Chapitre 11 : Après la pluie…

La nuit fut difficile, mais cette fois ce n’est ni la luminosité, ni le chant des Manchots de Magellan pourtant présents qui sont en cause. Les coupables s’appellent froid et humidité ! Je ne suis pourtant pas particulièrement frileux, mais le vent et la pluie ont eu raison de moi. Au point de me recroqueviller au fond de mon duvet fermé jusqu’au dessus de ma tête.

Plus dure est l’épreuve, plus belle est la récompense ! Du moins, on profite plus du moment calme qui  suit la tempête. Ici, point de calme, et point de tempête… le vent souffle toujours, accompagné de quelques gouttes de pluie. Je me dis que ça peut donner une certaine ambiance à mes futures photos, chacun voit le positif où il peut. Aujourd’hui, je compte explorer les falaises à la recherche d’une baie, ou d’un rocher susceptible d’accueillir quelques pinnipèdes. Mais pour cela, je dois tout d’abord traverser la plage.

C’est parti, j’arpente déjà le sable blanc. Le vent balaie la plage, et le sable semble de la neige. Mon regard est attiré au large. Je vois que ça s’agite en mer. Un banc de poisson ? Une carcasse de manchot ? Que sais-je ? Ce qui est sûr, c’est que des volatiles de toutes tailles et de toutes plumes sont comme aimantés par ce qui demeure invisible à mes yeux. (petit jeu : combien d’espèces sont présentes sur cette photo, et quels sont leur petit nom ?)

   

???

Je reprends ma marche en avant sur le sable fuyant, devant moi les falaises se dressent progressivement masquées par un barrage de Manchots royaux ! Mes papiers sont en règle, je passerai sans aucun soucis, me permettant même le luxe de prendre mes contrôleurs en photo. Le vent souffle toujours, j’ai l’impression d’être une nouvelle fois ailleurs, je m’imagine sous des latitudes encore plus australes… il n’en est rien… les manchots, eux, ne sont nullement dérangés par les intempéries et vadrouillent comme si de rien n’était.

Manchot royal

Manchot royal

Les rochers sont avalés sans trop de difficultés, me voici désormais en hauteur, en safari de mer, à la recherche d’un carnivore ou d’un pachyderme ! J’aimerai croiser le regard d’une Otarie à fourrure qui m’échappe jusque là, ou encore mieux, observer une colonie de gros pinnipèdes comme celle que je soupçonne avoir ratée sur Saunders Island. Mais pour l’heure, une ombre ! Un fantôme, une silhouette… et un cri reconnaissable entre mille ! Un Caracara huppé ! Comme à son habitude perché sur un promontoire et, comme à son habitude également, il s’envole hors de vue ! Et alors que je marche en bord de falaise, repensant une nouvelle fois à cet oiseau, j’aperçois un Lion de mer sur un rocher. Quel bonheur ! Je fais un grand écart afin de ne pas le déranger dans son bain de soleil et me rapproche en me cachant derrière des rochers. Je ne sais pas s’il m’a vu ou s’il ne percevait pas ma présence comme un potentiel danger, toujours est-il qu’il n’a pas bronché. Au moment de partir, en faisant demi-tour, je me retrouve nez à nez, à quelques mètres tout de même, avec un autre individu tout aussi surpris que moi, qui lui, n’a pas demandé son reste et s’est vite enfuit.

Lion de mer

Lion de mer

Il est temps de repartir, j’ai repéré une plage un peu plus loin et je me dis que ça serait un endroit parfait pour casser la croute. Mais une nouvelle fois, le spectre du Caracara huppé hante mon champs de vision et s’en va un peu plus loin. A ma grande surprise, c’est un jeune qui n’a pas encore son magnifique plumage d’adulte. Discrètement, je m’approche laissant une crevasse entre nous. Il ne doit pas se sentir menacé, il ne bouge pas. J’en profite pour l’immortaliser, puis il s’envole mais ne va pas plus loin. Il s’envole pour se rapprocher de moi… mais en contrebas. Nous sommes à présent sur la même portion de falaise, mais je ne peux le voir d’où je suis. Décision est prise de faire un échange, s’il vient sur ma falaise, j’irai sur la sienne ! Quel superbe oiseau ! … et puis j’entends un cri ! Un cri de caracara, mais ce n’est pas celui qui est devant moi… je baisse les yeux, un adulte est juste en dessous ! J’étais sans le savoir, juste au dessus de lui quelques minutes auparavant, sans pouvoir toutefois l’observer. C’est alors que je distingue un chemin derrière moi qui descend au pied de la falaise. Il s’agit de faire attention, le sentier est abrupte mais pas insurmontable et je me dois de rester discret… même si je suis repéré depuis un petit moment déjà. A quelques mètres de lui, je peux prendre quelques photos ! Ca valait le coup d’attendre ! Je suis aux anges ! Je rêvais de cet oiseau et j’avais déjà pu profiter d’une bonne observation quelques jours plus tôt, je n’espérais pas en revivre une et encore moins avec un jeune en prime. Je m’efface doucement, je m’en vais, ne voulant pas déranger leur quiétude, mais au moment où je tourne les talons, il me survole et se pose en haut de la falaise que je suis en train de remonter… je crois qu’il m’aime bien. Une fois en haut, je m’assoie et m’approche en glissant mes fesses sur le sol… il est à quelques de mètres de moi, en léger contrebas. Il relève la tête, me voit mais ne part pas ! Je le vois s’approcher même un peu plus, au point que je suis obligé de m’allonger sur le dos pour pouvoir faire ma mise au point ! Quelle chance ! Quel bonheur ! Quelle rencontre !

Caracara huppé

Caracara huppé

La faim commence à me tirailler, je décide de poursuivre jusqu’à la plage. Je la vois devant moi… mais une fois n’est pas coutume, je ne suis pas seul ! Un Lion de mer a décidé de faire bronzette sur le sable. Je le contourne de loin, en restant sur le sentier presque invisible et m’installe à quelques dizaines de mètres de lui. Je le surveille du coin de l’oeil. On ne sait jamais, au cas où il aurait subitement une envie de sandwich tomate/fromage élaboré par mes petites mains (c’est local, c’est cher… mais c’est local) ! Tout se passe bien entre nous, quelque fois il baille, parfois se relève faisant mine de regagner l’eau puis se ravise, fait demi-tour et se rallonge.

Lion de mer

Lion de mer

Retour au point de départ, le lion bronze toujours. Je le laisse tranquille, de toute façon, il n’en a que faire de moi ! J’emprunte mon petit sentier et arpente les falaises, rien de nouveau jusqu’à la plage du départ… si ce n’est la météo qui a cessé ses caprices et un Faucon pèlerin qui me surprend à décoller à quelques mètres de moi… je reviendrai demain pour essayer de le voir dans de meilleures conditions, ça tombe bien, il me fallait un nouveau défi ! J’arrive, après quelques kilomètres de marche tout de même, à la colonie de Manchots royaux… et la vie me fait un nouveau cadeau… enfin ce sont plutôt les manchots qui offre le cadeau de la vie à un tout petit bébé ! Magique !

Manchot royal

Je finis ma journée devant des Mouettes de Patagonie qui se donnent en spectacle !

Mouette de Patagonie

Mouette de Patagonie

Je le répète : Plus dure est l’épreuve, plus belle est la récompense ! Je suis prêt à subir d’autres nuits comme la dernière si les jours qui les suivent sont de cette qualité !

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