Busard and co : Tenue correcte exigée

Trouver un sens à mes sorties ! Tel est mon nouvel objectif !  Faire en sorte que mes observations servent à quelque chose. Certes il existe des sites de science participative dont je ne remets nullement en doute l’intérêt, mais tout cela reste abstrait. Il faudrait que j’ai ne serait-ce que l’impression, que mes observations ne se perdent pas dans les limbes du net et que je puisse voir un résultat concret. De ce sens pourrait découler une motivation qui pointe le bout de son nez peu à peu mais qui tarde à s’affirmer franchement !

Alors, j’ai repris contact avec la LPO de mon département leur demandant si je pouvais me greffer bénévolement sur un suivi d’espèce, chose que j’avais déjà fait auparavant. Je restais néanmoins un peu déçu par ma précédente expérience portant sur les Grives musicienne et draine. L’espèce ne devait peut-être pas me correspondre, parce qu’il faut bien l’avouer, on peut aimer les oiseaux, on a quand même des préférences. C’est ainsi qu’après plusieurs rendez-vous reportés pour différentes raisons (dont un où je me suis trompé de jour et suis arrivé avec un 24 heures d’avance… la peur d’arriver en retard peut-être… malheureusement le lendemain, je n’étais pas dispo), j’ai enfin pu connaître les espèces que je pourrai suivre. Au choix : Pie-grièche à poitrine rose, Choucas des tours, Aigle botté, Busard cendré, Outarde canepetière… ayant tout de même quelques impératifs d’horaire et ne souhaitant pas aller trop loin géographiquement parlant, le choix devenait plus restreint. J’ai finalement porté mon dévolu sur le Busard cendré. Il faut dire que la description de la mission faisait envie. Une mission qui a priori n’a pas l’air facile, mais qui s’annonce passionnante.

DSC_3790Busard cendré

Petit élément qui paraît anodin mais qui pour moi est d’importance, le suivi se déroule sur un site que j’affectionne particulièrement : les Causses ! C’est sec, c’est rocailleux, la végétation y est hostile et adapté aux fortes chaleurs qui s’annoncent, et les oiseaux changent de ceux que j’ai l’habitude de voir. Le décor est planté !

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Des chênes kermès à perte de vue… l’impression est trompeuse, l’accès est difficile, la mini forêt est dense et impénétrable… et quelques précautions sont à prendre. Attention à la chaleur, ici il n’y a que très peu d’ombre ! Pourtant le pantalon est obligatoire, les feuilles de kermès sont particulièrement piquantes, griffantes et dans ce fouillis végétal des habitants microscopiques incitent à la plus grande prudence : les tiques ! En recrudescence du fait du réchauffement climatique, elles nous poussent à monter les chaussettes par dessus le pantalon. Sexy !

Passons aux choses sérieuses maintenant ! Les yeux vissés dans nos jumelles nous suivons les va-et-vient des Busards cendrés et notons les comportements. Le but est de dénombrer les couples, les nids, les oeufs, puis les jeunes à l’envol. Un mâle est repéré, nous espérons qu’une femelle sorte des chênes pour le rejoindre. Potentiellement, il peut y avoir un nid là où elle a décollé. Nous privilégions d’observer les mâles aux serres pleines, revenant de chasse et susceptibles d’offrir leur proie à leur dulcinée. Il se rapproche peu à peu du sol, survole une petite zone d’où s’échappe des petits cris. Soudain une femelle déboule récupère l’offrande et se repose. Le plus dur commence pour nous. Positionnés à plusieurs centaines de mètres de là, il nous faut trouver des repères visuels dans ce milieu qui n’offre que très peu de possibilité. Au fur et à mesure de l’approche, du relief changeant et des changements de direction de la marche, les repères disparaissent, parfois reviennent, souvent se perdent. Peu de chemin, nous avançons au ralenti pour souvent ne rien trouver.

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Nous notons tout ce qui nous paraît important et qui pourrait impacter sur la réussite de la nichée (nombre de personnes croisées,…)… mais le facteur le plus important pour nous reste la météo, le plus frustrant aussi. Un jour de pluie, inutile de se déplacer. Un jour venteux, les busards restent au sol… j’en ai fait les frais récemment : les mâles que je suivais se sont posés de longues minutes, j’en ai localisé trois simultanément, un quatrième passe au dessus davantage poussé par le vent que par sa volonté. Chaque tentative de changement de direction se traduit par des écarts considérables, l’éloignant un peu plus de son objectif initial. Je suis rentré bredouille en ce qui concerne les nids.

