Chapitre 9 : La quête des sommets

Déjà deux jours que je suis rentré de Saunders Island. Si j’avais été chanceux avec le temps jusqu’à présent, la roue a tourné. Le vent s’est levé, et lorsqu’il se lève ici, il ne plaisante pas. Si je n’ai pu vadrouiller autour de la capitale, j’ai en revanche pu tirer profit de ce laps de temps pour préparer la suite de mon périple, trouver une combine pour un transport, recharger mes batteries ainsi que celle du téléphone et de l’appareil photo, me ravitailler… et faire un petit foot avec des zimbabwéens venus déminer les plages.

Tout ce temps n’a donc pas été vain, et maintenant que tout est prêt, je repars explorer les alentours, la tête oscillant entre mes souvenirs de l’île quittée récemment et des plans sur la comète pas si irréalistes pour les prochains jours. Je n’espère pas faire de coches aujourd’hui, ni d’observations particulières, d’ailleurs je ne prends même pas mon téléobjectif. Mon attention se porte sur les montagnes qui surplombent la ville et qui me font de l’oeil depuis un petit moment. Désir exacerbé par l’ascension du Mont Harston et qui me donne envie d’aller plus loin, plus haut. Ici, et ailleurs. Peut-être une idée pour l’avenir.

Je m’embarque une nouvelle fois dans une randonnée vers l’inconnu, gardant juste en point de mire ces montagnes et empruntant la route que je prendrai demain pour me rendre à Volunteer Point. Au bout de quelques kilomètres, une voiture, qui m’avait déjà croiser une première fois, s’arrête à coté de moi. Son conducteur me dit que j’ai le droit de passer de l’autre coté de la clôture, autrement dit, au prochain portail, je vais pouvoir couper à travers champs. Une information qui n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd, me voilà arpentant des sentiers presque inexistants et voyant ces rochers proéminents devenir de plus en plus imposants. Je me pose au sommet du plus haut pour reprendre des forces et contempler la ville au loin, je suis au sommet du Mont William. Derrière moi se dressent d’autres montagnes.

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La tentation est trop grande, je rejoins la suivante, le Mont Tumbledown qui fut le théâtre d’affrontement lors de la guerre des Malouines. L’ascension n’est pas très difficile et au sommet trône un mémorial qui sent le vécu. La guerre est encore bien présente, trente cinq après la fin des affrontements, dans la tête des habitants. Au point que dans le formulaire distribué à l’aéroport sur les quelques règles à respecter sur ces îles, outre celles portant sur le respect des champs de bataille ou la protection de l’environnement, on trouve, et c’est plus surprenant, un paragraphe stipulant d’éviter les provocations en arborant un tee-shirt aux couleurs du voisin argentin.

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Coté faune, c’est assez maigre. Quelques Urubus à tête rouge au loin posés sur un rocher figurent comme les maîtres des lieux. Un peu plus loin dans mon avancée, je surprendrai un lièvre qui détale à toute allure et dont je vois les oreilles dépasser à mesure de ses bonds. Les passereaux sont représentés par le Dormilon bistré, très représenté dans tout l’archipel et très peu farouche. C’est un oiseau de la famille des tyrans qui chassent les insectes dans des milieux ouverts. Le plus souvent sautillant au sol à la recherche de sa pitance, il lui arrive néanmoins de chasser des insectes en vol.

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Dormilon bistré

Me voilà à longer les Two sisters, deux montagnes connues pour leur emplacement stratégique pendant la guerre. Sur ma gauche s’étendent des fils barbelés, délimitant quelques zones interdites au public car non déminées. Je traverse un décor gras, gorgé d’eau, accentué par la pluie des quelques jours précédents. Je marche sur un épais tapis de mousse qui n’est pas sans me rappeler l’Islande, d’ailleurs la proximité et les colonies d’oiseaux me font également penser à cette île de l’Atlantique nord. J’arrive finalement sur une piste menant à Moody Brook, situé au bout de la baie qui borde Port Stanley, d’ailleurs je vois la capitale au loin. La piste débouche sur la route, et court le long de l’étendue d’eau. Un oiseau plonge à mon arrivée, je crois à un cormoran et attend sa sortie. C’est finalement un Grèbe de Rolland qui fera surface, un oiseau déjà observé sur Saunders Island mais dans un milieu complètement différent, preuve de ses facultés d’adaptation. Alors que ma première rencontre se déroula sur un étang à végétation dense, parfait pour sa nidification, cette deuxième rencontre se fait sur une eau plus agitée bordée de rochers et de plages de galets.

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Grèbe de Rolland

Port Stanley se rapproche de moi, et un chemin serpente en bord de baie. Les canards sont là, en famille, Brassemers des Malouines et Canards huppés et ne s’éloignent que de quelques mètres à mon passage pour finalement revenir au même point.

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Canard huppé

J’arrive à Stanley à temps pour faire mes dernières courses, et m’écroule sous ma tente. Demain, je vais enfin rejoindre le lieu qui m’a fait venir aux Malouines : Volunteer Point et sa colonie de Manchots royaux.

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