Chapitre 5 : Dans le vif du sujet

Nuit difficile. Plus par appréhension de rater mon avion que manque de sommeil. Résultat : à 6h30 ma tente est pliée, mon duvet roulé et mon sac à dos prêt… mon taxi passe dans une heure. Avion prévu à 8h, il partira en retard. Une heure de vol plus tard, l’avion atterrit sur la piste en terre de Saunders Island. L’avion, ici, c’est le taxi. L’archipel a tellement d’îles et les accès sont si difficiles en bateau que le moyen le plus simple de relier ces bouts de terre est la voie des airs. Les réservations se font la veille du départ avant 10h du matin et il n’est pas rare que pour passer d’une île à l’autre, il est nécessaire de faire une escale à un autre endroit pour déposer d’autres clients et pour embarquer quelques marchandises.

Arrivé sur place, je suis accueilli par la propriétaire de l’île. Chaque parcelle de terrain aux Falkland est privée et appartient à une exploitation fermière, aussi, si vous désirez camper à un endroit, il est nécessaire de contacter le propriétaire qui vous donnera ou non l’autorisation. La propriétaire me fait faire le tour de sa petite boutique afin de faire les derniers ravitaillements pour être autonome pour les deux prochains jours. Une heure de route plus tard, enfin de piste plutôt, nous arrivons au Neck ! Là où tout se passe ! La piste passant par une colline, nous surplombons la baie et laisse découvrir un paysage à couper le souffle… et des points sur la plage. A ce moment-là, je me dis « Oh non ! Il y a des gens sur la plage ! ». Je voulais être seul, en pleine nature, et je savais que ce spot était un lieu de débarquement pour les croisières à destination de l’Antarctique… mais en me rapprochant, je me rends compte que je suis dans l’erreur… ce ne sont pas des hommes mais des manchots !

Tente montée et sac à dos à l’intérieur, me voila seul, seul, seul ! Seul au milieu d’une faune invraisemblable ! Je fais connaissance de mes colocataires : Manchot de Magellan et Caracara austral ! Les manchots nichent dans des terriers et se cachent lorsqu’on s’approche un peu trop… les caracaras par contre, eux, sont beaucoup moins farouches. Ils s’approchent même et sont prêts à embarquer la moindre affaire qu’un malheureux touriste laisserait par inadvertance sans surveillance. Il s’agit du rapace le plus austral du monde, mais aussi selon les auteurs, du plus rare, en effet son aire de répartition se limite à quelques îles isolés des Faklands, du sud de l’Argentine et du Chili.

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Caracara strié

Petit tour du propriétaire ! Une fois passé les terriers de Manchots de Magellan, j’arrive sur la plage où nichent les colonies de Manchots papous  (et une dizaine de Manchots royaux) ! Les voir gagner l’eau est assez marrant, ils courent les ailes tendus en arrière, ce qui leur donne une démarche unique. La colonie est aussi le lieu de résidence d’opportunistes, prêts à se jeter sur un bébé un peu trop à l’écart du groupe. Nature cruelle, mais chaque espèce a droit de vie et un équilibre est en place. Les rôles des méchants de cette scène sont attribués aux Caracaras austraux, aux Labbes antarctiques, ainsi qu’aux Goélands dominicains et de Scoresby… les Urubus à tête rouge sont des charognard, et terminent le travail.

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Labbe antarctique

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Manchot papou

Laissant la plage derrière moi, voici une autre colline, avec quelques falaises plus ou moins abruptes. C’est ici que se trouvent les colonies de Gorfous sauteurs, d’Albatros à sourcils noirs et de Cormorans impériaux… le rôle des prédateurs est une nouvelle fois attribué aux caracaras, auxquels s’ajoutent quelques Pétrels géants au bec réellement impressionnant !

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Pétrel géant

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Albatros à sourcils noirs

Décor planté, acteurs présentés, passons à l’action ! Je retourne sur mes pas, et retraverse la plage. Ma tente est sur le coté droit de la colline, protégé du vent, mais je m’embarque du coté gauche dans une randonnée qui devrait me permettre de rejoindre une plage où se reposent des Eléphants de mer. Mais ne jamais suivre un souvenir approximatif d’une carte approximative avec des distances approximatives et une échelle tout autant, cela donne une randonnée approximative… et interminable ! Les falaises se succèdent toujours plus impressionnantes, et selon l’orientation la flore change, je passe de végétation sèche rase à des bosquets infranchissables de fougère. Le chemin disparait quelquefois, d’autre fois je le vois resurgir à une dizaine de mètres en contrebas… incompréhensible. Et soudain, je le vois sur un promontoire. L’oiseau dont je rêve depuis longtemps déjà ! Et il est à la hauteur de mes espérances et plus beau encore que dans les livres. Il se dresse fièrement et domine l’océan. Je suis subjugué. J’entends un cri sur ma droite et tourne la tête, il y en a un deuxième. Et en quelques secondes, il s’envolent tous les deux… je n’ai pas pris de photos… cet oiseau, c’est le Caracara huppé et maintenant que je sais qu’il y en a dans le coin, il deviendra l’objet de ma quête. Mais j’ai déjà en moi un sentiment d’accomplissement étrange qui grandit, d’autant que plus tard, je tomberai sur une pelote de réjection. Un peu plus loin, c’est un autre rapace qui aura toute mon attention : une Buse tricolore m’observe.

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Buse tricolore  

Je ne vois pas la fin, ni la fameuse plage. La promenade qui devait durer 1h30 à 2h en durera finalement 3h30. Entre temps, j’observe un Cinclode fuligineux qui me présente des colonies de Gorfous sauteurs et d’Albatros à sourcils blancs que peu de personnes ont du observer… et puis les falaises s’estompent, le paysage s’aplatit… je marche sur une plage bordé d’herbes et de terriers de Manchots de Magellan, je saute sur des rochers arrondis par l’érosion mais le rocher devant moi est bizarre… dans mes pensées, je sursaute. Je suis face à un Eléphant de mer ! Je tourne sur moi même, ils sont en réalité cinq dispersés en quelques mètres dont deux juste sur ma droite ! La bête semble placide et peu rapide, mais volumineuse ! Je m’écarte un peu, jugeant que j’étais un peu trop près. Quelques soufflements et ouvertures de gueule d’intimidation me le confirmeront, je distingue même leurs yeux rouges comme injectés de sang.

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Cinclode fuligineux

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Eléphant de mer

Je continue ma marche en avant, longeant un plan d’eau intéressant, peuplé d’oiseaux d’eau. Je ne m’attarderai pas, me contentant d’observer de loin et de prendre quelques clichés « histoire de »… la rando dura 1h30 à 2h de plus, la durée prévue à la base. J’ai fait le tour de la presqu’île et suis exténué… demain je me reposerai… enfin c’est ce que je dis maintenant. Demain est un autre jour.

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