Busard and co : La parenthèse reptilienne

Un nuage de poussière s’échappe à notre passage et seule notre présence trouble la quiétude du lieu. Nous avons de la chance aujourd’hui, nous disposons d’un véhicule pouvant nous transporter dans des lieux inaccessibles pour le commun des voitures. Chaque pierre émergeant du chemin est un soubresaut à peine perceptible. A mesure que le 4×4 avance et que le moteur chauffe, l’heure et la température en font de même. 10h30, 30°10C… nous sommes dans une de ces journées que les spécialistes nomment caniculaires… pour nous, il fait chaud, très chaud… les adjectifs sont superflus… il fait chaud, un point c’est tout.

Au ralenti, nous regardons en haut puis en bas, à la recherche, certes, de Busards cendrés, après tout, nous sommes là pour ça, mais aussi de lézards. Bien que cela ne fasse pas partie de notre mission, autant profiter du milieu pour joindre l’utile et l’agréable. Avant d’être ornithologues, nous sommes naturalistes. Nos yeux oscillent entre ciel et sol, en espérant croiser un ocellé. Un lézard dont l’aire de répartition est assez restreinte puisqu’on ne peut le croiser que dans la péninsule ibérique, le sud de la France et le nord-ouest de l’Italie. Il ne nous faudra pas longtemps pour le localiser. Alors que ma collègue commençait à désespérer, se plaignant presque de ne croiser que des juvéniles et de ne pas avoir réussi à immortaliser un adulte, voilà qu’à gauche de la voiture, sur un rocher au soleil, le reptile lézarde.

DSC_1415Lézard ocellé

Il ne bouge pas, et profite des rayons du soleil. Voiture arrêtée, vitre baissée, nous l’observons à notre guise, rien ne semble troubler sa quiétude. Magnifique animal à la robe verte brillante parsemée d’ocelles bleues. Les jeunes sont de couleur plus sombre et les ocelles blanches entourées de noir. Au fur et à mesure des mues, la robe s’éclaircit et le blanc devient progressivement bleu.

Il n’a l’air de rien comme ça, il n’a pas encore atteint sa taille adulte, mais nous avons pourtant devant nous l’espèce de lézard la plus grande d’Europe, bien loin devant le Lézard vert et ses 30cm de moyenne. Les mâles Lézard ocellés, plus grands que les femelles peuvent atteindre une taille maximale de 70cm et font figures de géants comparés aux Lézards des murailles. Mais, mystère des conversations qui sautent d’un sujet à l’autre, d’une créature à l’autre, c’est pourtant sur ce petit lézard des plus communs que vient venir cristalliser nos propos.

18493531_1423019074402834_1946419584_oLézard des murailles

Comme le caméléon, nous changeons de couleur. Nous rougissons ou virons au brun, peut-être finirons-nous également par changer de peau. Comme lui également, nous pouvons observer partout autour de nous un éventuel busard qui passerait par hasard, mais contrairement au caméléon, nous avons deux pairs d’yeux, ça aide. Les reptiles sont des super-héros, ils ont des supers-pouvoirs ! Et ne parlons même pas de la langue du caméléon, capable de saisir une malheureuse proie à bonne distance… mais le pouvoir magique du Lézard des murailles et de quelques autres lézards, le plus remarquable, c’est l’autotomie.

L’autotomie, c’est la capacité d’abandonner un membre volontairement lorsque le besoin se fait sentir, en présence d’un danger principalement. Qui n’a jamais eu l’occasion de voir un lézard se détacher de sa queue ? Sa queue justement restera à gesticuler pendant quelques minutes, occupant le prédateur, pendant que le lézard lui, partira se mettre à l’abri. Par la suite, la queue repoussera. Toutefois, elle ne sera certainement pas comme la précédente : taille réduite, couleur différente, moins de mobilité et pour les cas les plus spectaculaires, un dédoublement de queue.

18699004_1817330451929430_1553305134_oLézard de murailles

La piste est un squamate. Tortueuse, elle serpente entre des collines qui semblent des carapaces géantes. Chaque irrégularité, trou ou bosse est une écaille saillante. Elle nous tente, non pas avec un fruit, mais par le biais de complices ailés. A chacun sa pomme. Et puis vient le moment de la séparation, de se dire au revoir et de rentrer chez soi. La piste, fidèle à elle même, se divise alors en langue bifide.

Et puis, la fin de l’après-midi aidant, des visiteurs viennent squatter le mur du fond de mon jardin. Leur présence accompagne l’arrivée des beaux jours. La Tarente de Maurétanie passe l’hiver dans une sorte d’hibernation. Ne boudons pas notre plaisir de la revoir de nouveau parmi nous.

OLYMPUS DIGITAL CAMERATarente de Maurétanie

Une quinzaine de centimètres, un aspect trapu et rugueux, des grand yeux et des pupilles verticales, une queue relativement longue, des pelotes adhésives sous les pattes, telles sont les caractéristiques de ce gecko.

OLYMPUS DIGITAL CAMERATarente de Maurétanie

La journée nous a offert son lot d’oiseaux, mais une fois n’est pas coutume, c’est vers les reptiles que s’est tourné mon attention… et ils me l’ont bien rendu !

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21 réflexions sur “Busard and co : La parenthèse reptilienne

  1. Formidable ! Un super article ! Bien écrit, agréable à lire, avec de superbes photos (comme d’hab!). En plus sur une matière que je connais très peu… J’ai aimé la phrase « Avant d’être ornithologue, nous sommes naturalistes », c’est tout à fait ça ! Nous sommes des « curieux de nature » tout simplement…

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