#1 : Le Fourmilier manikup

J’ai trouvé le moyen de vous parler d’oiseaux que je n’ai encore jamais vu ! Le concept n’est pourtant pas très compliqué, mais cela faisait bien longtemps que j’avais perdu la motivation de prendre mes stylos. Je vais essayer de tenir cette nouvelle rubrique à jour, en y rajoutant régulièrement la présentation d’un oiseau rare, méconnu, atypique ou disparu… dans tous les cas un oiseau original qui me tient à coeur. J’espère que vous prendrez autant de plaisir à découvrir ou redécouvrir ces merveilles que j’en ai eu à vous les partager.

Pour ce premier numéro, j’ai choisi un oiseau que je ne connaissais pas il y a encore quelques semaines et qui revient à moi dans différents ouvrages ou sites internet depuis. Comme si le destin me faisait un signe… et pour couronner le tout, cet oiseau est présent en Guyane française, territoire que je vais explorer à la fin de l’année. Je croise déjà les doigts. J’ai nommé le fantastique Fourmilier manikup (Pithys albifrons) ! Un oiseau aussi beau que son nom est drôle !

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Le Fourmilier manikup est un oiseau (jusque là tout va bien) de l’ordre des passeriformes (l’ordre regroupant le plus d’espèces au monde, environ 6440, allant du Moineau domestique au Grand corbeau, en passant par l’Hirondelle rousseline et le Tichodrome échelette), et plus précisément de la famille des thamnophilidés, une famille d’oiseaux d’Amérique centrale et du Sud constituée de 235 espèces.

Cet oiseau vit dans les forêt tropicale du nord de l’Amérique du Sud (plateaux des Guyanes, Venezuela, Colombie, Pérou, Equateur et Brésil), et reste inféodé aux sous-bois sombres. Il se déplace au sol et à l’étage inférieur de la végétation, sautillant, suivant les colonies de fourmis légionnaires dont il est dépendant. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, le Fourmilier manikup ne se nourrit pas de ces fourmis mais des insectes qu’elles font fuir. Il est ce qu’on appelle un accompagnateur obligatoire. Ces fameuses fourmis organisent des raids de grande ampleur, regroupant plusieurs milliers, voire centaines de milliers d’individus, provoquant le déplacement de petits vertébrés et d’invertébrés. Particulièrement vorace, une colonie peut dévorer 30 000 proies sur son chemin, principalement des larves. A la différence des accompagnateurs opportunistes qui picorent les insectes déplacés par ces fourmis uniquement lors de rencontres fortuites, les accompagnateurs obligatoires sont très spécialisés et ne doivent leur survie qu’aux insectes dérangés.

Malheureusement, une telle dépendance est sans doute ce qui coutera la perte de ce magnifique oiseau. Les problèmes de déforestation, de destruction ou d’altération par fragmentation d’habitat soulèvent des questions cruciales. Les fourmis rentrent dans des phases de sédentarité de trois semaines en vue de former une nouvelle génération. Durant cette période, les fourmiliers se doivent de trouver une autre colonie afin pour subvenir à leurs besoins. Or, il arrive que la réduction de la forêt n’offre pas assez de colonies de fourmis légionnaires en mouvement au vu du nombre d’oiseaux, d’autant que les fourmiliers ne sont pas les seuls à bénéficier des insectes en fuite. Ainsi, même les portions de forêt suffisamment pourvues pour assurer la survie de plusieurs colonies de fourmis légionnaires perdent peu à peu leurs fourmiliers.

« Quand on trouve quelque chose qui dépend de quelque chose d’autre, qui, à son tour, dépend d’autre chose, la série complète des interactions dépend de l’invariance des conditions. » Mario Cohn-Haft, ornithologue.

Vous l’aurez bien compris, nous sommes en face d’un équilibre complexe qui a mis des millions d’années à se mettre en place, et les interactions ne se limitent pas à ces deux espèces, citons par exemple les papillons se nourrissant des fientes d’oiseaux, mais les naturalistes Carl et Marian Rettenmeyer en ont recensées plus de 300 liées de près ou de loin à ces mêmes Fourmis légionnaires !

Si vous désirez en savoir davantage sur ce sujet passionnant, je vous invite à lire l’excellent livre « La 6ème extinction » d’Elizabeth Kolbert.

La revue Espèces propose dans son numéro 22 un reportage sur une expédition au Pérou à la recherche du Fourmilier à masque blanc, un cousin du Fourmilier manikup.

En ce qui concerne les sons, photos et vidéos du Fourmiler manikup, le site Handbook of the Birds of the World présente une page très intéressante.


En espérant que ce premier numéro vous a donné envie d’en savoir plus sur ces oiseaux, leurs comportements et les dangers qui les guettent. Bien sûr, c’est un premier essai, je suis à votre écoute quant à l’amélioration de cette rubrique : idées, remarques, compléments d’information…

En attendant, je vous laisse avec l’esquisse du numéro 2 et le soin de deviner de quel oiseau il sera question !

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