Chapitre 6 : En pleine nature

L’impression d’avoir dormi dans un élevage d’ânes… je viens de découvrir la joie de camper au milieu de terriers de Manchots de Magellan. Toute la soirée, ils se sont mis en chanter d’un chant peu harmonieux, rauque, très guttural avec des pointes aigües le temps de reprendre son souffle. Un chant ressemblant à celui de l’âne, d’où lui vient son petit nom local « Donkey » ! En passant la tête par l’ouverture de la tente, je les voyais s’égosiller à contre-jour. Cela  ne m’a pas empêché de bien dormir, exténué par ma randonnée approximative de la veille.

Au programme du jour : rien de prévu, rester dans le coin, me reposer… et puis au bout d’un moment, à force de tourner en rond, je me chauffe. Direction le point d’eau repéré préalablement, je pars découvrir la richesse de la diversité des oiseaux d’eau. Je ne fais pas l’erreur de ma dernière expédition, je pars coté de droit de la colline, marche le long des falaises, sous le chant des Mélanodères à sourcils blancs, toujours aussi fugaces et peu enclin à la photographie. J’aime lorsque des oiseaux me résistent, ça rend que plus intéressant la rencontre idéale, ça lui donne plus de saveur. Je longe l’étendue de l’océan, se dévoilent devant moi albatros, goélands, pétrels et quelques urubus me survolent. Je suis seul en pleine nature. Les falaises diminuent petit à petit, jusqu’à devenir plage, l’avifaune est différente : Sturnelle australe, Bihoreau gris et puis des limis ! Huîtriers noirs et de Garnot en tête et puis toute une foule de Gravelots d’Urville et surtout des Falkland… et au milieu, des bécasseaux ! Je ne m’attendais pas à en voir ici, ils ne sont pas nicheurs ! Ce sont des Bécasseaux de Bonaparte.

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Bécasseau de Bonaparte

Perdu à chercher les limicoles, je ne vois pas devant moi la bête. Ce n’est pas un Elephant de mer cette fois… mais un jeune Lion de mer mâle, dont la fourrure qui lui sert de crinière n’est pas encore complètement développé. Aussi surpris que moi, il regagne l’eau en « courant ». Sur ce coup, j’ai eu de la chance. Il était à une dizaine de mètres en face, il est bien stipulé dans les guides de faire attention de ne pas être entre l’eau et lui… comme le dit Sébastien, un lion reste un lion !

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Lion de mer

Rapidement, le plan d’eau s’étend devant moi et avec lui des palmipèdes en nombre. Le paradis des canards. A peine ai-je fait quelques pas que des Goélands dominicains donnent l’alerte, ils me survolent en criant. Au loin des Canards de Chiloé décollent, aussi farouches que magnifiques, ce sont généralement les premiers à s’en aller à l’arrivée d’un intrus et se tiennent toujours à distance, rendant les photos très difficiles. Et puis, une nuée d’Ouettes à tête rousse s’envolent, la population y est assez imposante, et recueille volontiers Ouettes de Magellan, dont la femelle est très proche extérieurement de l’Ouette à tête rousse. La présence des deux espèces rend ainsi possible l’identification. Un Cygne à cou noir traverse l’étang à tire d’aile.

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Cygne à cou noir

Les Canards sont partout, à commencer par les omniprésentes Sarcelles tachetées. A travers la végétation flottante nagent quelques Sarcelles bariolées avec leur joli bec jaune et bleu.

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Sarcelle bariolée

En contournant l’étang, mon regard est attiré par un oiseau noir… en regardant bien, bien qu’étant un oiseau d’eau ce n’est pas un canard, c’est un grèbe, un Grèbe de Rolland, élégant, superbe. En essayant de m’approcher, je remarque un nouvel oiseau juste à coté du grèbe. Etonnant. C’est un deuxième grèbe, mais d’une espèce différente et tout aussi élégant que le premier, le Grèbe aux belles joues. Je ne l’avais pas vu au tout début, tout simplement parce qu’il plonge régulièrement et ressort quelques secondes plus tard à plusieurs mètres de son lieu de plongée. Il est amusant de voir son ballet, et tout aussi amusant de voir ces deux espèces cohabiter.

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Grèbe aux belles joues

Le temps passe et je ne veux pas rater un spectacle exceptionnel, alors je décide de rentrer. Le chemin en sens inverse défile désormais, et soudain en face de moi, je distingue une silhouette que je connais bien. Sur un promontoire rocheux, face à l’océan, un Caracara huppé domine les alentours. Mais comme la fois précédente, il s’envolera sans me laisser la possibilité d’une photo. Chacune de ces observations me donnent le sourire, je profite de ces quelques secondes même sans la récompense d’une image. Je reprends mon chemin, dépasse ma tente et descends sur la plage. De là, je vais continuer tout droit jusqu’aux falaises. Rien d’original jusque là, sauf que cette fois je ne vais pas monter et me contenter de la base de la paroi rocheuse.

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La raison de cette entorse aux habitudes est l’arrivée des Gorfous sauteurs. Ils passent leur journée en mer, et regagnent leur colonie le soir venu. Le spectacle se divise en deux actes. Le premier se passe dans l’eau, tout d’abord on distingue une forme noire et blanche qui sort et rentre dans l’eau… et puis rapidement, la situation évolue, la forme n’est plus seule mais des dizaines. Je les vois clairement maintenant et c’est fabuleux ! Ils forment une file continue qui saute hors de l’eau et replonge en cadence. Incroyable ! Jusqu’à s’écraser avec fracas sur une partie plate en bas de la falaise. Ils sortent par dizaine du fin fond de l’océan accompagnés le plus souvent d’une vague dévastatrice, parfois si violente qu’elle en déséquilibre les oiseaux. Le deuxième acte se déroule sur terre, une fois sortis de l’eau, une autre aventure commence. Ils entament alors une folle ascension avec une allure atypique. Ils sautent, c’est d’ailleurs ce qui leur a valu leur nom, Gorfous sauteurs. A l’aide de leurs pattes et griffes puissantes, ils bondissent de rochers en rochers, évitant les crevasses, de glisser, de rouler sur un caillou récalcitrant, s’agrippant à la moindre fissure, la moindre anfractuosité et parviennent finalement, plusieurs dizaines de mètres plus haut et plus loin, à rejoindre leur colonie.

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Gorfou sauteur

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Gorfou sauteur

Au sol, proche de la piste d’atterrissage des gorfous, se trouvent d’autres oiseaux. Des limicoles assez particuliers que je souhaitais observer car je ne sais pas si j’aurai eu la possibilité de les voir ailleurs. Ils ne sont pas nicheurs aux Malouines, et principalement hivernants, c’est à dire qu’ils visitent cet archipel lors de nos mois d’été, les saisons étant inversés. Le meilleur lieu pour les voir durant l’été austral est à proximité de colonies de manchots ou de cormorans. S’ils n’y sont pas, c’est qu’ils sont en Antarctique !

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Chionis blanc

Les coches se sont encore succédées, ces îles sont décidément surprenantes et riches d’une diversité insoupçonnée. Impatient de voir ce qu’elles me réservent d’autres, mais pour l’heure il faut se reposer.

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