons. Le sex-ratio est ici égal, deux mâles et deux femelles. On en apprend tous les jours.

OLYMPUS DIGITAL CAMERABusard cendré

Notre relevé d’informations ne s’arrêtent pas là et alors que nous allions partir, nous remarquons dans le nid ce que nous espérions trouver : une pelote. Nous la récoltons, elle sera par la suite envoyée à analyser. A première vue, on distingue des restes d’insectes : cigales et orthoptères. La présence de poils indique également que des micro-mammifères étaient au menu. Difficile d’en savoir plus pour le moment, nous allons devoir attendre les résultats pour en connaître la composition exacte. Il serait intéressant de pouvoir prélever d’autres échantillons sur d’autres secteurs. Nous pourrions ainsi comparer si l’alimentation diffère selon les zones de nidification et de chasse.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAPelote de réjection de Busard cendré

La journée n’est pas terminée, il nous reste un troisième nid à vérifier sur cette zone qui en compte minimum quatre. Le quatrième étant à vérifier la semaine suivante, les autres, car il y en a d’autres, nous ne les avons pas trouvé… il faudra rester vigilants lors de la phase d’envol des jeunes, cela pourrait nous donner quelques indications quant aux nids potentiels. La suite du programme du jour nous enverra sur un autre secteur pour contrôler un quatrième nid, un secteur que je ne connais pas et qui pourrait réserver son lot de surprises.

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18 réflexions sur “Busard and co : Petit à petit, l’oiseau quitte son nid (1/2)

  1. Salut Jey,
    Super sympa et très instructif comme à ton habitude 🙂 Pour le coup des yeux, tu m’as appris un truc, merci ! C’est vraiment un super travail que vous faites là et tu le retranscris superbement bien, c’est top ! J’ai l’impression d’être à vos côtés en train de me piquer les guibolle dans le chêne kermès 🙂 Par contre, j’imagine votre déception sur les deux premiers nids, pas cool mais comme tu dis, c’est la loi de la Nature et il faut l’accepter… Les photos des poussins sont vraiment super ! Petite question, vous les envoyez où les pelotes à analyser ?
    Merci encore pour ce partage d’expérience 😉
    Seb

    Aimé par 1 personne

  2. Coool !! Pour les tiques en métropole ce qui me fait quand même gamberger de temps en temps c’est Lyme. Pour le coup, même si on a beaucoup de ces bestiolles en guyane, on est tranquille coté Lyme qui n’est pas présent dans le département !

    Chouette compte rendu, comme d’habitude !! En tout cas, je vais surement le découvrir en lisant la suite, mais j’espère bien que petit busard deviendra grand !

    Aimé par 1 personne

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