Et puis parfois, tous les éléments sont favorables. La femelle est repérée, son aire d’atterrissage aussi, nous avançons un peu l’aveuglette gardant comme repère un arbre à la silhouette un peu différente des autres. Ce jour-là nous sommes deux. Nous laissons quelques mètres entre nous, et traçons deux couloirs parallèles. Soudain entre nous résonne un cri ! Bien protégé par la végétation, à l’abri des prédateurs, notre objectif se cache dans le coin. Nous changeons alors de direction, décidés à nous rejoindre vers le lieu d’émission du cri ! Une femelle s’envole alors ! Nous fixons l’endroit de l’envol et nous rapprochons ! Un nid ! Trois oeufs ! Nous matérialisons le site et notons les coordonnées GPS, prenons quelques photos et disparaissons. Pour ce genre de suivi, il est malheureusement nécessaire de déranger les oiseaux, mais rassurez-vous il n’y a aucun risque d’abandon du nid et quelques minutes plus tard, lorsque la zone est dégagée de tout intrus, la femelle revient.

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Il arrive parfois souvent très souvent que nous soyons obligés de ne rien faire d’attendre assis, essayant d’être un minimum discret, si possible à l’ombre, qu’une femelle décolle ou se pose… et ça peut durer longtemps. C’est alors que la nature autour de nous se réveille (s’était-elle vraiment endormie ou n’y prêtions-nous pas toute l’attention qu’elle mérite ?). Des fauvettes chantent un peu partout (pitchou, mélanocéphale, orphée et passerinette), des pie-griêches chassent à découvert (à tête rousse et méridionale), des Guépiers d’Europe et des Martinets noirs traversent le ciel… Si on est chanceux, on peut croiser un Lézard ocellé (et on est chanceux, mais je vous en reparlerai très bientôt). Si on est attentif, le mini-monde des insectes nous ouvre ses portes (j’ai malencontreusement formaté la carte SD contenant les photos de cet univers…)… Et puis quand arrive ce qu’on attend, il faut être prêt.

Une femelle vient de se poser, nous sommes loin, très loin ! Nous remarquons trois bosquets formant un « i » ! Maigre indice ! Nous consultons des cartes à la recherche d’éventuels chemins invisibles susceptibles de nous rapprocher de la zone en question et prenons la voiture… Arrivés à l’intersection ainsi repérée, nous descendons. Devant nous un chemin et sur notre droite un genre de trace non mentionnée sur les cartes… pas vraiment un chemin mais le passage y est envisageable. Nous optons pour cette solution. Bien nous en a pris ! Après quelques minutes nous arrivons a proximité du « i » qui de là où nous sommes maintenant ressemble à tout sauf à un « i ». On ne se rend pas compte mais il est très difficile de se trouver un repère et de pouvoir le suivre en changeant l’angle d’avancée. Nous décidons de suivre la même technique que précédemment, à savoir deux couloirs espacés de quelques mètres… mais rien ne se passe… Nous sommes nous trompés d’endroit ? Possible, mais je suis pourtant sûr de moi. Peut-être s’est-elle envolée ou peut-être est-elle très discrète… je décide de m’aventurer un peu plus sur ma droite… l’oiseau décolle ! Elle était bien là ! Je m’avance et trouve le nid ! Surprise ! Il n’y a pas d’oeufs… enfin il n’y a plus d’oeuf plutôt… trois poussins, dont un particulièrement frêle, me regardent intrigués et un peu effrayés aussi. Nous notons les renseignements et partons en vitesse. Nous ne sommes pas en retard sur nos prospections, mais ce nid est en avance…

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Cette expérience me fait renouer avec la motivation, tous les compteurs sont au vert désormais ! Cela fait un peu plus d’un mois désormais que je participe à ce suivi passionnant, à raison d’une fois par semaine et n’ayez crainte, je vous tiendrai au courant de la suite des évènements !

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34 réflexions sur “Busard and co : Tenue correcte exigée

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