Traquer l’oreillard

Troisième et dernière sortie en compagnie de Thomas. Le but de la journée sera de trouver le Traquet oreillard, un des principaux objectifs du périple sudiste de Thomas et un de mes oiseaux français préférés ! Direction l’Aude et Gruissan plus précisément ! Ce n’est pas très loin mais il faut compter une heure d’autoroute monotone. Clairement pas ce que je préfère… mais le prix à payer pour voir cet oiseau contrasté.

A travers la vitre, le paysage défile. Nous approchons peu à peu de la destination mais ma tête n’est pas là… pas encore. Peut-être encore un peu endormi, rêveur, je pense à ma dernière sortie là-bas. J’y avais vu le fameux traquet qui m’avait offert une petite séance photo très agréable et qui, j’espère, se renouvellera aujourd’hui… mais j’y avais également fait une coche ! Cette journée, bien que pas très fructueuse ni en observation, ni en photo, gardait pour moi une saveur particulière ! Certes la quantité n’était pas au rendez-vous, mais la qualité était bien présente et j’avais eu la chance de rentrer avec des photos satisfaisantes du Traquet oreillard et de ma coche, l’Alouette calandrelle.

L’Alouette calandrelle est un petit oiseau, la plus petite des alouettes européennes, à peine plus grosse qu’un moineau ! En France, son aire de répartition est très limitée, elle ne se résume qu’à quelques sites autour de la Méditerranée, dans des milieux quasi-steppiques secs et ensoleillés, à l’abri du vent, à la végétation rase…  aujourd’hui, nous ne la chercherons pas, j’ai ma photo, lui aussi et nous sommes obnubilés par l’oreillard.

DSC_1354Alouette calandrelle

Bref ! Nous continuons notre périple et passons devant les salines ! Un endroit réputé pour accueillir « régulièrement » en cette saison des Chevaliers stagnatiles. C’était encore le cas il y a quelques semaines où deux individus étaient présents dispersés dans deux bassins différents. Nous nous arrêtons donc afin de tenter notre chance ! Il y a du limi ! Bécasseaux variables, minutes, sanderling… Chevaliers guignettes, gambettes… mais pas de stagna ! Le Chevalier stagnatile n’a rien d’exceptionnel, si ce n’est son allure délicate et élégante et un bec fin et pointu, effilé comme une aiguille. L’intérêt que lui porte les chercheurs d’oiseaux français réside surtout dans sa rareté sur le sol hexagonal. On peut dire qu’il en a fait courir des ornithos. Tous au moins une fois ! Pour ma part, je ne lui cours plus après, je le  poursuis en marchant depuis que je l’ai vu en Ouganda ! Les autres obs’ seront, entre autres, Goélands leucophées et railleurs, Sternes pierregains et naines, Flamants roses… et une Mouette pygmée à bonne distance qui posera quelques petits problèmes d’identification vite résolus !

Chevalier stagnatile 2Chevalier stagnatile (photo prise en Ouganda)

Nous entrons en territoire oreillard ! A partir de là, les sens sont affûtés, le regard concentré, les yeux en mode détection de point blanc sur les piquets de vigne, l’endroit le plus propice à l’observation ! Pour l’instant, les vignes ne s’étendent que sur notre droite. Nous roulons au pas, mais je dois avouer que je n’ai encore jamais vu l’objet de nos recherches ici, ils étaient toujours un peu plus loin… mais comme on dit, il suffit d’une fois ! Les Fauvettes orphées chantent non loin, mais comme à leur habitude, demeurent invisibles ! Et soudain ! Un oiseau sur un piquet ! Fausse alerte ! Un cochevis huppé ! Nous avançons progressivement, jusqu’à être entourés de vignes… un Tarier pâtre nous observe !

DSC_0734Tarier pâtre

Arrivée en haut d’une butte, la vue se dévoile devant nous… nous entamons une descente tout en contrôle, doucement ! Une Fauvette mélanocéphale s’envole, se pose brièvement avant de repartir… et un étrange animal traverse la route provoquant un léger de souffle d’euphorie dans la voiture ! Il s’arrête en bordure de bitume, à quelques centimètres du bas-coté herbeux et nous laisse admirer sa belle robe verte ponctuée de tâches bleues : c’est un Lézard ocellé ! Le plus gros lézard d’Europe ! Mais je vous en reparlerai plus tard. Pour l’heure, les vignes défilent, les oiseaux aussi  (Chardonnerets élégants, Moineaux soulcis, Cisticoles de joncs, Perdrix rouges pour ne citer qu’eux)… mais pas l’ombre d’un traquet !

DSC_1939Lézard ocellé

DSC_1300Cisticole des joncs

La pression commence à monter au fur et à mesure que les vignes passent… et puis… un traquet ! Là ! Mais non… ce n’est pas un oreillard ! Un Traquet motteux ! Un oiseau tout aussi joli mais beaucoup plus courant et donc, un peu moins intéressant pour nous aujourd’hui. Enfin, ça se rapproche, nous avions la famille (les muscicapidés, avec le Tarier pâtre), nous avons désormais le genre avec le Traquet motteux (Oenanthe oenanthe)… il ne nous manque plus que l’espèce, le Traquet oreillard (Oenanthe hipanica). La voiture redémarre, on commence à se demander comment va se finir cette sortie… l’heure tourne et malgré l’affluence d’oiseaux, il nous manque celui que nous cherchons ! Mais à la sortie d’un virage… le voilà, figé sur son piquet ! Nous nous exclamons d’un même cri « Là ! » !

DSC_1747Traquet oreillard

Il restera longtemps avec nous, ou plutôt nous avec lui… à vrai dire, lorsque nous quittons les lieux, il était encore là. Petite approche en voiture, pour immortaliser la rencontre ! Quel oiseau magnifique ! Quel contraste ! Je l’adore ! Et puis vient l’heure du repas pour lui comme pour nous. Nous l’observons qui change de piquet, puis plonger au sol à la recherche d’insecte et remonter sur son perchoir. Le ballet semble sans fin. Entre les rolliers et pie-grièches d’hier et le Traquet oreillard d’aujourd’hui, les vignes nous ont offert de beaux spectacles ! Voilà un hotspot de biodiversité auquel on ne pense pas tout de suite !

Objectif une nouvelle fois atteint ! Sur le chemin du retour nous nous arrêterons en bordure d’étangs, dans l’Hérault, où a été signalé dans la journée un Chevalier stagnatile… mais il était écrit que nous ne le verrons pas ce jour-là. Nous rentrons, satisfaits tout de même, et nous nous disons au revoir.

Trois de jours d’observation, une motivation qui revient peu à peu et quatre coches pour moi ! Ca faisait longtemps que ça ne m’était pas arrivé ! Thomas retraverse le pays avec plus d’une vingtaine de coches !

Publicités

28 réflexions sur “Traquer l’oreillard

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s